Ouverture du premier procès d'un trader dans l'affaire du Libor

©REUTERS

Trois ans après l'éclatement du scandale du Libor, un tribunal de Londres a ouvert mardi le jugement d'un courtier accusé d'avoir orchestré une manipulation de ce taux de référence. C'est le premier procès du genre dans cette affaire qui a coûté des milliards aux banques et entaché leur réputation.

Tom Hayes, un ancien courtier de la banque suisse UBS puis de sa concurrente américaine Citigroup, a comparu ce mardi devant le tribunal de Southwark, sur la rive sud de la Tamise, à un jet de pierre de la City. Son procès devrait se poursuivre jusqu'au début août, date attendue du verdict. Il risque une peine maximale de dix ans de prison.

"Tous les banquiers veulent maximiser leurs profits mais M. Hayes l'a fait de manière malhonnête. Il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour manipuler le taux interbancaire connu sous le nom de Libor"
Le procureur Mukul Chawla
Au moment d'ouvrir le procès de Tom Hayes

Le procureur Mukul Chawla a ensuite accusé le financier, qui fait face à huit chefs d'inculpation, d'avoir été la tête pensante de la manipulation, motivée par la "cupidité".

Tom Hayes est arrivé au tribunal en tenant la main de sa compagne, l'air tendu, et n'a pas souhaité s'exprimer devant les journalistes. Vêtu d'un simple polo foncé et d'un pantalon clair, il a suivi le début du réquisitoire du procureur avec attention, échangeant fréquemment avec ses conseils à ses côtés.

D'après l'Office britannique de lutte contre la délinquance financière (SFO), le courtier était au coeur d'un système de collusion instauré du milieu à la fin des année 2000 avec d'autres traders des mêmes banques mais aussi d'autres établissements, visant à influer dans leur intérêt le niveau du Libor (London Interbank Offered Rate).

Ce taux interbancaire fixé à Londres sert de référence pour de nombreux produits financiers, du compte épargne le plus classique au produit dérivé complexe, en passant par les emprunts immobiliers, les crédits à la consommation, les prêts aux entreprises et aux autorités publiques - il concerne au total des centaines de milliers de milliards de dollars de transaction par an à travers le monde.

D'autres marchés manipulés?

Tom Hayes a plaidé non-coupable, tout comme d'autres courtiers inculpés dans cette affaire et qui devraient à leur tour être jugés d'ici à la fin de l'année dans la capitale britannique. Des courtiers sont aussi poursuivis aux Etats-Unis pour des motifs similaires.

Le scandale du Libor, qui a touché de nombreux grands établissement financiers, avait éclaté au grand jour en 2012 lorsque la banque britannique Barclays avait révélé qu'elle devait payer 290 millions de livres pour mettre fin à des investigations au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

D'autres institutions financières (UBS, RBS, Rabobank notamment) ont dû depuis payer des pénalités aux autorités de régulation et judiciaires, notamment aux Etat-Unis et au Royaume-Uni, poumons de la finance mondiale. Dernière en date, l'allemande Deutsche Bank a accepté fin avril de verser une amende globale de 2,51 milliards de dollars aux autorités américaines et britanniques pour échapper à des poursuites pénales dans l'affaire du Libor.

Conséquence d'un autre énorme scandale qui frappe l'establishment financier, six grandes banques internationales ont écopé la semaine dernière d'amendes portant sur près de 6 milliards de dollars pour avoir notamment manipulé des taux de changes entre 2007 et 2013. Ceci a porté à plus de 9 milliards de dollars la facture totale acquittée jusqu'ici par les grands établissements dans cet énième scandale.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés