La fin des quotas, ils veulent en faire leur vache à lait

Ludovic et Stéphane Fys, producteurs de lait à Chièvres (Hainaut), espèrent que la fin des quotas leur sourira. ©Tom Verbruggen

Le régime de quotas de production de lait prend fin ce 1er avril. "Ne peut réussir que celui qui est capable de s’adapter au nouveau contexte", prévoit Stéphane Fys, qui a augmenté son cheptel.

"Alors, quelle impression ça fait?" Stéphane Fys vient de nous faire entrer dans son étable, à Chièvres (Hainaut). Cent cinquante Holstein ruminent paisiblement en écoutant la radio. "C’est calme, non? La performance, vous ne l’avez pas sans le bien-être animal", souligne l’éleveur, pendant qu’un petit rock rythme le balancement de queue de ses laitières.

Ce 1er avril, le régime européen de quotas pour la production de lait de vache sera levé. L’objectif visé est de permettre aux producteurs européens de répondre à une demande mondiale en pleine croissance.

Mais beaucoup de petits producteurs craignent que la volatilité des prix, qui caractérise déjà ce marché, s’accentue encore et mette en danger leurs exploitations.

Ce n’est pas le cas de la famille Fys, qui a choisi d’investir. Pour elle, l’avenir est à l’intensification.

Et à l’entendre, ses vaches ne cilleront pas le moins du monde mercredi prochain, quand le régime des quotas laitiers prendra fin. "Je ne change rien!", sourit-il.

Depuis 1984, l’Union européenne impose des seuils maximaux de production aux éleveurs pour empêcher la surproduction. Mais elle a décidé de lâcher la bride pour permettre aux laiteries européennes de gagner des parts de marché sur un terrain mondial en plein essor. Certains petits éleveurs craignent d’être balayés par la baisse des prix et une concurrence trop dure des gros producteurs. Pas Stéphane Fys et les siens.

En deux ans, la famille a doublé sa production. "On a investi. D’une certaine manière on a anticipé la fin des quotas, mais c’était surtout dans le but de donner du travail au fils", raconte notre hôte. Résultat, les Fys font de l’intensif. Leurs vaches ne sortent plus "au-delà de 100 vaches, dans nos régions, il faut oublier le pâturage."Elles mâchent leur fourrage à l’abri de stores automatiques réglés par une station météo. Elles déambulent entre la couche et la mangeoire avec à la patte l’équivalent bovin de l’Apple Watch: un bracelet bleu électrique qui régule leur vie.

Le prix payé aux producteurs de lait ne couvre pas leurs coûts, article disponible ici

"Il peut détecter si elles sont en chaleur et les orienter automatiquement à l’écart du groupe à la sortie de la salle de traite", explique notre guide.L’appareil régule même leur accès aux friandises le concentré est distribué à chaque vache proportionnellement à sa production de lait. Il ne manquerait plus qu’il ouvre la porte des toilettes… (Inutile: le lisier tombe entre les lattes du plancher, dans une fosse d’une capacité de 3 millions de litres, le tout ventilé comme il se doit.) "Vous voyez, c’est du quatre étoiles! Et on a augmenté le nombre de vaches en même temps que la productivité par vache", abonde Stéphane Fys. Avec son grand pis, Qottage championne de Belgique 2012 , en est le plus beau témoignage.

S’adapter ou échouer

Chez les Fys, tout va plutôt bien pour l’instant. Au fond, le changement le plus concret au 1er avril, ce sera la fin de la location de quotas. Aujourd’hui, la ferme produit 1,6 million de litres de lait par an, mais la famille ne détient que 1 million de litres de quotas. "Le solde, c’est du leasing: on les loue pour 2 centimes/litre à des producteurs qui en ont trop."Ça sera donc ça de moins à débourser: "Demain tous les producteurs seront égaux", se réjouit Stéphane Fys.

"L’an dernier, 80% des investissements ont été faits dans le nord du pays. C’est inquiétant: on a une Wallonie un peu frileuse."
Stéphane Fys


Un changement plus significatif qui découlera de la fin des quotas sera certainement l’instabilité des prix que les laiteries débourseront aux producteurs." Les prix seront plus volatils encore, mais pas plus faibles", prévoit l’éleveur, s’appuyant sur des projections de la Commission européenne qui voient la tonne de lait osciller autour des 350 euros au cours de la prochaine décennie. "Mais pour l’instant, on ne gagne rien, ça, c’est sûr, intervient Ludovic, le fils, appelé à reprendre l’exploitation. Depuis janvier, ça n’est pas bon du tout." Le creux de la vague ou l’entrée de l’abîme? Les mois à venir le diront.

"On ne vit que du lait. Donc on se prend les variations du prix, qui vont parfois jusqu’à 50%, en pleine figure", explique le père Fys.

©MEDIAFIN

Mais il reste convaincu que ses efforts payeront. Pour lui, l’investissement est la clé. "L’an dernier, environ 80% des investissements ont été faits dans le nord du pays. C’est inquiétant, on a une Wallonie un peu frileuse." Pourtant, le grand désavantage des Flamands, c’est qu’ils sont à l’étroit, poursuit-il: "La superficie est un bel atout pour faire du lait en Wallonie!" Alors les Fys continuent d’investir tant qu’ils peuvent. Une ébauche de studio a pris forme dans l’étable pour accueillir un stagiaire…

"Un boucher qui débite deux cochons sur sa semaine, ça marchait il y a 20 ans, mais ça n’est plus possible. Ici c’est pareil: ne peut réussir que celui qui est capable de s’adapter au nouveau contexte", tranche le père. Il n’ira pas manifester à Bruxelles contre la fin des quotas la semaine prochaine, mais c’est seulement parce qu’Annie, la maîtresse des lieux, est souffrante."Sans quoi, j’y serais allé… Par solidarité."

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