tribune

Le risque d'une envolée de l'inflation ne doit pas du tout être pris à la légère

Demain, le retour de l’inflation? Le phénomène de hausse des prix donne des signes inquiétants de reprise comme en atteste la forte hausse des cours des matières premières. Les banques centrales ne paraissent pourtant guère s’en soucier...

Depuis plusieurs années, les banques centrales ont insufflé d’énormes quantités de liquidités dans le marché.

Pour différentes raisons, il n’y a pas eu pratiquement de réels effets sur les prix à la consommation : la Chine, les nouvelles technologies, la globalisation, de nouveaux comportements (Amazon),…

Pierre Drion. ©Dieter Telemans

Aujourd’hui, les choses ont l’air de changer. Alors que les banques centrales continuent à créer de la «monnaie de base » et ont annoncé leur intention de persévérer, nous voyons des éléments inquiétants apparaître.

Tout d’abord le développement de quelques bulles spéculatives, la première et la plus spectaculaire est certainement celle des cryptos-pseudo-monnaies.

Dégringolade historique

Il faut rappeler que leur capitalisation est supérieure à 2.000 milliards de dollars alors qu’il n’y a aucune valeur sous-jacente, même pas un banquier central. La seule justification pour l’acheteur est de croire qu’il va trouver, plus tard, un autre acheteur qui lui paiera davantage que son prix d’achat. En deux mots, c’est un instrument extrêmement dangereux destiné à une dégringolade historique.

D’autres bulles apparaissent que ce soit sur certaines valeurs technologiques ou encore sur des instruments financiers (comme les Special Purpose Acquisition Company - Spac).

Parallèlement, un autre phénomène se produit, à savoir la hausse substantielle de coûts à la production. De fait, les matières premières ont grimpé de près de 60% par rapport aux prix (bas) d’il y a un an mais, qui plus est, nous observons des prix à la production qui montent; hausses qui sont acceptées par le marché.

Il faut dire que les producteurs eux-mêmes doivent subir des prix plus élevés pour leurs fournitures ce qui ne les dérange pas trop vu qu’ils peuvent, sans difficulté, répercuter cette évolution dans leur prix de vente.

Explosion de la consommation

À cela s’ajoutent des ruptures de stock et des goulets d’étranglement dans l’approvisionnement, ce qui à nouveau se traduit par des hausses de prix.

Entretemps, après la Chine, nous voyons dans le monde occidental la pandémie se résorber et, suite à la campagne de vaccination, revenir « sous contrôle ».

Ceci ne manquera pas d'entraîner une explosion de la demande de consommation due, non seulement, à l’épargne forcée mais aussi aux besoins qui n’ont pas pu être satisfaits et à la « libération » qui suivra la fin de la pandémie.

La surprise pourrait être forte, rapide et auto-alimentée par l’accélération des comportements d’achats de protection.

Tout cela va alimenter la hausse des prix et, bien sûr, la conjoncture de telle sorte que les plans de relance viendront, quand on n’en aura plus besoin, alimenter davantage le phénomène inflationniste.

Il semble pourtant que ce n’est pas le scénario le plus répandu, y compris auprès des banques centrales. On prévoit plutôt une hausse modérée et temporaire des prix. La surprise pourrait donc être forte, rapide et auto-alimentée par l’accélération des comportements d’achats de protection.

Le dilemme des banques centrales

L’influence sur les taux d’intérêt sera immédiate par les effets classiques des « leads and lags » avec les emprunteurs qui anticipent et les prêteurs qui reportent. Les banques centrales se trouveront alors devant le dilemme de fermer les robinets et d’accélérer la hausse des taux ou alors de continuer à alimenter les marchés de liquidités et engendrer des attentes inflationnistes encore plus fortes.

Tout cela n’est pas anticipé aujourd’hui ce qui rend cette hypothèse encore plus dangereuse par les réactions brusques et amplificatrices que sa réalisation provoquerait.

De toute façon, il me semble illusoire de croire que nous aurons une inflation légère accompagnée d’une faible hausse de taux. Cela pourrait provoquer de fortes réactions non anticipées.

Le timing est, comme toujours, incertain. Je ne pense pas toutefois qu’il soit éloigné.

Pierre Drion
Ex-general Partner Petercam

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés