Le retour de l'abominable "boule de neige"

La dette publique belge a dépassé les 100% du PIB. Très redouté, l’effet "boule de neige" risque de réapparaître.

Sans surprise, la dette publique belge a dépassé au premier trimestre le seuil des 100% du produit intérieur brut. Précisément, avec un montant de près de 343 milliards d’euros, elle s’est élevée à 101,2% du PIB sur les trois premiers mois de l’année, un taux d’endettement que le pays n’avait plus connu depuis 2003.

S’il s’agit seulement d’un seuil symbolique, le fait de l’avoir franchi ne sera sans doute pas sans conséquence sur les marchés financiers, focalisés depuis plusieurs mois sur les dettes souveraines. Par ailleurs, l’ensemble des paramètres susceptibles de provoquer l’effet "boule de neige" se sont dégradés. De quoi effrayer plus d’un investisseur. Pourtant, selon Etienne de Callatay, chief economist à la Banque Degroof, la dette publique ne reste qu’un indicateur "grossier" de la santé des finances publiques, qui ne prend pas en compte d’autres paramètres vitaux de l’économie.

1. Le niveau actuel de la dette loin de son record

Depuis son record de 134% en 1993, le taux d’endettement de la Belgique (dette/PIB) a diminué jusqu’à un peu plus de 84% en 2007. A partir de 1993, la courbe a en effet entamé une descente progressive, sous l’effet de trois paramètres. "Dès 1993, la diminution du taux d’intérêt moyen de la dette publique, le plan global d’austérité (jusqu’en 1998) et certaines mesures comptables, notamment la vente d’immeubles publics et leur mise en location, ont permis au taux d’endettement de la Belgique de diminuer chaque année, jusqu’en 2007", explique Etienne de Callatay. Pourtant, dès 1999, les autorités ont procédé à un assouplissement de la politique budgétaire, dont les effets n’ont pas été perceptibles dans le taux d’endettement, qui poursuivait sa descente.

Entre 2007 et 2009, la dette publique ne pouvait que remonter, alors que l’État belge est venu au secours de ses institutions financières, via notamment des injections de capital, directement comptabilisées dans le montant de la dette. Avec une croissance à l’arrêt, elle frôlait 97% du PIB l’année dernière.

2. Que représente le seuil des 100% du PIB?

Le fait que notre dette totale dépasse aujourd’hui notre produit intérieur brut est un passage hautement symbolique. D’ailleurs, d’un point de vue analytique, dépasser le seuil des 90% est déjà très mauvais signe pour la plupart des observateurs.

Ici, le danger provient du fait que, si la population décide de se focaliser désormais sur la dette publique, elle poussera les décideurs politiques à tout faire pour en réduire le montant ainsi que le taux d’endettement du pays, ce qui ne garantit pas d’office que les meilleures décisions seront prises. Selon Etienne de Callatay, "les 100% peuvent générer du tracas, mais ce qui est important, c’est le maintien de l’équilibre inter-générationnel. Si l’on s’aperçoit que le train de vie de nos enfants est voué à diminuer, on ne pourra plus se permettre de transférer une telle charge. Et vu que ce scénario est le plus vraisemblable, nous devrons nous diriger vers une politique d’austérité".

Le chief economist de la Banque Degroof insiste également sur le fait que la dette publique ne dit pas tout sur la santé budgétaire d’un pays, loin de là. De fait, il n’est absolument pas tenu compte des actifs possédés par l’Etat. Par ailleurs, il ne s’agit que d’une photographie de la situation prise à un moment précis, qui n’intègre pas certains engagements pris par l’Etat, notamment celui de payer pensions et soins de santé à la population.

3. Le risque du retour de l’effet "boule de neige"

L’effet "boule de neige" commence lorsque le montant total de la dette augmente, ce qui fait bondir la charge d’intérêt, qui vient à son tour gonfler la dette initiale. Alors qu’il a disparu depuis les années 90, "il risque aujourd’hui de faire son retour", prévient Etienne de Callatay. En effet, les quatre paramètres qui déclenchent le processus sont actuellement réunis. Après les plans de sauvetage financier, le niveau de la dette a augmenté; la croissance du PIB est quasiment au point mort; les taux d’intérêts sur la dette n’ont pas encore beaucoup augmenté, mais on ne peut pas exclure un rebond de la prime exigée par les investisseurs pour prêter à la Belgique, s’ils estiment que sa situation budgétaire se dégrade. Enfin, le solde primaire (les recettes totales, diminuées des charges totales, à l’exclusion des charges d’intérêt) se contracte progressivement.

4. Quelles conséquences pour les marchés financiers?

Les marchés financiers peuvent s’effrayer rapidement face à un indicateur qui a l’apparence d’une mauvaise nouvelle. Avec le risque de la prophétie auto-réalisatrice: si les investisseurs estiment qu’un certain niveau d’endettement n’est pas viable pour les finances publiques, la prime de risque exigée pour prêter à l’État bondira. Il pourrait dès lors éprouver des difficultés à se financer, ce qui risque de provoquer un certain chaos au sein des marchés financiers, et pas seulement au niveau national. Pour rappel, on estime à 60% la proportion de la dette belge détenue par des investisseurs étrangers. Et même si elle était détenue en majorité en Belgique, cela n’atténuerait pas le risque de panique sur la dette belge: selon de Callatay, "les investisseurs belges ne sont pas des patriotes spontanés". Ils placeront leur argent là où ils estiment qu’il y sera en sécurité.

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