Minc démystifie le "système" et les "élites"

Alain Minc ©AFP

Alors que gronde la révolte populaire contre les "élites", Alain Minc décrit, dans son nouveau livre, le "système" de l’intérieur. Un univers au sein duquel il distingue quatre sphères: l’économique, le politique, les médias et les intellectuels.

Économiste, grand patron et conseiller des princes, Alain Minc a toujours été au confluent de ces différentes sphères qu’il a vu évoluer au cours des trente dernières années. "De ces quatre mondes, c’est sans doute le politique qui a le plus persévéré dans son être et l’univers médiatique qui a été le plus bouleversé. La vie capitalistique et la sphère intellectuelle se sont contentées de muter sans que leurs fondamentaux aient volé en éclats."

À travers des analyses, portraits, souvenirs et confidences, il guide le lecteur dans les coulisses du pouvoir, du monde des affaires et des rédactions. Avec pour objectif de démystifier les sphères du pouvoir et de couper ainsi l’herbe sous le pied des populistes lorsqu’ils manient la théorie du complot, parfois avec la caution de certains intellectuels de renom. Comme l’omniprésent Michel Onfray, qui "préfère se lancer dans des diatribes anti-élites dont la violence ne laisse pas de surprendre et accepte, sans réticence, d’être instrumentalisé par l’extrême droite", dénonce Minc.

Si les populistes ont aujourd’hui le vent en poupe, comme le montre la crise des gilets jaunes, Minc refuse pour autant de céder à la fatalité. "Des quarante ans écoulés, je ne tire qu’une leçon: il n’existe ni perspectives linéaires, ni certitudes, ni pronostics triomphants. Je n’imaginais pas connaître la décomposition de l’Union soviétique, la mort du communisme en Occident, l’affaissement de la social-démocratie. Pourquoi croirais-je à la victoire inéluctable du populisme, alors qu’il est tellement moins articulé que ne l’était le marxisme triomphant? C’est un ennemi à notre portée."

"Voyage au centre du système", Alain Minc, éditions Grasset, 188 pages, 17 euros ©rv

Faisant lui-même partie des élites, on ne s’étonnera pas d’une certaine indulgence de l’auteur à leur égard. "Sans doute suis-je de parti pris en affirmant que nonobstant leurs défauts, leurs excès, leurs tics, ces univers sont incarnés par des tempéraments de qualité, parfois hors du commun." Parmi ces tempéraments, deux figures politiques ont particulièrement impressionné l’auteur par leur action décisive dans des moments d’une gravité exceptionnelle: Pierre Mauroy en 1983 et Nicolas Sarkozy en 2008.

Mauroy a convaincu Mitterrand de la nécessité de maintenir l’ancrage européen de la France contre ceux qui plaidaient pour une sortie du SME. Sarkozy, lui, s’est employé, avec les autres dirigeants européens, à sauver la zone euro alors que les banques chutaient tels des dominos. "Quel dommage que l’Histoire ne garde pas ce souvenir-là de Sarkozy qui a tenu, quasiment seul, pendant quelques jours, la barre du navire occidental et contribué à le ramener à bon port", commente Alain Minc, qui retient de cet épisode dramatique que "ce ne sont ni le marché, ni les acteurs sociaux, ni les intellectuels qui fixent nos destins, mais les seuls gouvernants: pour le meilleur et pour le pire".

Enfin, Alain Minc ne se montre guère optimiste au sujet de l’avenir de la presse écrite. "Sur la base d’un jeu capitaliste normal, les journaux sont condamnés." La télévision, par contre, a encore de beaux jours devant elle et surtout la radio, qui a remarquablement traversé les bouleversements provoqués par l’ère du numérique.

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