La France dévoile son plan de relance à 100 milliards

Jean Castex a présenté le plan de relance français comme étant "le plus massif annoncé par les grands pays européens". ©EPA

Transition écologique, compétitivité des entreprises et cohésion sociale constitueront les grands axes de ce programme financé en partie par l'Europe, prévu sur deux ans. L'effet sur la dette du pays sera résorbé en 2025, selon le premier ministre.

"Cent milliards d'euros c'est quatre fois plus important que ce qui avait été mis sur la table pour faire face à la crise de 2008." Flanqué de plusieurs ministres, le chef de l'exécutif français, Jean Castex, a dévoilé ce 3 septembre "France Relance", son plan en vue d'éviter l'effondrement de l'économie tout en la préparant aux défis futurs. Qualifié par le premier ministre comme étant "le plus massif annoncé à ce jour par les grands pays européens", ce plan fera la part belle à la lutte contre le changement climatique, au soutien des entreprises et à la cohésion sociale.

160.000
emplois
"J'espère que le plan de relance en 2021 créera 160.000 emplois. C'est notre objectif et notre priorité", a insisté Jean Castex le premier ministre français.

Ainsi, sur les 100 milliards mis sur la table, 30 iront à la transition écologique. Un total de 30 milliards sera alloué aux transports, à l'énergie, à la rénovation thermique des bâtiments ainsi qu'à l'agroécologie et aux circuits courts. Par exemple, la Société nationale des chemins de fers (SNCF) se verra attribuer 4,7 milliards d'euros en vue de redévelopper le fret ferroviaire, en particulier la ligne Perpignan-Rungis, les petites lignes et deux lignes de train de nuit.

Un "réarmement industriel"

Outre ce doublement des investissements dans l'environnement, un volet de 35 milliards d'euros sera consacré au soutien de la compétitivité des entreprises. À ce titre, 20 milliards de baisse d'impôts de production payés par les entreprises, soit 10 milliards en 2021 et 10 autres en 2022. À ceci viendra s'ajouter une enveloppe de 3 milliards d'euros en soutien aux fonds propres des entreprises ou encore 1,5 milliard d'euros consacrés au financement d'appels à projets pour la relocalisation de certaines productions dans cinq secteurs, allant des soutiens à l'export et la transition numérique.

Enfin, un troisième axe concerne la cohésion sociale et territoriale. Dans ce cadre, 6,5 milliards financeront des mesures de soutien à l'embauche des jeunes. En complément, un "bouclier anti-chômage" sera déployé au travers notamment de l'activité partielle de longue durée et un renforcement de la formation vers des secteurs porteurs. "Ces dernières années la France a eu tendance à se reposer sur ses lauriers", a indiqué le ministre de l'économie, estimant qu'il était temps d'ouvrir ses horizons sur de nouveaux secteurs comme la biotech, l'hydrogène le calcul quantique, sur lesquels "le pays a les capacités selon lui d'être au rang des premiers acteurs au monde".

40 milliards d'euros "au moins" de l'UE

Certains économistes y voient davantage un plan d'investissement que de relance, dans le sens où ses répercussions risquent de ne se faire sentir que sur le très long terme.

Cette force de frappe sera-t-elle suffisante? À la lecture du plan, nombre d'économistes émettent des doutes quant à ses effets immédiats notamment sur les défaillances d'entreprises qui s'accélèrent déjà. Certains y voient plus un plan d'investissement que de relance dans le sens où ses répercussions risquent de ne se faire sentir que sur le très long terme. En ce sens, Patrick Artus, chef économiste de Natixis, estimait sur BFM Business qu'il manquait sans doute à l'appel 60 milliards d'euros de plus dans les fonds propres des entreprises. "Il y a un million et demi de personnes qui vont changer d'activité, il y a la moitié des jeunes qui ne va pas trouver de boulot. Tout est trop petit par rapport à ce choc énorme que nous avons connu", a-t-il insisté.

"Il y a un million et demi de personnes qui vont changer d'activité, il y a la moitié des jeunes qui ne va pas trouver de boulot. Tout est trop petit par rapport à ce choc énorme que nous avons connu."
Patrick Artus
Chef économiste de Natixis

Insuffisant ou pas, l'État va devoir s'endetter auprès des marchés financiers pour financer ce plan. De sorte que la dette publique restera supérieure à 120% du PIB jusqu'en 2025. Une stratégie assumée par Jean Castex qui juge préférable "une dégradation des soldes publics plutôt qu'un enfoncement du pays dans la misère sans doute plus coûteuse à terme". Mais "France Relance est aussi Europe Relance", a souligné Clément Beaune, secrétaire d'État aux Affaires européennes, alors que l'économie tricolore va pour la première fois compter sur l'aide substantielle de l'UE. En l'occurrence, d'au "moins" 40 milliards d'euros. 

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