Parfum de crise de la dette de la zone euro sur les marchés financiers

De tous les indices boursiers européens, c'est bien sûr celui de la Bourse de Milan qui est le plus touché: le MIB a perdu 2,65%. ©EPA

Avec la crise politique italienne, les investisseurs ont retrouvé les réflexes du début des années 2010, consistant à se débarrasser des obligations gouvernementales des pays du sud de l’Europe, à éviter au maximum les actions des banques européennes et à limiter leur exposition aux actifs européens en général, ce qui pèse inévitablement aussi sur la monnaie unique.

La crise politique italienne continue à secouer les marchés. L’incertitude qui entoure la troisième économie de la zone euro a conduit certains investisseurs à se défaire de leurs obligations gouvernementales italiennes, ce qui a provoqué une vive tension sur leurs taux d’intérêt. Le rendement de l’obligation à dix ans de l’Italie a dépassé 3% et a même atteint 3,44% en cours de séance, du jamais vu depuis mars 2014.

Les obligations de l’Espagne – où un vote crucial pour le maintien de l’actuel gouvernement doit avoir lieu vendredi – ont également été attaquées. Le taux des titres de dette espagnols à dix ans a atteint 1,74% en cours de séance, un niveau qui n’avait plus été touché depuis juin 2017.

Un effet de contagion est d’ores et déjà observé: le taux grec à dix ans a subi une nette tension et n’est plus très loin de 5%, tandis que le taux à dix ans du Portugal a atteint son plus haut niveau de l’année, à plus de 2%.

La dégradation des cours des obligations des pays du sud de l’Europe rappelle les jours sombres de la crise de la dette de la zone euro, au début des années 2010, ce qui a conduit les investisseurs à réduire leur exposition aux actions européennes sans distinction. Déjà en recul lundi, les principaux indices boursiers d’Europe ont subi une baisse plus nette mardi.

Bancaires sous pression

La Bourse de Milan est évidemment la plus touchée. L’indice MIB a dévissé de 2,65%. Les valeurs bancaires italiennes sont les premières victimes de cette crise, parce qu’elles sont les principales détentrices des titres de dette de l’Italie. Déjà en fort recul lundi, leurs actions ont continué à chuter mardi. Ainsi, Intesa Sanpaolo a reculé de 4,58%, UniCredit a abandonné 5,55%, Ubi Banca a cédé 4,55% et Banco BPM a dégringolé de 6,37%.

"Contrairement à la Grèce, l’Italie a un effet de levier important en Europe. Je m’attends donc à beaucoup de problèmes."
Geert Gielens
Chef économiste de Belfius

Ici aussi, un effet de contagion est constaté. L’indice des valeurs bancaires européennes a perdu plus de 3% mardi, ce qui constitue la pire performance sectorielle du jour. Ainsi, en Bourse de Bruxelles, KBC a perdu 4,42%, malgré une exposition limitée aux obligations de l’État italien. Les actions des banques européennes affichent même, dans l’ensemble, une perte de plus de 10% cette année, selon l’indice Stoxx sectoriel de référence.

"Il y a trois raisons à cela, explique Frank Vranken, chef stratégiste de Puilaetco Dewaay. Premièrement, la courbe des taux s’est aplatie (l’écart entre taux courts et taux longs s’est réduit, NDLR, ce qui est mauvais pour les banques qui réalisent leurs profits grâce à la différence entre ces taux). Deuxièmement, des données macroéconomiques décevantes signalent que le meilleur de la croissance économique est derrière nous. Troisième cause et non des moindres, le retour d’une crise potentielle de l’euro affecte les banques de la zone euro."

Sur le marché des changes, la monnaie unique continue à descendre face au dollar. Mardi, peu avant midi, l’euro est tombé à 1,15 dollar, un plancher qui n’avait plus été touché depuis le 20 juillet de l’année dernière.

"À ce stade, les investisseurs voient la situation italienne comme un catalyseur supplémentaire pour une réévaluation rationnelle des risques dans les marchés financiers, un thème général pour 2018, analyse Paul O’Connor, responsable de la gestion multi-actifs chez Janus Henderson. Cette situation pourrait toutefois devenir plus sombre à mesure que les taux des obligations italiennes monteront."

Justement, continueront-ils à grimper? Geert Gielens, chef économiste de Belfius, ne voit en tout cas pas d’issue évidente à la crise. "Le produit intérieur brut italien atteint 1.700 milliards d’euros, sa dette représente 131,8% de ce PIB et le déficit budgétaire est contenu, à 2,3% du PIB, rappelle-t-il. L’Italie a un surplus primaire (un excédent budgétaire si on ne tient pas compte de la charge des intérêts sur la dette, NDLR) mais paie 3,8% du PIB en charge d’intérêts. Dès lors, il n’y a pas vraiment la place pour la politique keynésienne souhaitée par les partis populistes. Mais un nouveau scrutin législatif sera favorable à ces partis, qui voudront effectuer des dépenses incompatibles avec les règles budgétaires européennes. Le problème est que l’Italie n’est pas la Grèce. Alors que la Grèce était dépendante de l’Europe, l’Italie l’est beaucoup moins: elle dispose d’un effet de levier bien plus important sur l’Europe. Je m’attends donc à beaucoup de problèmes. Ca explique la nervosité des marchés. On va se retrouver dans un cul-de-sac et ce n’est assurément pas bon."

C’est officiel: les marchés ont une nouvelle crise sur le dos.

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