analyse

Merkel plaide pour réformer la zone euro, mais comment ?

Angela Merkel, chancelière fédérale depuis bientôt quinze ans, incarne la stabilité politique et économique de l’Allemagne, mais aussi un certain immobilisme pour la zone euro. ©EPA

La Chancelière allemande a défendu une plus grande intégration de la zone euro, en réponse aux juges de la cour constitutionnelle allemande, qui estiment que la BCE dépasse les limites de son mandat.

En jetant un pavé dans la marre constitutionnelle européenne, les juges de la cour de Karlsruhe ont-ils enclenché une nouvelle dynamique d'intégration de la zone euro? On pourrait être tenté de le croire en prenant au mot Angela Merkel. La Chancelière allemande a défendu mercredi une plus grande "intégration" de la zone euro, une semaine après que la cour constitutionnelle allemande ait sommé la Banque centrale européenne (BCE) de prouver le caractère équilibré de son usage de la planche à billets au travers d'un de ses programmes d'assouplissement quantitatif (Quantitative Easing).

"Cela va en effet nous inciter à faire davantage en matière de politique économique, afin de faire progresser l'intégration."
Angela Merkel
Chancelière fédérale allemande

Lundi, la Chancelière avait estimé qu'une explication circonstanciée de la BCE suffirait à résoudre le problème. Deux jours plus tard, elle a reconnu le caractère profondément politique de l'affaire. Depuis son "whatever it takes", la BCE assure la stabilité monétaire en palliant les lacunes politiques de la zone euro. Si comme le suggère Karlsruhe les limites de cette logique sont atteintes, le politique va-t-il prendre le relais? "Cela va en effet nous inciter à faire davantage en matière de politique économique, afin de faire progresser l'intégration" de la zone euro, a indiqué Angela Merkel devant les députés allemands.

Et d'ajouter que "nous allons à coup sûr nous pencher sur cette question en lien avec ce qu'on appelle le Fonds de relance", l'instrument qui doit permettre à la Commission européenne d'emprunter sur les marchés avec la garantie des États membres. "Plus la réponse européenne dans ce cadre sera forte, plus la BCE pourra travailler dans un cadre sûr", a-t-elle encore dit, rappelant que Jacques Delors, président de la Commission au moment de la création de l’euro, soulignait qu'une union monétaire sans intégration politique n'était pas tenable

Des paroles pour quels actes

Ceci ne suffit pas à penser que les 16 juges de Karlsruhe auraient conduit "Mutti" Merkel (soit "Maman", telle que surnommée par les Allemands) à reconsidérer sa ligne au sujet de l’euro, estime Éric Maurice, qui dirige le think-tank proeuropéen Institut Robert Schuman à Bruxelles. "Qu'entend-elle par intégration de la zone euro? Est-elle prête à une réouverture des traités? À enfin compléter l'union bancaire? À créer un plus grand budget de la zone euro? À envisager des eurobonds (titres de dette communs, NDLR)? À assumer un mandat plus large de la BCE?", s’interroge-t-il. Jusqu’à présent, Berlin n’a suivi qu’à reculons la volonté française, notamment, d’intégration – en esquissant un embryon de budget de la zone euro.

"On est loin de la mutualisation de la dette qui permettrait de réduire le Quantitative Easing de la BCE."
Éric Maurice
Institut Robert Schuman

Et cette semaine, Angela Merkel ne cite comme mesure concrète que le plan de relance que la Commission européenne prépare en s’appuyant sur le budget européen et la création d’un instrument d’emprunt communautaire. "On est loin de la mutualisation de la dette qui permettrait de réduire le Quantitative Easing de la BCE", souligne Éric Maurice. Or à ses yeux, il n’y a que deux façons pour l’Allemagne d’apporter une réponse de long terme à l’objection de Karlsruhe: "Soit elle accepte un changement des traités pour modifier le mandat de la BCE, pour qu'il ne se limite pas qu'à la stabilité des prix; soit elle accepte d'aller plus loin dans la construction d'une zone euro plus politique, plus solidaire."

Angela Merkel, chancelière fédérale depuis bientôt quinze ans, incarne la stabilité politique et économique de l’Allemagne, mais aussi un certain immobilisme pour la zone euro. Avec la décision des juges de Karlsruhe, c’est d’Allemagne que vient la menace d'instabilité. Reste à voir si le signal politique envoyé par la Chancelière sera suivi de contenu.

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