Le budget européen et le plan de relance sont toujours dans l’impasse

La chancelière allemande Angela Merkel paviendra-t-elle à convaincre le premier ministre hongrois Viktor Orban de donner son accord au budget européen? ©AFP

La Hongrie et la Pologne continuent à bloquer le budget de l'Union européenne et le plan de relance post-Covid. Budapest et Varsovie exigent l'abandon d'un nouveau mécanisme liant le versement des fonds au respect de l'Etat de droit.

On pensait le budget européen 2021-2027 ficelé suite à l’accord intervenu la semaine dernière entre le Conseil européen et les eurodéputés. Mais c’était sans compter sur le grain de sable capable de bloquer la mécanique européenne. Le droit de veto. La Pologne et la Hongrie ont annoncé lundi qu’elles ne donneraient pas leur accord au futur budget de l’UE et au plan de relance post-Covid tant que les aides européennes seraient conditionnées au respect de l’État de droit. Ce double veto bloque l’adoption d’un paquet de 1.824 milliards d’euros.

Les ministres des Affaires européennes et étrangères ont abordé la question mardi, lors d’une réunion intense, sans pouvoir débloquer la situation. La crise devrait être évoquée jeudi par les chefs d’État ou de gouvernement lors du Conseil européen par vidéoconférence. Ce sera à la chancelière allemande Angela Merkel et au président du Conseil européen Charles Michel de mettre la pression sur les dirigeants hongrois et polonais.

"L’État de droit, c’est un peu ce qui nous réunit tous", a réagi le ministre allemand des Affaires étrangères Michael Roth, dont le pays exerce la présidence tournante de l’UE. "Sans accord, ce sont les citoyens qui vont payer le prix fort. Il en va de l’obligation de tous les États membres d’aboutir à une solution."

"Sans accord, ce sont les citoyens qui vont payer le prix fort."
Michael Roth
Ministre allemand des Affaires étrangères

Face à l’intransigeance polonaise et hongroise, l’UE n’a d’autre choix que d’appliquer sa méthode de négociation en évoquant cette discussion à tous les niveaux de pouvoir afin de trouver une issue avant 2021.

Le temps presse. Sans accord sur le budget 2021-2027, l’UE devra recourir aux douzièmes provisoires, le système qui s’applique par défaut s’il n’y a pas d’accord sur le budget (articles 312-315 du Traité). "Il y aura un nombre très limité de dépenses admissibles si on entre dans le système des douzièmes provisoires", a dit le porte-parole de la Commission Eric Mamer.

La situation est tendue, car le budget 2021-2027 a requis des années de négociations. Ces dernières semaines, les négociateurs du Conseil européen et du Parlement ont mis les bouchées doubles pour conclure un accord, et laisser le temps aux États européens d’entériner le budget. Les Vingt-Sept comptent sur les retombées concrètes du paquet "corona" de 750 milliards d’euros (Next Generation EU), dès les prochains mois.

Rapport sur l’État de droit

Les ministres européens ont également discuté mardi des rapports sur l’État de droit dans cinq États européens, dont la Belgique. "Certains pays posant problème, comme la Bulgarie, se sont engagés à améliorer la situation", a précisé Michael Roth. La Commission européenne publiera chaque année un rapport sur l’État de droit au sein des 27 pays de l’Union. Cette méthode préventive et comparative doit servir d’incitant pour les mauvais élèves européens, Hongrie et Pologne en tête.

"Il y a peu de temps, il était inimaginable d’avoir un débat aussi long sur l’État de droit."
Didier Reynders
Commissaire européen à la Justice

"Il y a peu de temps, il était inimaginable d’avoir, lors d’une réunion européenne, un débat aussi long sur l’État de droit", a indiqué Didier Reynders, le commissaire européen chargé de la Justice, dont les services élaborent le rapport sur l’État de droit. L’ancien ministre belge a également dénoncé la progression des discours haineux visant l’antisémitisme. "La Commission envisage de présenter en 2021 un plan européen contre l’antisémitisme", a-t-il dit.

Les ministres européens se sont aussi penché sur l'élargissement de l'Union à la Macédoine du Nord et l'Albanie. Alors que le feu vert devait être donné durant cette période aux négociations d'adhésion avec ces deux pays, la Bulgarie s'est opposée à cette décision en raison d'un différend historique avec la Macédoine du Nord.

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