interview

Olivier Dussopt: "La fin du 'quoi qu’il en coûte' interviendra avant 2023"

Pour le ministre délégué français aux Comptes publics, la fin de la crise devra coïncider à un retour des dépenses publiques à leur niveau d’avant-crise. ©SISKA VANDECASTEELE

Paris souhaite le débranchement progressif des aides publiques à l’économie le plus rapidement possible: "Nous avons une obligation de retour à la normale."

Olivier Dussopt était à Bruxelles vendredi pour rencontrer – en petit comité mais dans d’immenses salles dûment désinfectées – les commissaires européens à l’Économie et au Budget. Le ministre délégué français chargé des Comptes publics a profité de l’occasion pour nous recevoir au Consulat de France. Au menu, le déroulement du plan de relance européen, du pilotage des finances publiques, et une question qui crispe la Belgique: la répartition de l’enveloppe d’aide aux pays les plus touchés par le Brexit.

"Les premiers décaissements [du plan de relance européen] doivent pouvoir intervenir au mois de juillet comme c’était prévu initialement."
Olivier Dussopt

L’urgence, c’est de débloquer le plan de relance européen, dont la France a critiqué les lourdeurs. Pour Olivier Dussopt, "les premiers décaissements doivent pouvoir intervenir au mois de juillet comme c’était prévu initialement". Selon le calendrier officiel, la Commission a jusqu’à fin septembre pour verser 13% du soutien total – pour peu que les États membres aient accompli toutes les démarches nécessaires.

Pour Paris, le calendrier de la relance doit être le même que celui de la désactivation de la clause suspensive qui a mis les règles du pacte de stabilité au frigo, souligne-t-il. "C’est un point qui est important pour nous: le niveau de dépenses auquel nous sommes arrivés aujourd’hui n’est pas soutenable dans le temps. Nous avons une obligation de retour à la normale, et je souhaite qu’il puisse intervenir assez rapidement." Une intention sans date bien sûr: tout dépendra de la fin des mesures de restrictions qui pèsent sur l’économie, donc de la vaccination.

Des règles en débat

La Commission européenne envisage de réactiver les règles budgétaires européennes pour 2023, quand l’économie de la zone euro aura retrouvé son niveau d’avant-crise. Est-ce le bon indicateur, et la fin programmée du soutien à l’économie "quoi qu’il en coûte" annoncé par Emmanuel Macron? "La fin du 'quoi qu’il en coûte' interviendra avant 2023", estime-t-il. Cette année, en plus d’un budget de 30 milliards d’euros d’aides d’urgence, Paris a mis sur la table un plan de relance de 100 milliards d’euros sur deux ans – avec l’objectif de l’avoir engagé à plus de 50% en 2021. "C’est un effort considérable, consenti dans une période où nous perdons des recettes", souligne-t-il. Or après la crise, le niveau des dépenses publiques françaises devra être comparable à ce qu’il était avant le début de la crise: "Nous avons fait le choix au début de cette crise de continuer à baisser les impôts. À la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron, les impôts payés par les entreprises et ménages français auront baissé de 50 milliards d’euros. Ça n’est jamais arrivé."

"Nous avons fait le choix au début de cette crise de continuer à baisser les impôts."
Olivier Dussopt

Comment ce retour à la normale se fera-t-il? La Commission veut relancer le débat sur l’avenir des règles budgétaires européennes. Fin février, le ministre des Finances Vincent van Peteghem (CD&V) plaidait pour une révision des règles budgétaires européennes, sans laquelle le gouvernement belge ne parviendrait pas à atteindre son objectif d’investissement. Il plaidait pour que l’Europe distingue les investissements "productifs" des dépenses de fonctionnement. "Je pense que ça serait opportun", dit lui aussi Olivier Dussopt, avant de souligner la difficulté de l’opération: "Il est facile de caractériser un investissement lorsque vous investissez dans un équipement ou une infrastructure. Lorsque vous investissez dans de la formation professionnelle, il arrive toujours un moment où la ligne de partage entre dépenses de fonctionnement et d’investissement est compliquée." L’Europe a deux ans pour clore le débat.

"Un pays ne peut pas être très fortement impacté et dans le même temps contributeur net [au fonds Brexit], sinon le mécanisme perd de son sens, tout simplement."
Olivier Dussopt

Revoir la clé du fonds Brexit

On ne pouvait pas prendre congé sans évoquer le gros point de crispation – entre la Belgique et la France notamment – sur la répartition de l’enveloppe de 5 milliards d’euros pour soutenir les pays les plus affectés par le Brexit. La clé de répartition proposée par la Commission soutient en priorité les économies les plus directement affectées, dont la Belgique. Mais la France et d’autres plaident pour revoir la clé de répartition à leur avantage. "Tout le monde s’accorde à dire que la France est un des pays les plus impactés par les conséquences du Brexit", pose Olivier Dussopt. C’est contradictoire, dit-il, avec le fait que la France paye plus pour le financer qu’elle ne reçoit. "Un pays ne peut pas être très fortement impacté et dans le même temps contributeur net, sinon le mécanisme perd de son sens, tout simplement."

"Il ne s’agit pas de renverser la table", dit-il, mais de veiller à ce que l’impact du Brexit soit "justement mesuré". Il espère un compromis dans les semaines qui viennent.

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