Publicité
plan large

Paolo Gentiloni: "Nos économies sont davantage adaptées à la pandémie"

Pour le commissaire européen en charge de l'Économie, Paolo Gentiloni (ici à Madrid le 25 octobre dernier), le nouveau gouvernement allemand d'Olaf Scholz devrait contribuer à construire un nouveau consensus sur les règles budgétaires européennes. ©Bloomberg

La vaccination et l'adaptation de nos économies au virus rendent le commissaire européen confiant dans le fait que la nouvelle vague de contaminations n'aura pas d'impact comparable à ce que l'Europe a vécu l'hiver dernier.

Au début du mois, la Commission se félicitait de voir l’économie européenne reprendre des couleurs plus rapidement que prévu. Le continent a beau être redevenu l’épicentre mondial de l’épidémie de Covid-19, le commissaire Paolo Gentiloni, en charge de l’Économie, se refuse au pessimisme.

Il nous a donné une interview par visioconférence avec deux autres journaux européens à l’occasion de la publication du "Paquet d’Automne", dans lequel l’exécutif européen évalue les projets de budgets des États membres. "Nous sommes globalement satisfaits de tous les plans", entame le commissaire italien: "Les recommandations qu’on avait données en juin sont largement respectées."

Pourtant, le cas de l’Italie pose question: la Commission a demandé aux pays à haut niveau de dette de ne pas introduire de nouvelles dépenses courantes. Le gouvernement de Mario Draghi manque-t-il de prudence à cet égard?

Nous avons approuvé le projet de budget de l’Italie parce que ce plan contribue à renforcer la croissance en Italie. Et pour ce pays, la croissance est la question clé si nous voulons répondre au problème de la soutenabilité budgétaire à moyen terme et du niveau de la dette.

Nous invitons le gouvernement italien et quelques autres à examiner le niveau de dépenses courantes financées nationalement, parce que ce niveau ne devrait pas augmenter de manière excessive. Cette considération, j’en suis sûr, sera partagée par les autorités italiennes, qui prendront des décisions en ce sens.

La Commission constate que la Belgique prévoit des mesures budgétaires "de petite taille" l’an prochain: un simple constat ou un problème?

Non, ce n’est pas un jugement critique, juste une observation factuelle de nos services. Le plan a une position budgétaire de soutien et comme vous le savez, la Belgique a un niveau de croissance assez bon.

À quel point la réintroduction de restrictions liées au Covid-19 dans plusieurs États membres peut-elle peser sur l’économie?

Nous ne devrions pas sous-estimer ce problème, mais nous ne devrions pas penser que nous pourrions avoir des conséquences économiques comparables aux confinements de l’hiver dernier. D’abord en raison de la vaccination: son niveau n’est bien sûr pas le même d’un pays à l’autre, mais partout il modère l’impact de cette nouvelle vague d’infections. Ensuite parce que nos économies sont davantage adaptées à la pandémie.

Pourtant en Allemagne, première économie de la zone euro, le ciel s’assombrit. Dans quelle mesure cette situation pourrait-elle affecter l’économie européenne dans son ensemble?

Ça pourrait créer des problèmes à court terme, mais de notre point de vue, à moyen terme, le niveau de croissance en Allemagne va s’accélérer. Donc je suis assez confiant dans le fait que les difficultés seront surmontées.

"Dire que nous sommes à l’aube d’un nouvel impact comparable à celui de l’an dernier serait de mon point de vue une erreur."

En clair: vous ne vous attendez pas à ce que cette nouvelle vague ait un impact significatif sur vos prévisions économiques?

Je n’ai pas dit qu’il n’y aurait pas d’impact significatif, ce terme pourrait être interprété de différentes manières. Mais l’impact ne sera pas comparable à ce que nous avons vécu avec la dernière crise.  Je vois l’augmentation des chiffres, les indices qui mesurent les restrictions sont à nouveau à la hausse – quoique modestement –, mais dire que nous sommes à l’aube d’un nouvel impact comparable à celui de l’an dernier serait de mon point de vue une erreur.

En Allemagne, un accord de coalition "feu tricolore" est annoncé. Quelle position attendez-vous de Berlin dans le débat qui s’ouvre sur la révision des règles budgétaires européennes?

La conscience de la nécessité de construire un consensus sur des règles réalistes. Nous savons tous quels niveaux élevés de dettes nous avons. Nous savons à quel point il a été difficile, au cours de la dernière décennie, de mettre en œuvre nos règles pour les réduire. Et nous savons que c'est devenu plus difficile encore. Si nous voulons avoir des règles communes et applicables, nous avons besoin de construire un consensus sur des règles plus réalistes sur la dette.

Nous devons aussi essayer de construire un consensus sur la manière de faciliter les investissements publics. Nous avons aujourd’hui de bonnes nouvelles en la matière: les investissements publics vont augmenter en 2022 et 2023. C’était complètement l’inverse après la crise financière. Pendant sept ans, le niveau des investissements publics avait baissé.

"Il n’y a pas d’accord sur les solutions, mais il y a une compréhension assez partagée des problèmes auxquels nous faisons face, c’est déjà quelque chose."

Mais bien sûr cette croissance est liée à "Next Generation EU" (le plan de relance européen, NDLR). Si nous regardons à moyen et long terme, les défis que nous avons pour la transition climatique et d’autres questions de compétitivité stratégiques pour l’Europe, nous savons que nous devons faciliter les investissements publics.

Cette discussion a commencé dans une bonne atmosphère entre les États membres, mais elle est bien sûr difficile. J’ai confiance dans le fait que l’Allemagne y fera une  contribution positive. Il n’y a pas d’accord sur les solutions, mais il y a une compréhension assez partagée des problèmes auxquels nous faisons face, c’est déjà quelque chose.

L’accord de coalition allemand souligne que le pacte de stabilité a montré sa flexibilité, comme Olaf Scholz l’avait déjà dit. Ça ne semble pas refléter un grand appétit pour la réforme…

J’ai vu Olaf Scholz jouer un rôle décisif ces dernières années (comme ministre des Finances, NDLR) pour trouver des solutions, travailler à des compromis. Et je dois dire que ces deux dernières années ont été une réussite dans la coordination des politiques économiques. Donc je suis assez confiant dans le fait que nous allons travailler avec une solide base pour forger un consensus.

Je sais que nous avons derrière nous l’histoire d’opinions différentes, les frugaux, les pays du sud, reflétant des intérêts et des situations différents. Mais nous avons maintenant une tâche commune: trouver des règles réalistes et soutenir des transitions stratégiques. Cela nécessite consensus et compromis, et je suis sûr que nous allons travailler ensemble pour les trouver.

Vous mentionnez la nécessité de faciliter les investissements publics. Faut-il, par exemple, donner un statut particulier aux investissements verts dans les règles fiscales?

Nous l’avons dit en octobre: parmi les questions à discuter il y a la façon de faciliter les investissements publics. Nous avons, en effet, reçu une série de propositions pour donner un traitement différent aux investissements verts. Ça a été récemment discuté par les ministres des Finances à l’Ecofin sur base d’un papier du think tank Bruegel, avec des propositions en ce sens. Mais nous n’avons pas de propositions de la Commission sur ce point.

"Je ne vois aucune raison de ne pas désactiver la clause dérogatoire générale au pacte de stabilité à la fin de 2022."

Nous allons présenter au premier trimestre de l’an prochain des orientations pour les politiques budgétaires pour 2023. Au cours du premier semestre, nous viendrons avec des propositions de règles budgétaires pour avoir une image claire de nos propositions et un débat avant la désactivation de la clause dérogatoire générale au pacte de stabilité.

Vous confirmez qu’elle sera désactivée pour 2023?

Je n'imagine pas le désastre qui créerait à nouveau la grave récession économique qui justifierait le maintien de la clause dérogatoire générale. Rien n’est impossible dans le monde, mais raisonnablement, je ne vois aucune raison de ne pas désactiver la clause dérogatoire générale à la fin de 2022.

Les plans de relance et résilience sont en cours de mise en œuvre. Les financements sont conditionnés à des objectifs de réformes. Êtes-vous réellement prêts à en couper si les réformes ne sont pas satisfaisantes?

Nous avons un ensemble clair de règles en la matière. Si nous voulons que ce nouvel instrument soit un succès – émettre de la dette commune pour des objectifs communs –, nous devons nous assurer que les objectifs communs soient atteints.

Je peux vous assurer qu’il faudra que les objectifs soient atteints pour qu’il y ait déboursement. Bien sûr, nous le ferons en dialogue permanent avec les autorités nationales, c’est la clé. Si nous voulons donner à cette expérience un avenir, il faut qu’elle soit un succès.

Phrases clés

  • "Nous ne devrions pas sous-estimer ce problème, mais nous ne devrions pas penser que nous pourrions avoir des conséquences économiques comparables aux confinements de l’hiver dernier."
  • "Les investissements publics vont augmenter en 2022 et 2023. C’était complètement l’inverse après la crise financière."
  • "Nous avons maintenant une tâche commune : trouver des règles réalistes et soutenir des transitions stratégiques."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité