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La dette hongroise quasi spéculative

Moody’s a abaissé la note de l’État magyar de deux crans, à la limite du "non investment grade".

Le gouvernement hongrois ne parvient pas à convaincre les observateurs étrangers. Lundi, Moody’s a dégradé la note de la Hongrie de deux crans. L’agence de notation estime que la politique de Budapest repose davantage sur des mesures temporaires que sur des réformes fiscales durables. En recevant une note "Baa3" chez Moody’s, contre "Baa1" précédemment, la Hongrie n’est plus qu’à un cran de la catégorie des investissements spéculatifs ou "non investment grade".

Cette détérioration de la note de l’État magyar était toutefois attendue. Celui-ci fait déjà l’objet de "ratings" comparables chez les deux autres grandes agences de notations, Standard & Poor’s (BBB-) et Fitch (BBB). Mais même si les marchés s’étaient préparés à cette dépréciation de la note de la Hongrie, une telle annonce ne constitue jamais une bonne nouvelle, d’autant que Moody’s garde une perspective négative pour la note hongroise.

Croissance "surestimée"

Lundi, sur le marché des changes, la devise hongroise a perdu du terrain. Vers 16h, le forint se traitait à 280 pour un euro, alors qu’il fallait 276,5 forint hongrois pour un euro vendredi soir. Sur le marché obligataire, le taux des obligations hongroises à dix ans a grimpé de 5 points de base (+0,05 %), ce qui traduit une méfiance un peu plus grande de la part des investisseurs à l’égard de la capacité de l’État hongrois de rembourser ses dettes. La Hongrie doit payer plus de 8 % pour refinancer sa dette à long terme. Depuis novembre 2008, le pays bénéficie d’une aide de 20 milliards d’euros émanant du FMI, de l’Union européenne et de la Banque centrale européenne.

L’abaissement de la note hongroise chez Moody’s intervient après l’annonce du budget 2011 de l’État magyar. Celui-ci prévoit un déficit public de 2,94 % du produit intérieur brut (PIB), contre 3,8 % cette année. Le 25 octobre, Christoph Rosenberg, le chef d’une délégation du FMI en visite à Budapest pour suivre l’évolution de la situation financière du pays, a affirmé que ces perspectives budgétaires reposaient sur une croissance économique surestimée. Le gouvernement hongrois table sur 3 % de croissance du PIB et sur une inflation de 3,5 %.

Mais les économistes critiquent aussi le contenu du budget hongrois. Le gouvernement de Viktor Orban prévoit de couper dans ses dépenses à hauteur de 800 milliards de forint (2,86 milliards d’euros), selon le ministre de l’Économie hongrois, Gyorgy Matolcsy. Les salaires seront gelés dans la fonction publique l’année prochaine et les emplois du secteur public diminueront de 30.000 unités par le non-renouvellement de postes.

Le gouvernement hongrois a aussi levé des impôts spéciaux dans les secteurs de la banque, de l’énergie, des télécommunications et du commerce de détail. En outre, Budapest compte ponctionner des plans de pension privés à concurrence de 540 milliards de forint (1,93 milliard d’euros). Pour Standard & Poor’s, ces mesures sont suffisantes pour atteindre les objectifs budgétaires à court terme mais ne parviendront pas à remédier aux problèmes structurels qui pourraient conduire à un déficit public de 6 % du PIB en 2014.

Risque d’emballement

Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, dispose d’une marge de manœuvre étroite. L’économie hongroise est mal en point - le taux de chômage y dépasse 11 % ­- et la dette publique devrait dépasser 80 % du PIB l’année prochaine, selon les dernières prévisions de la Commission européenne.

La perspective négative que Moody’s attribue à sa note sur la dette hongroise est une véritable épée de Damoclès pour Budapest. Car si la Hongrie venait à passer dans la catégorie "non investment grade", il y aurait un risque d’effet d’emballement sur les marchés parce que certains gestionnaires d’actifs n’ont pas le droit de conserver des obligations risquées dans leur portefeuille.

Une crise de la dette hongroise pourrait-elle causer des dommages collatéraux en Europe voire - même si la Hongrie n’utilise pas la monnaie unique - dans la zone euro? "La situation de la Hongrie n’est pas catastrophique même si c’est l’un des pays d’Europe de l’Est qui suscitent le plus d’inquiétudes, à cause de ses fondamentaux économiques relativement faibles", indique Nicolas Forest, spécialiste des obligations gouvernementales chez Dexia Asset Management. "C’est un risque très spécifique, différent des problèmes spécifiques auxquels la zone euro est confrontée."

Ce qui n’exclut pas un effet de contagion indirect. "L’Autriche est présentée comme l’un des pays les plus exposés à la Hongrie", explique Nicolas Forest. "C’est peut-être ce qui explique le léger écart du taux autrichien ce lundi."

Le taux d’intérêt autrichien à dix ans s’est tendu d’un point de base (0,01 %) tandis que le taux du Bund allemand, référence du marché, se détendait d’autant. D’habitude, les rendements des deux pays évoluent dans le même sens. Pour Nicolas Forest, le problème pourrait aussi venir de l’aide à fournir le cas échéant à la Hongrie. "Actuellement, ce pays bénéficie d’un plan du FMI. Mais si un nouveau plan devait être mis sur pied, quelle serait la participation de l’Union européenne? C’est toute la question."

Chypre aussi

La Hongrie peut toutefois compter sur l’outil monétaire pour pallier ses problèmes économiques. En laissant sa devise se déprécier, le pays peut espérer retrouver une meilleure compétitivité. "Ne pas appartenir à la zone euro présente cet avantage mais il y a un revers à la médaille: il ne bénéficiera pas nécessairement d’une aide des pays qui utilisent la monnaie unique", tempère Nicolas Forest. "Alors que dans le cas de la Grèce et de l’Irlande, les autres États de la zone euro devaient intervenir."

La Hongrie n’est pas le seul État à avoir subi une dégradation de "rating" récemment. Fin novembre, Chypre a perdu la note "A +" que Standard & Poor’s lui attribuait. L’île reste tout de même notée "A". Mais lundi, Athanasios Orphanides, chef de la banque centrale chypriote, a averti que d’autres abaissements du "rating" du pays pourraient survenir si des mesures n’étaient pas prises pour redresser ses finances.

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