La Politique agricole commune, inopérante pour le climat

La Cour des comptes de l'UE s'interroge sur l'absence de politique visant à limiter le principal émetteur de gaz à effet de serre de l'agriculture : le bétail. ©Anthony Dehez

L’Europe aura injecté 103 milliards d’euros ces dernières années pour réduire les émissions de l’agriculture. Avec aucun résultat probant, selon la Cour des comptes de l’UE.

Ça aura été le principal poste de dépenses d’action climatique de l’Union européenne. Entre 2014 et 2020, la dernière période de programmation des budgets européens, elle aura injecté 103 milliards d’euros dans "l’action climat". L’investissement n’aura pas eu d’effet visible, puisque les émissions de ce secteur n’ont pas baissé depuis 2010. Un constat qui a poussé la Cour des comptes de l’UE à étudier les causes de l’échec, dans un rapport publié lundi.

"La plupart des mesures d’atténuation des émissions soutenues par la PAC ont un faible potentiel d’atténuation du changement climatique."
Cour des comptes de l'UE

Comment peut-on dépenser autant d’argent dans un programme sans enregistrer de résultats probants? La réponse, pour résumer le rapport, tient dans ce que l’administration européenne place derrière cette "action climat": les mesures cataloguées "climat" peuvent avoir d’autres objectifs principaux, avec un impact léger sur la réduction des émissions. "La plupart des mesures d’atténuation des émissions soutenues par la Politique agricole commune (PAC) ont un faible potentiel d’atténuation du changement climatique", note la Cour. Encourager la biodiversité ou la diversification des cultures n’a pas forcément d’effet sur les émissions de gaz à effet de serre.

Promotion de la viande

La principale critique de la Cour des comptes à l’égard des décideurs européens porte sur l’absence de gestion des émissions de l’élevage en Europe. "Il n'y a pas de mesure clairement efficace pour réduire les émissions provenant de la digestion des animaux", souligne la Cour. Alors que les émissions produites par le bétail représentent pourtant la moitié des émissions du secteur agricole, "la PAC ne cherche pas à limiter le bétail, pas plus qu'elle ne fournit d'incitants pour le réduire".

Les auditeurs européens soulignent encore que réduire le nombre d’animaux d’élevage ne suffirait pas à maîtriser l'impact climatique des Européens dans ce domaine: "L'impact net dépendrait des changements de consommation de produits animaliers." Mais loin de décourager la consommation de produits animaliers, le budget européen est utilisé pour la promouvoir, déplorent les auditeurs.

"La PAC ne cherche pas à limiter le bétail, pas plus qu'elle ne fournit d'incitants pour le réduire."
Cour des comptes

Ils s'en prennent aussi aux fertilisants, qui représentent 38% des émissions de l'agriculture. De 2010 à 2018, les émissions des intrants des sols a augmenté de 5% à travers l’Union. Et même si la PAC soutient des pratiques "qui pourraient réduire l'utilisation de fertilisants" – comme l'agriculture biologique – elles n'ont "pas un impact clair sur les émissions de gaz à effet de serre".

En matière de changement d'affectation des sols enfin (14% des émissions), la manière dont la PAC gère les zones humides joue même un rôle "pervers", selon un des auteurs du rapport: les fonds européens soutiennent des fermiers qui cultivent des tourbières drainées, responsables d’un cinquième des émissions agricoles. A contrario, recourir aux fonds européens pour restaurer une tourbière peut signifier à terme la perte de subsides pour l'agriculteur.

Méthodologie en question

Cette absence de résultat relativise la portée du budget européen dans la lutte contre le réchauffement. Pour les sept dernières années, l’Union s’était engagée à allouer au moins 20% de son budget à l’action climat. Or l’agriculture, au travers du budget de la PAC, aura représenté près de la moitié de ces dépenses. Quand l’Union assure qu’elle consacrera dans le cadre de la prochaine programmation financière 30% de son budget à l’action climat, une analyse de sa méthodologie d’allocation ne serait pas du luxe – la Cour des comptes annonce un rapport sur le sujet l’an prochain.

Le résumé

  • En sept ans, la PAC aura consacré environ 103 milliards d'euros pour l'action climat, sans résultat probant, observe la Cour des comptes de l'UE.
  • Elle souligne qu'aucune mesure efficace n'est entreprise au niveau européen pour réduire le principal poste d'émissions alimentaires : celles de l'élevage.
  • Vu la faiblesse des résultats passés, la Cour s'inquiète aussi de la capacité de l'UE à investir efficacement 30% de son budget dans "l'action climat", comme elle le promet.

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