"Le risque d'affrontement dans le Golfe est de plus en plus élevé"

©AFP

L’attaque contre les installations d’Aramco, attribuée à l’Iran par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, accroît le risque de conflit au Proche-Orient. D'après Francis Perrin, directeur de recherche à l'Iris, l'Iran veut faire monter la tension et, pourquoi pas, les cours pétroliers.

L’attaque menée samedi contre les installations pétrolières d’Aramco et revendiquée par des rebelles houthis basés au Yémen, accroît les risques de conflit au Proche-Orient. Autant qu’elle suscite des interrogations.

Il y a une volonté de l’Iran de faire monter les tensions, sans jamais le revendiquer.
Francis Perrin
Directeur de recherche à l’Iris

L’origine des tirs est incertaine. Les rebelles houthis affirment dans un communiqué lénifiant que les tirs proviennent de drones envoyés du Yémen et assurent pouvoir frapper le régime saoudien n’importe où. Mais les Etats-Unis, comme l’Arabie saoudite, pensent que les tirs proviennent du sud de l’Irak et sont le fait de milices chiites contrôlées par Téhéran

"Certains en Arabie saoudite ne sont même pas convaincus qu’il s’agit de tir de drones et évoquent des tirs de missile", confie Francis Perrin, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Danger d’escalade

Quelle que soit l’explication, les frappes dévastatrices aggravent les tensions dans la région. "Le risque d’affrontement dans le Golfe est maintenant élevé, de plus en plus élevé", poursuit Francis Perrin. "Cela fait des mois que le danger d’escalade existe. Depuis mai, des attaques sont lancées contre des pétroliers dans le golfe d’Oman. L’Iran arraisonne des navires."

Pour cet expert, "le paradoxe c’est que le prix du pétrole est resté calme durant tous ces mois" et qu’il a fallu l’attaque de samedi pour les voir flamber. "Il y a une volonté de l’Iran de faire monter les tensions sans jamais le revendiquer et, au passage, pourquoi pas, de faire monter les prix, ce qui peut toujours profiter à ce pays qui pâtit des sanctions américaines", ajoute l’expert. "Le message de Téhéran est clair: si vous ne tenez pas compte de mes demandes, je vais continuer à faire monter les prix du pétrole."

Un impact durable sur les cours pétroliers?

Tous les pays producteurs profitent de cette hausse des prix, sauf l’Arabie saoudite, obligée de puiser dans ses réserves pour compenser la perte de 60% de sa capacité de production.

Cette situation pourrait durer. "Cela dépend de cinq facteurs clés, cinq questions encore sans réponse", dit Francis Perrin. Et l'expert de citer: "le temps qu’il faudra à Aramco pour rétablir son niveau de production, la part de leurs stocks qui sera affectée à la perte de pétrole, la décision des pays producteurs d’accroître ou non leur production, la décision des pays importateurs de puiser ou non dans leur réserve. Et, surtout, y aura-t-il d’autres attaques?"


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