portrait

Lex Greensill, la chute de l'Amazon des fonds de roulement

Le fondateur de Greensill Capital est sur le point de céder au prix bas sa société de services financiers innovants, après le retrait de plusieurs assureurs.

Les yeux pétillants, le sourire enfantin, l'Australien Lex Greensill a su user de sa baguette magique depuis dix ans en proposant aux grandes entreprises des solutions de financement innovantes, "avec un seul clic", selon son engagement.

CV Express

1977: Naissance à Bundaberg (Australie).
2004: Étudie à la Manchester Business School (MBA).
2005: Travaille chez Morgan Stanley.
2009: Embauché chez Citibank où il devient le directeur général dans le créneau des financements de chaînes d'approvisionnement pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique.
2011: Greensill Capital.

Ses instruments de technologie financière lui ont permis de lisser le financement de la chaîne d'approvisionnement, en payant immédiatement aux fournisseurs les factures qu'ils venaient d'émettre, dans l'attente du paiement total par les clients. Il a aussi développé son modèle économique en inversant sa logique: il a proposé aux clients des prêts directement liés à la facture qu'ils venaient de recevoir, en se chargeant de payer immédiatement les fournisseurs. Parallèlement, en partenariat avec Credit Suisse ou GAM, il sécurisait ces opérations avec des obligations, qui étaient elles-mêmes empaquetées dans un fonds. Des assureurs apportaient entretemps leur caution.

Les marges étaient minuscules pour chaque transaction. Mais à grande échelle, une échelle mondiale en l'occurrence, Greensill Capital pouvait voir gros, très gros. "Nous nous voyons comme l'Amazon des fonds des roulements", affirmait Lex Greensill à mi-chemin, dans la seconde partie des années 2010, lorsque sa société voyait son chiffre d'affaires grossir de 300%  par an. "Notre part de marché est de 0,4% actuellement, dans un marché dont la taille potentielle est de 3.500 milliards de dollars d'actifs. C'est ce marché que nous convoitons. Nous voulons aller de ces 0,4% à 3.500 milliards de dollars US."

Des multinationales comme Vodafone et Coca-Cola sont devenues clientes. Greensill a continué de grandir jusqu'à ces derniers mois.  Des partenariats très étroits ont été mis en place avec des acteurs aussi divers que la banque Credit Suisse – dont le pas de côté a précipité la chute de Greensill – ou le magnat de l'acier Sanjeev Gupta.
Un projet de levée de fonds de 1 milliard de dollars, stoppé au dernier moment, aurait pu valoriser la société londonienne à hauteur de 7 milliards de dollars.

Les raisons de l'effondrement

Les raisons de l'effondrement de Greensill sont complexes et vont peut-être au-delà de la personnalité de son fondateur, celle d'un preneur de risques au-dessus de la moyenne, véritablement passionné par ce créneau dans lequel il était devenu une véritable référence.

Fils d'exploitants agricoles spécialisés dans la canne à sucre, Lex Greensill a eu l'idée de se perfectionner dans la création de passerelles entre les fournisseurs et leurs clients en raison des difficultés auxquelles faisaient face ses parents, souvent confrontés à des retards de paiement. Il affirme avoir dû renoncer à son entrée à l'université pour cette raison. Il a suivi des études universitaires par correspondance tout en travaillant à temps plein dans un cabinet d'avocats. Il a ensuite travaillé à Sidney dans des start-ups spécialisées dans le créneau des financements de chaînes d'approvisionnement, avant de rejoindre Londres pour travailler à Morgan Stanley, puis à Citibank, où il est devenu le directeur général de ce secteur pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique.

Cette revente à un prix qui s'annonce modeste confirme que certains ponts financiers qu'il a mis en place, y compris avec une technologie dernier cri, étaient à la fois trop ambitieux et trop fragiles.

Un conseiller très spécial nommé David Cameron

Lex Greensill a mis son expertise au service du gouvernement de David Cameron, il y a une dizaine d'années, lorsque celui-ci cherchait des solutions innovantes pour moderniser l'économie. L'ancien Premier ministre est depuis devenu le très prestigieux conseiller, voire ambassadeur, de Greensill Capital. "Depuis sa fondation au Royaume-Uni, Greensill a conquis le monde, mettant un terme aux anciens modèles de financement et démocratisant le capital pour donner aux entreprises, y compris les PME et les petits entrepreneurs, accès au financement à bas coûts", s'extasiait-il en décembre 2019.

Déjà une alerte en 2019

Le contexte économique, avec une explosion des retards de paiements, a touché au coeur le modèle économique de Greensill. Mais la fragilité de son modèle avait déjà été mise en évidence en 2019, lors d'une crise de confiance qui avait entraîné la panique d'investisseurs du fonds d'investissement GAM, partenaire de Greensill Capital. GAM vient de fermer son fonds lié à Greensill Capital.

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