analyse

Face à Trump, le bouclier commercial de l'UE est prêt

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. ©AFP

La Commission européenne doit adopter ce mercredi les mesures de rétorsion à mettre en œuvre dès que Donald Trump aura imposé ses taxes sur les importations d'acier et d'aluminium. La protection prévue contre les surcapacités de la Chine et de l'Inde sera essentielle pour la Belgique.

L'Union européenne n'a "pas bien traité les Etats-Unis" dans leurs relations commerciales, affirme le président américain Donald Trump pour justifier sa menace d'instaurer de fortes taxes douanières sur l'acier et l'aluminium auxquelles l'UE compte riposter. "Ils rendent pratiquement impossible pour nous de faire des affaires avec eux et pourtant eux envoient leurs voitures et tout le reste aux Etats-Unis", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche.

Les intentions taxatoires de Donald Trump continuent d'émouvoir l'Europe mais aussi ses proches. Gary Cohn, un ancien banquier de Goldman Sachs mais surtout le principal conseiller économique du président a ainsi claqué la porte estimant ces mesures dangereuses pour l'économie.

L’Europe, elle, continue de plaider pour que Donald Trump ne mette pas son annonce à exécution, mais pour le ministre de l’Économie Kris Peeters, le doute n’est plus permis : les mesures "seront appliquées". Les taxes annoncées, 25% sur l’acier et 10% sur l’aluminium, vont avoir des conséquences directes sur des entreprises belges comme NMLK, Clabecq et Industrieel. Elles seront limitées: les exportations vers les États-Unis représentent 1 à 2% de la production belge. "Mais ce sont les conséquences indirectes qui risquent d’être les plus dévastatrices", indique le ministre CD&V dans une note transmise à "L’Echo".

"L'Europe doit se préparer à prendre des mesures de sauvegarde à l’encontre des pays comme l’Inde et la Chine qui pourraient venir inonder le marché européen"
Kris Peeters
Ministre belge de l'Économie (CD&V)

L’Union européenne doit donc "se préparer à prendre des mesures de sauvegarde à l’encontre des pays comme l’Inde et la Chine qui pourraient venir inonder le marché européen de leur acier et de leur aluminium", écrit-il. Les mesures de sauvegarde sont un instrument de défense commerciale conventionnel: il s’agit de restreindre temporairement l’importation d’un produit depuis tous les pays tiers. C’est l’un des trois axes du bouclier défensif que la Commission européenne doit adopter ce mercredi et qui ne sera mis en œuvre que si Donald Trump tire le premier.

Frapper pour faire mal

Le second volet de la réplique européenne est une plainte devant l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) – une action évidente, qui pourrait être menée avec d’autres pays comme la Chine, mais qui ne produira pas d’effets rapides. Contrairement au troisième volet: une contre-attaque en bonne et due forme.

2,8 milliards €
Les nouvelles taxes annoncées par Donald Trump infligeraient un préjudice direct de 2,8 milliards d’euros aux exportateurs européens.

Le mot n’est pas trop faible puisqu’il s’agit de mettre en place des taxes ciblées sur des produits américains avec l’objectif de maximiser l’impact négatif sur les États-Unis, tant économiquement que politiquement. Tout en minimisant l’effet sur l’économie européenne. Les barrières tarifaires envisagées visent une liste de produits américains qui, outre l’acier et l’aluminium, comprend des produits agricoles, des biens manufacturés.

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait annoncé la couleur vendredi dernier, en citant les motos Harley Davidson, les jeans Levi’s ou encore le bourbon. Les exemples n’ont pas été épinglés au hasard. Harley a son siège dans le Wisconsin, l’État du président de la Chambre des représentants Paul Ryan – qui a d’ailleurs pris ses distances avec les intentions commerciales du président américain. Et c’est au Kentuky, grand producteur de bourbon, qu’a été élu le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell.

Dans les clous de l’OMC

En principe, les contre-mesures seront "proportionnées", c’est-à-dire d’une valeur équivalente au préjudice attendu par les exportateurs européens d’acier et d’aluminium. Les nouvelles taxes annoncées par Donald Trump affecteraient leurs exportations à hauteur de 2,8 milliards d’euros, menaçant des milliers d’emplois.

Les premières mesures de rétorsion pourraient être adoptées dans les semaines qui suivent la décision américaine, mais la réponse européenne sera séquencée. Car l’Union indique vouloir suivre scrupuleusement les règles de l’Organisation mondiale du commerce.

Quand on entre sur cette voie, il est très difficile de revenir en arrière.
Roberto Azevêdo
Directeur général de l'OMC

La ligne de défense européenne considère que les motifs de sécurité nationale invoqués par Washington sont irrecevables (parce que les besoins militaires en acier et aluminium représentent à peine 3% de la production nationale américaine), a-t-on pu lire dans une note de la DG Trade, l’administration communautaire du Commerce. Pour la Commission, la décision annoncée par Donald Trump serait donc une mesure de protectionnisme déguisée. L’Europe s’estime en droit d’utiliser la possibilité offerte par l’OMC d’opérer un "rééquilibrage". Mais il doit être partiel et ne serait porté au niveau équivalent du dommage subit que dans un second temps, après trois ans ou après une décision de l’OMC.

Difficile marche-arrière

L’Europe "ne peut pas rester sur le côté et regarder" sans rien faire son partenaire américain fermer ses barrières, avait indiqué vendredi Jean-Claude Juncker en expliquant que l’Union répliquerait par des taxes punitives. Donald Trump n’aura pas été surpris de cette réaction : "Je l’ai averti à Hambourg, au sommet du G20 (en juillet 2017, NDLR). Visiblement il n’a pas été impressionné par mon avertissement", avait ajouté le président de la Commission européenne.

"On a le devoir de protéger notre industrie et on le fera", a encore souligné mardi le premier vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, tout en appelant à "faire tout ce qu’on peut pour éviter cette guerre commerciale".

"Quand on entre sur cette voie, il est très difficile de revenir en arrière", a prévenu de son côté le directeur général de l’OMC, Roberto Azevêdo, lançant un appel général à éviter l’escalade. L’OCDE a pour sa part souligné que la "cause principale" de la crise annoncée est "les capacités excédentaires" dans ce secteur – essentiellement le fait de la production chinoise. L’organisation de coopération des pays les plus riches appelle le forum des surcapacités de l’acier, mis en place en 2016 pour répondre à ce problème, à "accélérer ses efforts". C’est peut-être trop tard.

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