carte blanche

Quelle est la différence entre un Bulgare et un conteneur maritime?

Ce n’est pas la nouvelle devinette à la mode. Cette question illustre à la perfection l’attitude actuelle – ambiguë et hypocrite – contre la mondialisation et le libre-échange.

On parle du "Bulgare" chaque fois que l’on évoque ce que d’aucuns nomment le dumping social. Comment qualifions-nous dix Bulgares qui construisent une maison dans notre pays, pour un salaire de 5 euros de l’heure? Du dumping social, monsieur. Leur salaire est trop bas, monsieur. Ils menacent notre bien-être, monsieur.

Imaginons que dix Bulgares construisent une maison en Bulgarie, à un salaire de 5 euros de l’heure et que cette maison soit ensuite transportée par bateau vers Anvers et installée chez nous. Comment appelons-nous cela? Le libre-échange. Je mets tout le monde au défi de trouver dans le port d’Anvers des conteneurs avec des produits fabriqués, assemblés, emballés ou récoltés à des salaires supérieurs à 5 euros de l’heure. Bonne chance!

Il est hypocrite de rejeter la première forme de mondialisation – le "Bulgare" – et d’applaudir au même moment sa deuxième forme – le conteneur. À mon avis le conteneur, tout comme le Bulgare, constitue le plus puissant symbole des bienfaits de la mondialisation de ces 20 dernières années.

Explosion de prospérité

En Occident, depuis la chute du mur de Berlin, nous n’assemblons plus de chaussures de sport, nous ne nouons plus de tapis, nous ne fabriquons plus de smartphones, et nous ne produisons plus de T-shirts. Nous achetons ces produits dans ce que nous appelons des pays émergents – tant en Extrême-Orient qu’en Europe de l’Est.

Au cours des 25 dernières années, les consommateurs occidentaux ont provoqué une véritable explosion de prospérité au niveau mondial. En Chine, au Brésil, en Indonésie et en Inde, les revenus des citoyens ont augmenté comme jamais auparavant, grâce à la mondialisation, au libre-échange, et aux riches consommateurs occidentaux.

Pour les adeptes de la redistribution: c’est probablement le plus important transfert de prospérité intercontinental que l’humanité ait connu. La mondialisation et le libre-échange ont induit une redistribution spectaculaire d’opportunités et de prospérité à l’échelle planétaire: revenus, richesse, espérance de vie, taux de mortalité infantile, enseignement et alphabétisation s’améliorent plus rapidement dans les pays pauvres que dans les pays occidentaux. Mais tout cela a un prix: l’augmentation des incertitudes pour une partie de la classe moyenne occidentale.

Les perdants sont les Occidentaux

Les gagnants de la mondialisation habitent dans les pays émergents et ne se sont jamais développés aussi vite. Les perdants sont les Occidentaux. Ils votent aujourd’hui pour Donald Trump, Marine Le Pen ou Jeremy Corbyn. Tous s’opposent à la mondialisation, au libre-échange et à la redistribution.

Les gagnants de la mondialisation habitent dans les pays émergents et ne se sont jamais développés aussi vite. Les perdants sont les Occidentaux. Ils votent aujourd'hui pour Donald Trump, Marine Le Pen ou Jeremy Corbyn.

La crise politique que traverse actuellement l’Union européenne est une conséquence de la mondialisation. L’UE est un mini-laboratoire de libre-échange. L’adhésion des dix anciens pays du Bloc de l’Est est à l’UE ce que la montée de la Chine est à l’économie mondiale: une augmentation spectaculaire du bien-être, un transfert gigantesque d’opportunités et de revenus au bénéfice des pays pauvres, mais davantage d’incertitudes pour la classe moyenne des pays riches.

La nervosité de la plupart des politiciens face au "Bulgare" (ou au Polonais) illustre parfaitement que le libre-échange et l’UE sont des concepts qui ne font plus recette. En particulier aujourd’hui, avec les perdants de la mondialisation qui boudent les politiciens "classiques", et leur préfèrent le protectionnisme des populistes.

Le protectionnisme ne rend service à personne

Or, les perdants de la mondialisation méritent mieux que cela. Nous ne les aiderons pas en protégeant leurs emplois, mais en les formant et en les éduquant. En dynamisant notre économie et en créant de nouveaux emplois accessibles aux personnes non diplômées.

Le protectionnisme ne rend service à personne. Ni aux consommateurs occidentaux, ni aux personnes peu scolarisées, ni à ceux qui remplissent au loin les conteneurs, ni aux "Bulgares" qui gagnent chez nous quatre fois plus que dans leur pays. Ne protégez pas les emplois des perdants, mais protégez les perdants!

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés