Le budget européen bloqué par le "non" polonais, hongrois et slovène

Le blocage du budget de l'Union pose un nouveau défi au président du Conseil européen, Charles Michel. ©REUTERS

La Pologne et la Hongrie, rejointes par la Slovénie, continuent à bloquer le budget européen. La question sera discutée jeudi entre les chefs d'Etat ou de gouvernement, sans espoir de solution.

L'Union européenne traverse une nouvelle crise, liée cette fois à l'adoption de son budget, alors que la pandémie de coronavirus continue à grever son économie. La Hongrie, la Pologne et, depuis peu, la Slovénie ont décidé de bloquer l'adoption du budget pluriannuel (2021-2027) et l'indispensable plan de relance post-Covid. La situation est d'autant plus paradoxale que ces pays sont les premiers à bénéficier des aides européennes.

Derrière ce nouveau bras de fer, se joue une lutte encore plus fondamentale pour le respect des valeurs européennes, comme l'indépendance de la justice et la liberté d'expression. Des valeurs mises à mal en Pologne et en Hongrie.

Les prochains jours seront déterminants. Les Vingt-Sept se sont mis d'accord en juillet dernier sur le budget et le plan de relance, un paquet de plus de 1.824 milliards d'euros. Le Parlement et le Conseil européen ont négocié d'arrache-pied durant plusieurs mois pour affiner l'accord, faisant droit à certaines demandes des eurodéputés d'accroître le budget.

Lundi, lors d'une réunion d'ambassadeurs, la Pologne et la Hongrie ont imposé leur veto en raison d'une clause permettant de suspendre le versement des aides à un pays qui ne respecte pas les règles de l'Etat de droit.

"Seule une instance judiciaire indépendante peut dire ce qu'est l'Etat de droit, pas une majorité politique."
Janez Jansa
Premier ministre slovène

Le Premier ministre slovène Janez Jansa leur a apporté son soutien. "Seule une instance judiciaire indépendante peut dire ce qu'est l'Etat de droit, pas une majorité politique", a-t-il écrit dans une lettre adressée mardi au président du Conseil européen Charles Michel.

Les dirigeants européens aborderont la question lors d'un Conseil européen par vidéoconférence, prévu jeudi. Aucune issue à la crise n'est attendue. "Je ne pense pas qu'une solution soit envisageable lors d'un conseil prévu pour traiter du Covid, les dirigeants n'ont pas la marge nécessaire pour décider", dit un haut fonctionnaire européen.

Les douzièmes provisoires, "un mauvais signal"

Le temps presse étant donné que l'exercice budgétaire 2021 débute dans quelques semaines. Le président du Conseil européen, Charles Michel, et la chancelière allemande Angela Merkel vont multiplier lors des prochains jours les discussions avec les trois pays afin de trouver une solution.

"Deux ou trois mois d'exercice provisoire, je ne pense pas que ce soit un problème, mais c'est un mauvais signal."
Un haut fonctionnaire européen

Si l'impasse persiste, l'Union européenne devra recourir aux douzièmes provisoires. L'option est sur la table. "Deux ou trois mois d'exercice provisoire, je ne pense pas que ce soit un problème, mais c'est un mauvais signal", ajoute le haut fonctionnaire.

Pour contourner le refus des trois pays réfractaires, les Etats européens en accord avec la proposition de budget et le plan de relance pourraient convenir d'un accord intergouvernemental leur permettant de poursuivre l'exercice. Ce mécanisme de coopération renforcée s'est déjà produit par le passé entre 25 Etats, alors que le Royaume-Uni et la République tchèque étaient restés en dehors du processus.

4,48%
du PNB
En 2019, les fonds européens représentaient environ 4,48% du produit national brut de la Hongrie.

La Hongrie, si elle s'obstine, a gros à perdre. En 2019, les fonds européens représentaient environ 4,48% du produit national brut de cet Etat, l'un des taux les plus élevés parmi les pays membres. Budapest devrait bénéficier de 16,7 milliards d'euros en subventions et crédits potentiels dans le cadre du prochain budget.

Mais peu importe pour Viktor Orban, qui continuait mercredi les provocations. Si la conditionnalité est acceptée, l'Europe pourra "utiliser des moyens financiers pour faire chanter les pays qui s'opposent à l'immigration", a déclaré le Premier ministre hongrois sur Twitter.

Pour le Parlement européen, il n'est pas question de revenir sur l'accord conclu la semaine dernière avec le Conseil européen. "Nous ne ferons aucune nouvelle concession", a déclaré mercredi la conférence des présidents du Parlement européen dans un bref communiqué.

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