Longue nuit de marchandages sur le budget européen

Le président du Conseil européen Charles Michel dialoguant avec la Chancelière allemande Angela Merkel.

Un long marchandages a démarré jeudi soir entre les 27 dirigeants des États de l'UE autour d'un budget de plus de mille milliards d'euros. Après s'être montrés unis sur le Brexit, les Européens voient renaître leurs clivages entre pays riches et moins avancés.

"Je ne sais pas si Charles Michel est le frère jumeau de David Copperfield", a lâché le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel, jeudi, lors de son arrivée au sommet sur le budget à long terme de l'UE. La référence au prestidigitateur américain convenait à merveille pour illustrer la tâche attendant le président du Conseil européen. Mettre d'accord 27 États clivés entre pays riches et moins avancés sur un budget de plus de mille milliards d'euros.

Le sommet s'est poursuivi durant une bonne partie de la nuit, sous forme de rencontres bilatérales. Une nouvelle séance plénière était prévue vendredi à 10 h. Certains évoquaient la possibilité que l'exercice continue jusque samedi.

"Le tour de table fut une sorte de thérapie où chaque leader a dit ce qu'il voulait et ne voulait pas."
Un porte-parole du Conseil

Charles Michel entend négocier "au finish". Après un premier tour de table à Vingt-Sept et un dîner, l'ancien Premier ministre belge a orchestré des rencontres bilatérales entre dirigeants européens. Usant de sa science du compromis, il compte rapprocher les chefs d'État ou de gouvernement autour de sa proposition de compromis.

"Le tour de table fut une sorte de thérapie où chaque leader a dit ce qu'il voulait et ne voulait pas", glisse un porte-parole du Conseil, "les choses se sont déroulées dans une atmosphère très respectueuse".

Au moment où débutaient les réunions bilatérales, Xavier Bettel sortait se détendre. "J'ai le temps d'aller au théâtre", ironisait-il.

"Nous ne pouvons pas dire que nous allons réussir, mais j'espère que nous allons faire des progrès."
Angela Merkel
Chancelière allemande

Les chances d'aboutir lors de ce sommet sont faibles. "Nous ne pouvons pas dire que nous allons réussir, mais j'espère que nous allons faire des progrès", a dit la Chancelière allemande Angela Merkel à son arrivée à Bruxelles. Le ton était donné.

Charles Michel propose un budget de 1.094 milliards d'euros, soit 1,074% du revenu national brut (RNB) de l'UE. Un montant inférieur à ceux proposés par la Commission (1,1%) et le Parlement (1,3%).

Plusieurs questions sont au cœur des négociations: le montant du budget, les rabais, la PAC et les fonds de cohésion. Les politiques traditionnelles, représentant 60% du budget, sont appelées à recevoir moins d'argent au bénéfice de nouvelles priorités comme le climat, le numérique, la défense et la migration.

60 à 75
milliards €
Le départ du Royaume-Uni grève le budget européen à long terme (2021-2027) de 60 à 75 milliards d'euros.

Le casse-tête se complique avec le départ du Royaume-Uni grevant le budget pluriannuel de 60 à 75 milliards d'euros. Le président du Conseil suggère aussi de créer des ressources propres, une taxe sur les plastiques non recyclés et une autre sur le carbone, rapportant 14 milliards d'euros par an.

Paris et Berlin divergent

L'Allemagne a de nombreuses réserves sur la proposition Michel. La France, par contre, le soutient. "Il y a un chemin pour trouver un accord durant ce sommet, cela prendra quelques heures, quelques nuits, quelques jours: j'y suis prêt", a lancé le Président français Emmanuel Macron. Pour certains États, le projet de Charles Michel favorise la France.

Berlin et Paris s'opposent sur la question des rabais et des fonds de cohésion. La France voudrait la fin de cet avantage octroyé jadis au Royaume-Uni qui fut aussi accordé à cinq États (Allemagne, Autriche, Danemark, Pays-Bas, Suède).

Le Parlement veut plus

Le sommet a démarré par un échange avec le président du Parlement européen, David Sassoli. Le socialiste italien s'est dit opposé à la proposition de Charles Michel. Lors d'une conférence de presse, il est monté dans les tours pour défendre le rôle de son institution. Le budget "ne naît pas au Conseil, il naît au Parlement", a-t-il clamé. Les 705 eurodéputés doivent adopter le budget à la majorité absolue (353 voix). Or, plus de 401 d'entre eux sont issus de partis siégeant dans l'opposition dans leur pays. 

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