Trump s'attaque à la Chine et fait chuter Wall Street et Tokyo

©Photo News

L'Union européenne ainsi que six autres pays seront exemptés "pour le moment" des droits de douane américains sur les importations d'acier et d'aluminium. Donald Trump a choisi à l'inverse de prendre des mesures punitives sur 60 milliards de dollars d'importations chinoises. Wall Street s'est effondré en fin de séance. Tokyo a terminé en recul de 4,5%.

Après sa visite mardi et mercredi à Washington pour discuter des droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium, la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström s’attendait à ce que l’UE soit exemptée des taxes voulues par Donald Trump. Et elle a été entendue puisque le représentant au commerce des Etats-Unis, Robert Lighthizer, a annoncé ce jeudi après-midi que l'Union européenne et six autres pays seront exemptés "pour le moment".

Interrogé sur les exemptions, lors d'une audition devant le Congrès américain, Lighthizer a répondu: "Nous avons les deux pays de l'Aléna et nous savons qui ils sont (Canada et Mexique, NDLR). Nous avons l'Europe. Nous avons l'Australie, nous avons l'Argentine et le Brésil et qui j'oublie, évidemment la Corée du sud avec laquelle nous sommes en négociations". Le délégué au commerce a aussi indiqué que tant que les dossiers déposés dans le cadre de ce processus par les pays qu'il a nommés seraient en cours d'examen, les tarifs seront suspendus pour eux.

L'UE "se réserve" toujours le droit de répliquer à d'éventuelles taxes américaines sur l'acier et l'aluminium si elle n'en est pas exemptée de manière "permanente", ont affirmé les dirigeants européens, réunis en sommet à Bruxelles ce vendredi.

Charles Michel prudent

Si l'exemption était liée à la condition d'ouvrir des négociations sur certains sujets, "il faudrait voir ce que cela implique".
Charles Michel

Les premières informations sont positives, mais il faudra voir ce qu'elles impliquent, a estimé Charles Michel au sommet européen. Le sujet doit être abordé ce jeudi soir lors du dîner des chefs d'Etat et de gouvernement des 28. "Nous aurons l'occasion de voir en temps réel ce que signifie cette déclaration, non seulement dans ses grandes orientations, mais également dans les conditions et nuances qui pourraient peut-être nous amener à devoir réagir, en fonction des informations que nous recevrons à ce sujet", a commenté le Premier ministre.

"Nous prenons acte de la préoccupation de Donald Trump par rapport au déficit commercial des Etats-Unis. Est-ce que pour autant il appartient au reste du monde de le résoudre parce qu'il y aurait eu des menaces brutales de protectionnisme?" Si l'exemption était liée à la condition d'ouvrir des négociations sur certains sujets, "il faudrait voir ce que cela implique". "Le diable se cache souvent dans les détails", a-t-il prévenu.

Vendredi, à son arrivée au second jour du Conseil européen à Bruxelles, Charles Michel a estimé que le délai accordé par les USA à l'UE concernant une hausse des tarifs d'importations d'acier et d'aluminium "donne l'impression qu'il y a une volonté des Etats-Unis de négocier avec l'UE en mettant un revolver sur notre tempe". "Ce n'est pas une manière très loyale de négocier quand on est des partenaires aussi solides sur le plan historique", a-t-il ajouté.

Mesures punitives contre la Chine

A côté de ces exemptions, Donald Trump va également initier des mesures punitives ciblant 60 milliards de dollars d'importations venant de Chine, pays qu'il accuse de "concurrence déloyale" et de vol de propriété intellectuelle. Un responsable a indiqué que sur la base des dommages estimés, l'objectif sera de "quelque 50 milliards de dollars pour compenser les gains obtenus par les Chinois par le biais de pratiques commerciales inéquitables".

50
milliards
Donald Trump va initier des mesures punitives ciblant 50 milliards de dollars d'importations venant de Chine, pays qu'il accuse de "concurrence déloyale" et de vol de propriété intellectuelle.

Le président "va charger le représentant au commerce (USTR) de publier une liste de produits et des taxes qu'il compte prendre dans les 15 jours suivant la signature du memorandum", a ajouté Everett Eissenstat, directeur adjoint du conseil économique national.

Les nouvelles taxes cibleront les secteurs industriels où "la Chine est supposée avoir tiré un avantage en faisant l'acquisition injuste ou en forçant le transfert de technologies de la part des entreprises américaines", a-t-il ajouté. Trump va signer ce jeudi "un memorandum présidentiel ciblant l'agression économique de la Chine", ont indiqué ces responsables de l'administration.

Ils ont précisé que le président allait charger l'USTR, Robert Lightizer, de recourir au processus de réglement des conflits de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) pour s'attaquer aux pratiques discriminatoires dans l'octroi de licences par la Chine. Les Etats-Unis avaient ouvert en août 2017 une enquête au titre de l'article 301 de leur législation commerciale sur des violations supposées des droits de propriété intellectuelle.

Washington s'inquiète notamment du système de coentreprises imposé par Pékin aux entreprises américaines: en contrepartie d'un accès au marché chinois, ces firmes sont obligées de partager avec des partenaires locaux une partie de leur savoir-faire technologique.

"Une réponse appropriée et nécessaire"

Pékin a immédiatement demandé à Washington de revenir sur ses menaces de sanctions commerciales. "Nous exhortons les Etats-Unis à revenir sur leur décision, à prendre des décisions prudentes et à éviter de mettre les relations commerciales entre la Chine et les Etats-Unis en danger", selon un communiqué de l'ambassade de Chine aux Etats-Unis.

"Si une guerre commerciale devait être initiée par les Etats-Unis, la Chine se battrait jusqu'au bout pour défendre ses propres et légitimes intérêts par tous les moyens nécessaires."
La Chine

"Si une guerre commerciale devait être initiée par les Etats-Unis, la Chine se battrait jusqu'au bout pour défendre ses propres et légitimes intérêts par tous les moyens nécessaires", prévient l'ambassade de Chine. Elle déplore en outre que Washington a "ignoré les voix rationnelles" et dit désapprouver "fermement" ce genre "d'action protectionniste unilatérale". Elle prévient enfin que de telles actions seraient in fine dommageables pour les entreprises et consommateurs américains ainsi que pour les marchés.

Les marchés dans le rouge

La Bourse de Tokyo a fini vendredi en baisse de 4,51%, à un creux de plus de cinq mois. L'indice Nikkei a perdu 974,13 points à 20.617,86 points et le Topix, plus large, a cédé 62,45 points (3,62%) à 1.664,94 points.

La veille,  Wall Street qui naviguait déjà en net recul avant cette annonce a accéléré ses pertes en fin de séance. A la clôture, le Dow Jones  était en baisse de 2,93% à 23.960,10 points. Le Nasdaq abandonnait 2,43% à 7.166,68 points. Le S&P 500 perdait 68,61 points à 2.641,59 points.

Quant aux marchés européens, ils n'ont pas clôturé en meilleure posture. Le CAC 40  a perdu 2,15%, le Dax 2,03%, le FTSE 100 1,23% et l'AEX 2,08%. A Bruxelles, le Bel 20 perdait 2,3%.

©EPA

Il s’agit là d’une bonne nouvelle pour le secteur industriel européen. "Cette après-midi, Trump va faire une annonce sur de possibles exemptions. Nous nous attendons à être sur cette liste, nous n'en sommes pas sûrs. En fin de compte, c'est le président qui décide", avait déclaré Cecilia Malmström ce jeudi devant des députés européens, réunis à Bruxelles lors d’un sommet concernant justement ces taxes américaines – qui doivent entrer en vigueur dès vendredi – de 25% sur l’acier de et de 10% sur l’aluminium.

→ Retrouvez ici toutes les explications sur l'imposition de droits de douane par Donald Trump sur l'acier et l'aluminium.

Le secrétaire au Commerce américain, Wilbur Ross, et Malmström, après leur rencontre en début de semaine à Washington, avaient annoncé qu’ils allaient "lancer immédiatement un processus de discussions avec le président Trump et l’administration Trump sur les dossiers commerciaux", dont l’acier et l’aluminium, "afin de trouver une solution mutuellement acceptable aussi rapidement que possible".

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés