La France décrète "l'état d'urgence" pour sa filière aéronautique

Un prêt de 7 milliards a déjà été accordé au groupe Air France-KLM, dont les avions sont cloués au sol depuis 3 mois. ©EPA

Le gouvernement français avance un plan total de 15 milliards d'euros en vue de sauver 100.000 emplois et de créer un avion à hydrogène.

L'aéronautique française serait-elle prête à entrer de plain-pied dans le "monde d'après"? À l'instar des annonces faites pour le secteur automobile, le gouvernement français vient de dévoiler un plan massif de sauvetage de la filière avec pour objectif de faire d'une pierre deux coups: sauver l'emploi et la rendre plus verte.

Sur le papier, l'exécutif promet de débloquer 15 milliards d'euros d'aides pour l'ensemble du secteur dans lequel entre 250.000 et 300.000 emplois seraient en jeu. "Si nous n'apportons aucune aide publique immédiate, ce sont 100.000 emplois menacés dans les six mois", a prévenu le ministre de l'Économie Bruno Le Maire.

7 milliards d'euros destinés à Air France

Derrière les annonces, rappelons toutefois que sur ces 15 milliards d'euros, un prêt de 7 milliards a déjà été accordé au groupe Air France-KLM, dont les avions sont cloués au sol depuis 3 mois. Soulignons également que sur cette somme faramineuse une part sera constituée d'avances de trésorerie. Ainsi, environ 832 millions de commandes publiques militaires et parapubliques seront accélérées, et les compagnies aériennes pourront prendre plus de temps que prévu pour rembourser 3,5 milliards d'euros de garantie export.

100.000
emplois
Le plan d'aide français vise à sauver 100.000 emplois, environ un tiers du total dans le secteur.

Certes, l'État apportera quand même de l'argent frais en finançant "une activité partielle de longue durée ambitieuse qui permettra de limiter les licenciements et la perte de savoir-faire". Il participera également à la "transformation des PME et des entreprises intermédiaires". Pour ce faire deux fonds d'investissement verront le jour. Dès juillet, 500 millions seront libérés en vue de "renforcer les fonds propres des entreprises", et ce grâce à la participation à hauteur de 200 millions d'industriels. "C'est la première fois qu’Airbus, Safran et Thalès se rassemblent autour d'un fonds commun", a précisé Bruno Le Maire. L'État apportera, de son côté, 200 millions. Enfin, un deuxième fonds de 300 millions sera dédié à la robotisation et la digitalisation des entreprises.

Investissements dans l'avion propre

Mais le "fil rouge" de la reprise reste celui de la transition écologique. À cette fin, le gouvernement prévoit d'investir près de 1,5 milliard d'euros pour développer des avions avec émission "zéro carbone". À ce titre, Elisabeth Borne, ministre en charge de la transition verte, a fait savoir que l'objectif serait de remplacer progressivement l'A320, et de mettre en place un avion court- et moyen-courrier qui consommerait 30% de moins en hydrocarbure, d'ici à 2035. "Entre 2026 et 2028, un prototype sera présenté", a-t-elle détaillé. "Nous nous fixons un objectif très concret et très ambitieux: un avion neutre en carbone en 2035 et plus en 2050", a renchéri Bruno Le Maire, expliquant qu'il serait produit notamment grâce au recours à l'hydrogène. "La France doit être le pays d'Europe où se concevront les avions de demain."

"Nous devons à tout prix éviter un décrochage de notre industrie face à la Chine et aux Etats-Unis."
Bruno Le Maire
Ministre français de l'Economie

Des annonces qui ne réjouissent cependant pas complètement les écologistes. Car, à elles seules l'aviation et l'automobile vont capter près de 23 milliards d'aides publiques là où le ferroviaire n'en obtient quasiment aucune. Enfin, côté emplois, ces subventions seront-elles le rempart à une véritable hécatombe? "Chaque entreprise va devoir faire son bilan. Le plan va limiter la casse mais il ne constitue pas la garantie qu'il n'y aura pas de licenciements", a décrypté sur France Inter Eric Trappier, patron de Dassault Aviation et du groupement des industries aéronautiques et spatiales, le GIFAS. D'ailleurs, les conséquences sont déjà visibles. En témoigne ce rassemblement de salariés ce mardi sur le site de l'équipementier Derichebourg Aeronautics à Blagnac (Toulouse). En cause: le sévère plan d'économies.

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