La ville de Milan risque l'asphyxie

La Galleria Vittorio Emanuele II, habituellement bondée, est désespéremment vide. ©EPA

Le poumon financier et commercial de la péninsule, coupé du monde, craint une faillite collective.

À l’entrée de l’élégante pâtisserie Marchesi, à deux pas du Duomo de Milan, un serveur portant des gants ouvre la porte pour les rares clients et contrôle leurs mouvements à l’intérieur de l’établissement. La distance de sécurité d’un mètre, imposée par les autorités, est aujourd’hui scrupuleusement respectée.

Depuis l’adoption du nouveau décret gouvernemental qui a mis en quarantaine plus de 16 millions de personnes en Lombardie et dans 14 provinces du nord et du centre de la péninsule, Milan affronte une double épreuve collective. Durement frappée par l’épidémie de coronavirus, la ville doit apprendre à cohabiter avec la peur et essayer de sauver au mieux ses activités économiques.

Cette macro-région qui représente en termes économiques environ 40% du PIB national, risque, en effet, l’asphyxie.

"Cette dramatique urgence économique pourrait mettre en péril les équilibres d’innombrables familles et entreprises."
Giuseppe Sala
Maire de Milan

"Nous avons besoin de fortes injections de liquidités! Cette dramatique urgence économique pourrait mettre en péril les équilibres d’innombrables familles et entreprises", a écrit le maire de Milan, Giuseppe Sala, dans un long texte publié sur les réseaux sociaux.

Avec les établissements scolaires fermés, toutes les manifestations culturelles, sportives, religieuses et ludiques suspendues et les théâtres ainsi que les musées de la ville contraints de fermer leurs portes, cette effervescente métropole craint une faillite collective.

"L’enjeu est de maintenir les rythmes de production du passé. Tout dépend de la présence des employés et des administrateurs des sociétés. S’ils sont coupés de leur lieu de travail par les nouvelles directives de confinement imposées par le pouvoir exécutif, c’est évidemment un désastre en puissance," nous explique Stefano, PDG d’un cabinet de conseil pour l’internationalisation des entreprises.

Rassurer ses partenaires internationaux

Un scénario aux allures apocalyptiques pour le poumon financier et commercial de la péninsule, désormais partiellement coupé – même d’un point de vue aérien – du reste du monde. Après l’adoption du dernier décret, la compagnie aérienne Alitalia a suspendu, jusqu’au début du mois d’avril, une soixantaine de vols quotidiens vers Milan. Easyjet et Ryanair ainsi que de nombreuses autres compagnies ont adopté les mêmes mesures. Une véritable situation de crise pour les aéroports lombards de Malpensa, Linate et Bergame.

Le hashtag #Milanononsiferma (#Milan ne s’arrête pas), devenu viral la semaine dernière, n’est aujourd’hui qu’un souvenir amer. Milan est désormais bloquée, ses restaurants sont vides, les bars sont contraints de respecter un couvre-feu qui commence à 18 heures. La plupart des petites boutiques ont temporairement fermé leurs portes, suivies par d’importants magasins, comme la Rinascente, temple du shopping pour les Milanais et les touristes.

"Je suis déçu par la réaction du gouvernement. La situation sanitaire est certainement grave et elle concerne l’Europe entière mais l’histoire nous enseigne que l’on peut combattre une guerre tout en continuant à étudier et travailler", déclare Mattia, jeune journaliste indépendant.

Depuis le début de l’épidémie, le gouvernement de Giuseppe Conte a opté pour une courageuse transparence et pour une rigueur sans précédent. Tous ceux qui violeront les directives imposées par les autorités en matière de quarantaine risquent jusqu’à trois mois de détention et une amende de 206 euros. Une intransigeance qui paralyse ultérieurement le système.

"Je ne cesse de rassurer mes partenaires internationaux sur la solidité et la fiabilité de nos entreprises, mais les répercussions de ces mesures restrictives risquent d’être incalculables", ajoute Stefano.

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