Macron envoie le déficit français au-delà des 3% en 2019, la Commission se donne du temps

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Le président français a annoncé une série de mesures sociales afin de calmer la contestation, notamment du côté des gilets jaunes. Le coût? 10 milliards d'euros, ce qui fera passer le déficit de la France bien au-delà des 3%. La Commission européenne dit ne pas vouloir réagir avant le printemps.

Emmanuel Macron a annoncé, lundi soir, face à plus de 21 millions de téléspectateurs, plusieurs mesures sociales et fiscales afin de désamorcer le conflit avec les gilets jaunes. Ces mesures, applicables dès 2019, ont été saluées par une partie des protestataires, mais dénoncées par d'autres. Les députés socialistes ont ainsi décidé de déposer une motion de censure commune avec le Parti communiste et La France insoumise pour dénoncer la gestion par le gouvernement de la crise.

→ Quelles sont-elles?

  • L'augmentation de 100 euros par mois du salaire minimum (Smic) sans que cela ne coûte à l'employeur;
  • La suppression de la hausse de la CSG (contribution sociale généralisée) pour les retraités gagnant moins de 2.000 euros par mois;
  • La défiscalisation des heures supplémentaires;
  • La possibilité de verser une prime à chaque salarié (l’employeur n'y est pas contraint).
"Les annonces d'hier ne sont pas un coup d'arrêt à notre ambition de transformer le pays."
Edouard Philippe
Premier ministre

Le Premier ministre français s'est expliqué sur ces mesures ce mardi après-midi devant les députés. "La question que nous posons sur la fiscalité est essentielle. Est-ce que nous voulons faire en sorte d'avoir un système fiscal plus progressif ou non? Cela mérite un grand débat national. Notre objectif, c'est de faire en sorte que chaque Français puisse s'exprimer sur ce qu'il veut. Nous voulons évoquer avec les citoyens les conditions de notre avenir. Il faut faire en sorte que le débat soit le plus ouvert possible pour aller le plus loin possible", a indiqué Edouard Philippe, rappelant l'objectif d'Emmanuel Macron de rencontrer l'ensemble des maires de France région par région pour établir de nouvelles mesures au niveau national.

"Les annonces d'hier sont les réponses à une colère légitime que nous avons entendue mais cela ne va pas nous empêcher de continuer à transformer le pays. Il faut aller plus vite sur la rémunération du travail, il faut continuer à transformer des dispositifs qui ne fonctionnent pas et qui pourraient mieux fonctionner. Les annonces d'hier ne sont pas un coup d'arrêt à notre ambition de transformer le pays", a martelé le Premier ministre français en réponse à l'interpellation d'une députée de la France Insoumise (gauche radicale).

→ Combien coûtent-elles? 

Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, a chiffré le coût de ces mesures à 10 milliards d'euros. Les annonces effectuées par le Premier ministre Edouard Philippe la semaine dernière sur l'abandon de la taxe carbone et le maintien de l'avantage fiscal sur le gazole non routier (GNR) pour les entreprises représentent un montant de quatre milliards d'euros et les mesures annoncées lundi par Emmanuel Macron représentent un montant "autour de six milliards d'euros", a précisé Gérald Darmanin.

Le ministre a ensuite indiqué que le déficit public en 2019 s'établira à 2,5% du PIB, sans tenir compte de l'impact ponctuel de la transformation du CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) en baisse de charges pérenne."Dix milliards, c'est 0,5 point de dégradation des finances publiques", a-t-il poursuivi. "Nous sommes donc aujourd'hui (...) autour de 2,5 de déficit public et, effectivement, il y a l'aspect du 'one-off' autorisé par la Commission européenne", a déclaré le ministre.

Dans la mesure où la transformation du CICE en baisse de charges pérenne doit peser à hauteur de 0,9 point sur les comptes publics, cela porte à 3,4% du produit intérieur brut (PIB) la prévision de déficit public pour 2019 sur laquelle la Commission européenne sera amenée à se prononcer, ce qu'elle ne fera qu'au printemps prochain. "Le budget final" de la France "sera analysé au printemps quand nous publierons nos prévisions économiques", a ainsi confirmé Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission.

Avant l'annonce des mesures en faveur du pouvoir d'achat, la prévision de déficit public pour 2019 s'élevait à 2,8% du PIB, mais hors impact ponctuel de la bascule du CICE, elle s'établissait à 1,9%.

"Cette hausse de 100 euros net pour les smicards sera financée par l'Etat."
Edouard Philippe

Edouard Philippe s'est également expliqué plus particulièrement sur le coût de l'augmentation du Smic. "L'augmentation du smic ne sera pas à la charge de l'entreprise, mais cette hausse de 100 euros net pour les smicards sera financée par l'Etat. C'est une mesure qui a pour objet de faire en sorte que ceux qui bénéficient de la prime d'activité et peut-être même au-delà de ceux-là puissent bénéficier du fruit de leur travail et participer à l'économie", a-t-il insisté. Une accélération de la hausse de la prime d'activité qui a d'ores et déjà obtenu le feu vert du Sénat.

→ Où trouver les financements? 

©Photo News

Pour le président de l'Assemblée, Richard Ferrand, la France va devoir "sans doute creuser le déficit" public de manière "strictement temporaire" pour financer les mesures annoncées par Macron, assurant qu'il serait revenu sous les 3% du PIB en 2020. 

Il ajoute que ces mesures sont en fait "une accélération" de la mise en oeuvre de ce qui était contenu dans le programme présidentiel, et "sur cette accélération, aujourd'hui il va nous falloir sans doute creuser le déficit pour pouvoir honorer ces engagements dans le terme qui a été fixé", a-t-il estimé.

Cette augmentation ne sera "pas massive" et sera "strictement temporaire", car "la conversion du CICE en baisses de charges patronales, c'est pour une année (2019, NDLR)", et "l'année d'après, nous n'aurons pas cet effet d'accumulation des deux mesures et on retrouvera un rythme en dessous des 3%", a-t-il précisé.

Les taux français remontent

Le taux français a légèrement progressé à 0,709% ce mardi, contre 0,694% lundi à la clôture sur le marché secondaire, dans un contexte de rebond boursier profitant entre autres d'un regain d'espoir sur les relations commerciales, dans l'attente de précisions sur le Brexit. L'écart de rendement ("spread") entre les titres français et allemand dépasse ainsi 47 points, au plus haut depuis le mois de mai 2017. Les autres taux obligataires dans la zone euro ont remonté entre 1 et 3 points de base. 

Les obligations françaises, dont le cours évolue à l'inverse du rendement, ont vu leur cours se replier après l'annonce par le président Emmanuel Macron de mesures chiffrées entre 8 et 10 milliards d'euros pour répondre à la crise des gilets jaunes. 

"Les mesures suggèrent que le gouvernement français va dépenser davantage, ce qui signifie un déficit plus important en 2019 et un affaiblissement de sa position financière" souligne Rainer Guntermann, spécialiste taux chez Commerzbank.

"Les journaux français suggèrent ce matin que le déficit français pourrait atteindre 3,5%, ce qui compliquerait la discussion en zone euro et apporterait à des pays comme l'Italie un argument supplémentaire pour un déficit plus important" ajoute-t-il.

 

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