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Peu d'engouement pour les prêts du plan de relance européen

Ursula von der Leyen et Charles Michel lors de la présentation à la presse du plan de relance de 750 milliards d'euros, en juillet dernier. ©AFP

Alors que près de la moitié du plan de relance européen est constituée de prêts, seuls six États en ont demandé à ce jour.

Ça aura été le cœur du bras de fer entre les pays "frugaux" et les autres, lors de la conception du plan de relance européen: quelle part de l'enveloppe distribuerait-on directement aux États membres sous forme de subventions, et quelle part serait allouée sous forme de prêts? Il y a un an, Angela Merkel et Emmanuel Macron avaient proposé un plan de relance européen de 500 milliards d'euros, exclusivement sous forme de subsides. Deux mois plus tard, les Vingt-Sept arrêtaient un plan de 390 milliards d'euros de dépenses et une enveloppe de 360 milliards d'euros de prêts aux États membres. Or, cette ligne de crédit rencontre aujourd'hui un succès très mitigé.

Sur les dix-huit pays qui ont remis leur plan de relance et résilience à la Commission européenne, seuls six ont introduit une demande de prêt et l'enveloppe n'est pour l'heure sollicitée qu'à 42% de son potentiel. L'Italie est de très loin le pays le plus intéressé (122,6 milliards d'euros demandés), devant la Pologne (12,1), la Grèce (12,7), le Portugal (2,7), la Slovénie (0,7) et Chypre (0,2). La Belgique et de grands pays comme l'Allemagne, la France ou l'Espagne, n’ont pas manifesté leur intérêt à ce jour.

Entre avantages et contraintes

Les carottes ne sont pas cuites, puisque les Vingt-Sept ont jusqu'à août 2023 pour introduire une demande de prêt. La Commission européenne ne tire donc pas de conclusion à ce stade: "Faire une évaluation est prématuré", indique Marta Wieczorek, porte-parole.

42%
À ce jour, les demandes de recours aux prêts de la facilité européenne de relance et de résilience totalisent 42% de l'enveloppe.

En attendant, le faible engouement des États pour les prêts européens ne surprend guère. "Je m’attendais à un tel résultat, réagit une source diplomatique. Certains États membres reçoivent déjà beaucoup d’argent avec les subsides sur la table. Par ailleurs, les taux sont très bas: pour beaucoup de pays, il n’y a pas vraiment d’intérêt à faire un emprunt via ce canal. Sans parler de toutes les conditionnalités qui sont liées à ces prêts." Les conditions d'obtention des prêts sont identiques à celles d'obtention de subsides - pour les décrocher, les États doivent justifier à la Commission des besoins de financement plus élevés liés à des réformes et investissements additionnels.

"Pour les pays qui ont de bons accès aux marchés financiers, il n'y a pas tellement d'avantages, alors qu'il y a des contraintes de reporting assez lourdes, confirme une source fédérale. Dans le cas de la Belgique, à ce stade, on n'a pas jugé intéressant de faire appel à ces prêts." Sans cependant fermer la porte pour l'avenir. Pour atteindre l'objectif d'investissement de 3,5% que la Belgique s'est fixé pour 2024, chaque entité va devoir faire ses comptes. Les subsides européens ne représentent que la moitié de ce qui doit être investi au cours de la législature pour être crédible. "La question est: comment financer cette enveloppe-là? Chaque gouvernement va devoir se la poser."

La Wallonie pourrait envisager de faire une demande à un stade ultérieur.

L’enveloppe de prêts de la facilité pour la reprise et la résilience ne présente pas d’intérêt pour les niveaux fédéral et flamand, indique une autre source. La question reste par contre ouverte pour les deux autres régions - la Wallonie pourrait envisager de faire une demande à un stade ultérieur, indique-t-on au cabinet du ministre du Budget.

Comme un écho

L'utilisation encore très partielle des prêts de relance n'est pas sans rappeler le sort de la première enveloppe de prêts créée par les pays de la zone euro pour répondre à la pandémie. Au printemps dernier, les ministres des Finances avaient annoncé un paquet de mesures d'urgence pour répondre à la pandémie dont le gros morceau consistait en une facilité de prêts pour les États membres:  une ligne de crédit de 240 milliards d'euros via le Mécanisme européen de stabilité (MES). À ce jour, personne n’y a fait appel. Un échec que le patron du MES, Klaus Regling, relativisait lors d'un séminaire au Belgian Financial Forum au début du mois, soulignant que l'existence même de cette possibilité de financement "a aidé à créer une humeur positive sur les marchés financiers".

Aujourd'hui, la Commission européenne fait la promotion d'un "train de mesures de relance" de 1.800 milliards d'euros dont l'essentiel n'est autre que le traditionnel budget pluriannuel de l'Union. Au moment d'entrer en gare, le véritable train de mesures de relance, les 750 milliards d'euros de "Next Generation EU", est peut-être en train de perdre en chemin quelques-uns des wagons promis.

Le résumé

  • Des dix-huit États membres qui ont remis leur plan de relance à l'Europe, six seulement ont sollicité l'enveloppe de 360 milliards d'euros de prêts.
  • L'outil est très contraignant mais présente peu d'intérêt pour les pays qui n'ont pas de difficulté de financement.
  • La Belgique n'y a pas fait appel, mais ne ferme pas la porte - la Wallonie pourrait manifester son intérêt ultérieurement.

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