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La zone euro veut éviter la collision avec Rome

Le commissaire européen Pierre Moscovici et le ministre italien des Finances, Giovanni Tria, à Bruxelles ce lundi. ©REUTERS

Les ministres des Finances de la zone euro appellent Rome à mettre son projet de budget en conformité avec les règles communes. En attendant la réponse de l’Italie, la zone euro s’accroche à l’espoir d’un dialogue avec Rome. La bonne volonté du gouvernement italien pour avancer sur cette voie reste à démontrer, alors que Luigi Di Maio affirme vouloir faire la démonstration qu’un autre modèle est possible dans la zone euro.

On pourrait appeler cela la diplomatie du déni: Rome peut dire ce qu’il veut, jusqu’ici, tout va bien.

L’Italie, c'est:

→ la troisième économie de la zone euro
→ l'économie c
hargée de l’une des dettes publiques les plus importantes au monde
un pays dans lequel toutes les grandes banques de l’Union ont beaucoup de billes à perdre

Et pourtant, l'Italie a décidé de s’affranchir des règles budgétaires de la zone euro. Réunis pour en discuter ce lundi, les ministres des Finances de ladite zone s’étaient passé le mot passe-partout pour sortir de l’ornière: ce qu’il faut, c’est un dialogue.

On appelle le gouvernement italien à discuter avec la Commission, on laisse le temps institutionnel faire son œuvre et on évite à tout prix de s’épancher sur les intentions affichées par la coalition au pouvoir à Rome pour ne pas mettre d’huile sur le feu.

Dans l’édition de ce lundi du "Financial Times", le vice-Premier ministre italien Luigi Di Maio (leader du Mouvement 5 étoiles, premier parti du pays) les précisait, ces intentions. En présentant un projet de budget 2019 en forme de pied-de-nez aux règles que se sont fixé les membres de la zone euro, il ne veut pas seulement se donner les coudées franches: il veut changer la zone euro. Si sa "recette" fonctionne (dépenser plus pour croître plus), elle fera des émules, assure-t-il.

Dialogue fantôme

13 novembre
L’Italie va-t-elle déposer un nouveau projet de budget? Sa réponse aux remontrances de la Commission est attendue pour le 13 novembre.

En face, donc, la stratégie du déni. On ne prête officiellement pas attention aux déclarations: on suit calmement les rails institutionnels. L’Italie a envoyé son projet de budget, la Commission lui a demandé de revoir sa copie, on attend à présent le 13 novembre, date à laquelle Rome doit avoir envoyé sa réponse. Et on appuie un peu le trait: "Rome doit présenter une nouvelle proposition en ligne avec les règles du pacte de stabilité pour le 13 novembre", a tweeté le Belge Johan Van Overtveldt à l’issue de la discussion, dans ce qui apparaît comme une des déclarations les plus fermes de la journée.

Un cran en dessous, le président de l’Eurogroupe Mario Centeno avait dit attendre une révision du projet budgétaire "en espérant que l’Italie pourra prendre des mesures pour mettre son projet en conformité".

Un cran encore en dessous: la déclaration du commissaire aux Affaires économiques Pierre Moscovici, qui demande un nouveau projet "ou en tout cas qu’il y ait une réponse". Car à Rome, on maintient depuis le mois dernier qu’on ne changera pas une ligne du projet… Il faut donc à tout le moins "une réponse", que l’on ne puisse pas acter de rupture entre Rome et "Bruxelles". "Je n’imagine pas que ce dialogue s’interrompe, insiste Moscovici. Ce dialogue doit se poursuivre. Il doit rester amical, constructif, un dialogue dans nos règles."

Bon pour le peuple

Jusqu’ici, pourtant, les partenaires de l’Italie font face à un soliloque. La discussion est-elle possible? Et si oui, peut-elle mener à un "accord mutuellement acceptable", comme le souhaite le grand argentier irlandais, Pascal Donohoe?

Si le gouvernement de Giuseppe Conte choisit, comme il le répète à l’envi, de tenir son cap, de s’affranchir du critère de la dette pour adopter un budget de relance, la Commission sera forcée de constater le dérapage. Ira-t-elle au bout de la logique en proposant des sanctions contre Rome, une mise à l’amende prévue pour qui fragilise l’édifice de la monnaie unique? Elle ne l’a jamais fait et tout le monde est conscient du caractère politiquement explosif que revêtirait une telle décision, a fortiori à l’approche des élections européennes de mai 2019.

Dialoguer, donc. Mais à propos de quoi? D’une astuce qui permette à chacun de sauver la face? Ou du fond, de la "recette" que Rome a l’intention d’expérimenter après avoir usé toutes les flexibilités du pacte de stabilité européen. Face au "budget du peuple" de Rome, Pierre Moscovici a déjà lancé l’offensive: "Je ne crois pas que ce budget soit bon pour le peuple italien. Parce que si le résultat est d’augmenter la dette publique […], à la fin ce sont toujours les plus pauvres qui paient." Le dialogue peut commencer.

 



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