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Au Monténégro, le pro-UE Milo Djukanovic remporte les présidentielles

Milo Djukanovic (Parti démocratique des socialistes) sera-t-il de nouveau élu à la tête du Monténégro? ©REUTERS

Après 25 ans à la tête du Monténégro, Milo Djukanovic a été élu président dès le premier tour. Des élections sur fond de soupçons de liens avec le crime organisé. L'autre enjeu du scrutin résidait dans le futur positionnement du Monténégro face à la Russie et l'UE.

Alors qu'il s'était mis en retrait à la suite des élections législatives d'octobre 2016, Milo Djukanovic a fait son retour sur la scène politique monténégrine. Les élections de ce dimanche l'ont de nouveau placé à la tête du pays avec 54% des voix. Archi-favori pour les présidentielles, il fait cependant l'objet d'interrogations quant à ses liens présumés avec le crime organisé.

Le crime organisé s'invite aux élections

Six fois Premier ministre et une fois président du Monténégro, Milo Djukanovic est loin d'être un inconnu pour la population. Et les sondages ne s'y sont pas trompés. Ils avaient estimé qu'il pourrait être nommé à la tête du pays, et ce dès le premier tour. La présidence, jusqu'alors honorifique avec Filip Vujanovic, devient désormais le véritable siège du pouvoir.

"Je suis d'accord avec Djukanovic que l’État est plus fort que la mafia. Mais le problème, c'est que je ne sais pas quel est son camp"
Mladen Bojanic
Candidat à l'élection présidentielle du Monténégro

La campagne présidentielle s'est déroulée dans un contexte de crise sécuritaire dans un pays fortement marqué par le crime organisé. Assassinats en pleine rue, voitures piégées, la prégnance de ce milieu fait partie du paysage quotidien du Monténégro.

Aussi, une vingtaine de personnes ont-elles été tuées en l'espace de deux ans, parmi lesquelles quatre victimes collatérales sans lien avec le crime organisé. Une situation intenable qui a conduit à la démission du directeur de la police nationale Slavko Stojanovic et du commissaire de Podgorica, Jovica Recevic ce mois d'avril.

50,6%
Pourcentage estimé de votes en faveur de Milo Djukanovic
En mars, un sondage mené par le Centre de la Transition Démocratique basé à Podgorica a estimé que Milo Djukanovic obtiendrait 50,6% des voix au premier tour devant Mladen Bojanic à 35,5%. Des scores relativement proches du résultat réel du scrutin.

L'opposition considère Milo Djukanovic responsable de ce climat, voire impliqué directement dans le milieu du crime organisé. Il est également accusé de népotisme et de corruption.

Des propos réfutés par le principal intéressé qui a assuré vouloir protéger les Monténégrins. "Comme président, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir (...) pour donner aux forces de l'ordre les pouvoirs les plus étendus leur permettant de protéger les citoyens de ceux qui mettent leur vie en péril", a-t-il affirmé lors d'un meeting.

Des déclarations accueillies avec ironie par son principal adversaire politique, soutenu par les partis de l'opposition, pro-russes ou non. "Il ne peut pas être la solution puisqu'il est le créateur de l'instabilité et du chaos que l'on constate dans les rues du Monténégro", a déclaré Mladen Bojanic, dont la candidature a totalisé près d'un tiers des suffrages.

Mladen Bojanic, principal adversaire de Milo Djukanovic est soutenu par la plupart des partis de l'opposition, pro-russes ou non. ©EPA

"Je suis d'accord avec Djukanovic que l'Etat est plus fort que la mafia. Mais le problème, c'est que je ne sais pas quel est son camp", a ajouté le candidat qui considère le gouvernement Djukanovic comme responsable de "tout ce qui va mal dans la société."

Un troisième prétendant à la présidence, Marko Milacic, qui défend une position favorable à la Russie, va dans le même sens. Milo Djukanovic est "le plus grand responsable de la situation de l'Etat, depuis les rues ensanglantées à la politique étrangère en passant par une économie en ruines."

Des observateurs ont relevé des irrégularités lors des élections, mais qui, selon eux, n'ont pas eu d'influence sur l'issue finale du scrutin.

Entre sympathies pro-occidentales et pro-russes

Milo Djukanovic occupe une position pro-occidentale bien qu'il souhaite préserver les liens avec son partenaire russe. La décision de rejoindre l'organisation de l'OTAN en 2017 avait en effet provoqué un vif mécontentement de Moscou. Le pays de la péninsule balkanique avait par ailleurs déjà appuyé les sanctions prises par l'UE à l'encontre de la Russie, après l'annexion de la Crimée.

Plus récemment, le Monténégro avait suivi l'exemple de nombreux pays occidentaux en contribuant à la vague d'expulsions de diplomates russes consécutives à l'affaire Skripal. Démarche à laquelle la Russie avait répondu en retour en expulsant un diplomate monténégrin de Russie.

Cependant, l'ancien président du Monténégro se trouve confronté à l'opposition d'une partie de l'opinion qui éprouve des sympathies pour la Russie, dans un État où la religion dominante est l'orthodoxie.

Le choix entre Bruxelles et Moscou représente un enjeu essentiel pour le favori de la présidentielle afin de savoir "si le Monténégro restera sur le chemin du développement." L'objectif du candidat est de concilier les relations à la fois avec l'UE et la Russie.

7 ans
Nombre d'années avant l'entrée du Monténégro dans l'UE
Le Monténégro devrait être intégré dans l'Union Européenne à l'horizon 2025, soit dans 7 ans.

"La perturbation des relations entre Moscou et Podgorica sont un reflet de la perturbation des relations à l'échelle internationale...Nous espérons le rétablissement de ces relations", a annoncé Milo Djukanovic.

Ce mercredi, le Président russe Vladimir Poutine a d'ailleurs souligné que le Kremlin était favorable au développement des relations avec le Monténégro. "Il serait important de voir quels actes suivront une telle déclaration", a expliqué le gagnant des élections.

Pour l'opinion publique, le débat entre rapprochement avec l'UE ou avec la Russie n'est pas le nœud du problème et est une question de second plan. "Ces gens et ces programmes sont usés. Personne ne propose de solutions à nos vrais problèmes, à la chute du niveau de vie, au chômage, au départ de la jeunesse à l'étranger", fustige Milan, un étudiant de 23 ans.

Il faut dire qu'avec un chômage qui touche plus de 20% de la population active et un salaire moyen aux alentours des 500 euros, les relations diplomatiques ne constituent qu'une préoccupation secondaire pour la population monténégrine.

La victoire de Milo Djukanovic devrait conforter le rapprochement du Monténégro avec l'UE. L’État monténégrin a d'ailleurs débuté depuis 2012 les démarches afin d'intégrer l'Union européenne. Le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avait en effet estimé que la Serbie et le Monténégro seraient les deux prochains États à se voir inclus dans l'UE, et ce à l'horizon 2025.

Les négociations sont en cours pour une potentielle adhésion d'autres pays des Balkans: la Bosnie, la Macédoine, l'Albanie et le Kosovo.

La confirmation de l'intégration dans l'UE sera néanmoins corrélée à la nécessité pour le chef d’État de rénover la loi électorale, de lutter contre la corruption et de renforcer la liberté d'expression et les médias.

De plus, pour espérer parachever l'adhésion, la Commission a précisé dans son rapport de 2016 que le Monténégro se devait de "continuer les efforts pour améliorer le bilan dans les affaires de crime organisé." Une préconisation qui s'avère complexe à satisfaire tant l'omniprésence du crime organisé ronge le Monténégro.


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