Reléguée au second plan du Brexit, la City s’impatiente

Catherine McGuinness, présidente de la City of London. ©REUTERS

Sans accord commercial entre Londres et Bruxelles, les banques basées outre-Manche ne pourront plus opérer directement dans l’Union européenne à compter du 1er janvier.

Plus de deux mois se sont écoulés depuis la deadline fixée pour trouver un terrain d’entente sur les équivalences financières censées remplacer les passeports financiers et permettre aux firmes de la City d’opérer dans l’Union européenne depuis Londres.

Le désaccord ne porte pas, en soi, sur l’octroi de ces équivalences. L’Union européenne ne prendra pas de risque en les accordant au Royaume-Uni, sachant qu’elles pourront être retirées de façon unilatérale. Depuis le commencement des négociations, en début d’année, le désaccord porte sur la pêche et la concurrence équitable.

Le paradoxe est de taille: alors que l’industrie financière contribue à hauteur de 130 milliards de livres (environ 143 milliards d’euros) à l’économie britannique, soit 6,9% du PIB, elle est reléguée au second plan des négociations. Son importance est pourtant sans commune mesure avec celle de la pêche, dont l’apport à l’économie est près de 100 fois inférieur, à 1,4 milliard de livres. Soit moins que le chiffre d’affaires réalisé par Harrods avec son seul magasin. L’obsession de Boris Johnson pour garder la main sur les aides d’État britanniques est également surprenante au regard de leur part dans le PIB: seulement 0,36% en 2016, soit deux fois moins que la France et trois fois moins que l’Allemagne.

Catherine McGuinness, présidente de la City of London, ne cache plus son exaspération. "Nous avons été jetés du bus", a-t-elle lancé lors d’une table ronde en début de semaine. "J’ai l’impression que le bus s’est éloigné et que nous ne sommes définitivement pas assis dedans. Nous sommes très déçus de voir que les services financiers ne sont pas davantage au cœur des négociations. Ils représentent une part vitale de notre économie. Jamais l’importance des flux financiers entre les frontières et les entreprises n’a été aussi critique. J’appelle urgemment au pragmatisme et à une mobilisation pour des progrès rapides."

"Le monde nous regarde"

Au-delà des intérêts financiers, Boris Johnson doit rendre des comptes aux Brexiters, qui ont voté pour la sortie britannique de l’UE, et qui ont confirmé leur choix en offrant une confortable majorité aux torys en décembre pour valider le Brexit. Les eaux territoriales britanniques ont une importance symbolique et politique forte, et permettent à 24.000 personnes de travailler au Royaume-Uni.

"Nous avons été jetés du bus. J’ai l’impression que le bus s’est éloigné et que nous ne sommes définitivement pas assis dedans."
Catherine McGuinness
Présidente de la City of London

« Nous avons peut-être la responsabilité de mieux expliquer ce que représente exactement l’industrie financière pour les gens ordinaires, pour leur vie quotidienne, leur compte bancaire, leur crédit immobilier, leur assurance ou leur retraite », estime McGuinness.

Si elle est adoptée, la proposition de loi du gouvernement britannique tordant illégalement l’accord de retrait conclu l’automne dernier avec l’Union européenne risque également d’entacher la réputation de la City.  «Les tensions actuelles dans les négociations sont déconcertantes. De toute évidence, en cas de no deal, les possibilités de construire une relation avec l’UE seraient endommagées, au moins sur le court terme. Les relations seraient acrimonieuses. Le monde nous regarde, il observe comme nous traitons nos partenaires commerciaux. Tout ce qui nuit à notre réputation et notre stabilité n’est pas bon.»

Alors que les rues de Square Mile et de Canary Wharf sont toujours en grande partie désertées en raison du Covid, l’impact du Brexit reste difficile à mesurer. «Jusqu’à présent, le nombre de professionnels qui ont quitté Londres n’a pas semblé important, mais dans les circonstances actuelles, il est très difficile de procéder à des évaluations. Même si les perspectives de la City à long terme ne sont pas menacées, il est clair que le Brexit a déjà un impact.»

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