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La maladie d’Alzemmour

©BELGAIMAGE

L'humeur de Bruno Coppens

Je ne me réjouis pas du tout, comme beaucoup en France, qu’Éric Zemmour ne puisse plus rabâcher à langueur de débats sur CNews que son pays fait pleurs à voir, que l'Hexagonise à cause de tous ces droitsdelhommistes, ces féministes, ces écologistes, ces cancelculturistes et ces autres catégories de mots en "iste" qui ne riment pour lui qu’avec "kyste". Son absence médiatique m’angoisse! Avez-vous lu le titre de son dernier ouvrage? "La France n’a pas dit son dernier mot". Comme il s’identifie à son pays au point de rêver d’en devenir le président, je suis sûr qu’il va remuer fiel et terre pour continuer à éructer sa hargne contre cet État français laxiste, cette autorité dissolue, cette jeunesse déliquescente. Seulement voilà, comme le CSA compte désormais son temps de parole, l’assimilant d’emblée aux autres candidats à la présidentielle, comme son éditeur ne veut plus le publier et que son média l’a remercié, devinez un peu où il pourrait trouver refuge afin de continuer à vitupérer sans être contrôlé? Mais oui! Ici en Belgique. Il jubilerait de suivre les traces d’un certain Victor Hugo qui, à la suite du coup d’État de Napoléon III, trouva refuge à Bruxelles pour écrire ses pamphlets!

Omettre une donnée de façon volontaire, ce n’est pas un symptôme de la maladie d’Alzheimer mais de son variant, la maladie d’Alzemmour.

Alors là, je dis "Noooon! On a déjà eu les inondations, l’été pourri et le mildiou, le quota de catastrophes est saturé! Et puis, je jubile de pouvoir prononcer cette phrase, très zemmourienne dans l’esprit: On ne peut pas accueillir toute la misère du monde!" Misère intellectuelle, je précise car certes Zemmour écrit brillamment, a un style et de belles tournures claquant comme des slogans: "On nous a appris à aimer ce que nous détestions et à détester ce que nous aimions!", mais ce "on" désigne, comme souvent dans ses ouvrages, l’Europe considérée comme la mère de tous les maux. Et là, l’on peut parler de pauvreté intellectuelle car le polémiste feint d’oublier que la France des années 50, période qu’il préfère tant aux temps actuels, a contribué un peu, beaucoup, à la folie, à la créer, cette Europe. Omettre une donnée de façon volontaire, ce n’est pas un symptôme de la maladie d’Alzheimer mais de son variant, la maladie d’Alzemmour. Oui, je sais, cela sonne comme un titre de chanson de Michel Sardou et niveau ritournelle, on la connaît parfaitement la musique zemmourienne: c’était tellement mieux avant mai 68! L’auteur est nostalgique d’un Général de Gaulle dirigeant une Gaule bien gaulée avec des familles modèles "maman gâteau, papa catho", si loin de ces familles redécomposées qui grouillent actuellement. Vous voyez les images du film "Les Choristes"? C’est une France sépia dont rêve le polémiste.

Mais pourquoi cet homme lutte-t-il tant contre sa propre identité, si bel exemple de métissage? Éric, un prénom très nordique et Zemmour qui sonne très sud… Alors sera-t-il candidat ou pas? Là, il se fait désirer. Il se fait des idées surtout… Il va tout au plus piquer pas mal d’électeurs du RN déçus de voir Marine copier Christo en emballant ses idées radicales sur l’immigration d’un voile décoré de photos de chatons!

Comprenez-vous mieux mon angoisse maintenant? Car même si Zemmour décide de rejouer à "Radio-Londres" depuis une cave au coeur de Paris, comme son prochain livre est autoédité, il va certainement vouloir venir chez nous pour une autopromo. Alors, je vous en conjure, amis français, aimez ou faites semblant de l’aimer, votre Zemmour. N'en faites pas un exclu du système ni un paria car si demain, il vous lance "Laissez-moi martyr!", c’est ici, dans mon pays qu’il réclamera, la morgue dans l’âme, son statut de… réfugié.

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