La monnaie alternative italienne en chantier, l'Europe s'inquiète

Le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, entouré à sa gauche par Matteo Salvini et à sa droite Luigi Di Maio. ©EPA

Le projet poussé par la Ligue du Nord de mettre en circulation une monnaie parallèle vient de passer l'étape du Parlement italien. Dans le même temps le gouvernement italien est persuadé qu'il pourra trouver un compromis avec la Commission européenne et échapper aux sanctions qui pourraient s'abattre sur lui en raison du dérapage de ses finances publiques.

Le projet de la Ligue du Nord italienne d’instaurer les "mini-BOTS" refait surface. Le parlement italien a voté à l’unanimité une motion visant à accélérer la mise en place de cette forme de monnaie parallèle, une mesure proposée il y a un an lors de l’arrivée au pouvoir de la coalition populiste.

Pour la Ligue, cette forme de monnaie parallèle pourrait permettre d’abandonner l’euro et revenir à une "vraie monnaie nationale".

Ces "mini-bons du trésor" (Buoni Ordinaro del Tresorio) sont des reconnaissances de dette émises par l’État pour solder ses arriérés auprès de ses créanciers et fournisseurs. Des arriérés qui s’élèvent à 100 milliards d’euros en Italie, explique Eric Dor, professeur à l’ecole de commerce française l’IESEG. Ils pourraient donc être utilisés comme moyen de paiement parallèle pour régler certaines dépenses.

Au moment de leur échéance, ces bons pourraient être soit remboursés en euros par l’État, soit utilisés par les détenteurs pour payer leurs impôts ou tout autre bien fourni par une entreprise publique. "Cela suffirait pour que les mini-BOTS soient largement acceptés en paiement en Italie", explique Eric Dor. Pour la Ligue, ces mini-BOTS circuleraient donc de manière complémentaire à l’euro pour permettre plus tard de l’abandonner, et de "retourner à une vraie monnaie nationale, sans pénurie temporaire de liquidité".

Rome dit vouloir éviter le conflit avec l'Europe 

D’après Eric Dor, ce projet risque d’accentuer les tensions entre l’Italie et l’Europe.

La semaine prochaine, la Commission européenne doit présenter ses recommandations et risque fortement d’imposer des sanctions à l’Italie au vu de son important déficit actuel. La pénalité pourrait atteindre les 3,5 milliards d’euros. Pour beaucoup d’analystes, l’émission de "mini-BOTS" va alourdir l’endettement italien, et peut être perçue comme une "déclaration de guerre", rapporte le journal français Les Echos. "Mon scénario de crise pour l’Italie, que je considérais initialement comme un cas extrême peu plausible, gagne quelque peu en probabilité alors que le gouvernement défie la Commission. Espérons toutefois que la raison prédomine et que la zone euro échappe à un tel choc", s’inquiète Eric Dor sur Twitter. 

Ce dimanche, le commissaire européen aux affaires économiques et financières, Pierre Moscovici, a promis que l'exécutif européen fera des "propositions" la semaine prochaine à l'Italie. "C'est la semaine prochaine que la Commission européenne doit faire des propositions sur l'Italie", a-t-il déclaré sur France inter, en confirmant avoir envoyé cette semaine une lettre au ministre des Finances italien. "S'ils ne respectent pas du tout les règles, alors il faudra que la Commission européenne et les Etats européens prennent leurs responsabilités", a-t-il ajouté. 

Dans sa réponse à L'Europe, le ministre italien des Finances, Giovanni Tria a mis les difficultés italiennes sur le compte du ralentissement économique et s'est engagé à respecter les règles budgétaires européennes dans son prochain budget. Selon la presse italienne, la Commission européenne ne s'est pas satisfaite de cette réponse jugée trop vague. "L'Italie ne veut pas se fâcher avec la Commission européenne et j'espère qu'elle non plus", a précisé ce dimanche Giovanni Tria. "Notre position est raisonnable et je pense que nous trouverons in fine un compromis avec la Commission."
  

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