La France retrouve ses travers d'avant-crise

Bien que dynamique, la demande intérieure est largement satisfaite par les importations et peine donc à entraîner la croissance. Les économistes tempèrent l'optimisme du gouvernement: en retirant la reconstitution des stocks, la croissance serait de 0%... De nouvelles économies s'imposent.

Fin d’été maussade sur toute la France. Les nouvelles prévisions annoncent une rentrée en demi-teinte, troublée par des statistiques en trompe l’oeil.

Ainsi, d’après une première estimation publiée lundi, l’activité dans le secteur privé en France est tombée en août au plus bas depuis cinq mois. L’indice composite de l’enquête PMI (qui intègre services et industrie) a reculé à 59,0 ce mois-ci, contre 59,7 en juillet, rapporte le cabinet Markit Economics.

La hausse des embauches dans le secteur des services en août se traduit par une croissance de l’emploi dans le secteur privé pour le quatrième mois consécutif, et ce, en dépit d’une poursuite des destructions de postes dans le secteur manufacturier. 

Pour l’économiste Jack Kennedy, de chez Markit Economics,"le renforcement des hausses des commandes nouvelles et des carnets de commandes rassurent sur le fait que la reprise en France demeure robuste" affirme-t-il sans vraiment convaincre, y compris dans l’entouage du président Nicolas Sarkozy.

Régulièrement critiqué pour son excès d’optimisme, le gouvernement français a finalement revu à la baisse vendredi sa prévision de croissance pour 2011, compliquant encore un peu plus une équation budgétaire difficile. Jusqu’ici, Paris tablait sur une croissance de 1,4% cette année et de 2,5% par an ensuite pour ramener son déficit public à 3% du Produit intérieur brut (PIB) en 2013, contre le niveau sans précédent de 8% en 2010. 

Mais la Commission européenne et le Fonds monétaire international (FMI) jugeaient les prévisions pour les prochaines années trop optimistes. Malgré la relative bonne surprise du deuxième trimestre (0,6% de croissance), le gouvernement a donc fini par leur donné raison: "si la perspective de croissance de 1,4% sera atteinte ou dépassée cette année, elle est ramenée à 2% en 2011", a annoncé le président Nicolas Sarkozy, après une réunion vendredi au fort de Brégançon (Var), en compagnie du Premier ministre François Fillon et des ministres de l'Economie et du Budget Christine Lagarde et François Baroin.

Les mêmes maux

Pour l’heure, estiment les analystes, l’accélération de la croissance meilleure que prévu au 2e trimestre serait due avant toute chose à la reprise de la consommation des ménages qui avait stagné au trimestre précédent, et à un rebond tout aussi prévisible, de 0,8%, de l’investissement.

"La croissance économique en France a été relativement forte mais ce chiffre n’a rien de ‘magnifique’ si l’on accepte de le regarder en détail" a réagi l’économiste Nicolas Bouzou, du cabinet Asterès, en réponse à l’enthousiasme exprimé par la ministre de l’Economie Christine Lagarde sur les ondes d’Europe 1. 

L’expert relève en effet que les variations de stocks ont contribué à hauteur de 0,6 point à la hausse du produit intérieur brut. Autrement dit, " si l'on enlève le PIB 'stocké' qui attend dans les entrepôts pour regarder l'évolution du PIB 'vendu', la croissance est de ... zéro !", nous a-t-il expliqué. "Et si elle est de zéro, c'est parce que la contribution du commerce extérieur a été négative de 0,4 point". 

Les exportations françaises ont progressé de 2,7%, moins que la hausse de 4,2% des importations, alors que les économistes espéraient un coup de pouce de la reprise du commerce mondial et d'un taux de change euro/dollar plus favorable.

"Finalement, l'économie française retrouve ses travers d'avant-crise", analyse Nicolas Bouzou:  "une demande intérieure dynamique, mais largement satisfaite par les importations et qui peine donc à entraîner la croissance". Plus sensible aux exportations, l'économie allemande a enregistré une croissance de 2,2% au deuxième trimestre, un chiffre sans précédent depuis 1987 qui a amené le gouvernement à porter sa prévision 2010 à plus de 2% au lieu de 1,4% jusqu'ici.  

Autant dire qu’en France, les visages s’allongent. Car l'Elysée a été clair: la réduction du déficit public à 6% du PIB en 2011, quel que soit le niveau de la croissance, constitue un objectif majeur. Pour le ministre du Budget François Baroin, il faudra donc "trouver entre trois et trois milliards et demi d'euros supplémentaires". 

Du coup, l'effort de réduction des exonérations d'impôts et de cotisations se situera tout en haut de la fourchette de 8,5 à 10 milliards d'euros évoquée avant les vacances. "Dix milliards d'euros de niches fiscales et sociales seront supprimés à l'automne", a tranché la présidence qui s’attend déjà à une rentrée sociale agitée, avec l’arrêt  progressif des effets des mesures de relance décidée après la crise financière et économique

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