Berlusconi sort son "joker" Tajani à deux jours des élections

La rumeur planait, tenace, depuis quelques jours. Silvio Berlusconi a confirmé jeudi en soirée le choix d’Antonio Tajani comme Premier ministre de son gouvernement, en cas de victoire aux élections législatives de dimanche. Tajani, l’actuel président du Parlement européen, s’est mis à la disposition du patron de Forza Italia. "Je lui ai donné ce soir ma disponibilité pour servir l’Italie", a-t-il dit. On saura dimanche s’il doit quitter sa fonction, ce qui ouvrirait une nouvelle bataille pour la présidence du Parlement.

Berlusconi, inéligible, est redevenu incontournable sur la scène politique italienne en s’appuyant sur ses fidèles alliés et en servant, à nouveau, la recette d’une alliance avec la droite radicale, voir extrême. Son retour semble réussi, malgré son âge, 81 ans et son implication dans les scandales sexuels du "Rubygate" et ses fêtes "Bunga Bunga".

Tajani, l’ami fidèle

La touche finale, à deux jours des élections, consiste à sortir son joker, Antonio Tajani. En allant chercher son fidèle ami basé à Bruxelles, il ne joue pas n’importe quelle carte. Il sort une alliance qui dure depuis la fondation de Forza Italia. Un ami, un frère de lutte, celui qui fut son porte-parole aux premières heures du parti conservateur monté par le milliardaire.

"Je serai votre président à tous, je respecterai tous les députés de tous les groupes."
antonio tajani
président du parlement européen

Le président du Parlement européen jouit d’une réputation médiatique inversement sulfureuse à celle de Silvio Berlusconi. De tout temps, Antonio Tajani a su se tenir à l’écart des frasques du Cavaliere.

Diplômé de droit, il est polyglotte (espagnol, anglais, français) et officier de l’armée de l’air italienne, où il a été contrôleur aérien. Ancien journaliste de la RAI et du quotidien Il Giornale, il entretient une relation de complicité avec la presse.

Catholique et royaliste, il a fait ses premières armes en politique au sein du parti démocratique monarchiste italien. Avant de rejoindre Forza Italia, où sa mine de provincial issu du Latina le fit passer pour un jeune premier sans avenir en politique. Du moins était-ce l’avis de ses rivaux dans l’entourage de Berlusconi.

Européen convaincu

Antonio Tajani est surtout connu à Bruxelles. Il entre dans les milieux européens comme député en 1994, envoyé par Berlusconi.

Quatorze ans plus tard il prend fonction à Commission, où il exerce la fonction de vice-président en charge des Transports de 2008 à 2010 sous la commission Barroso I, avant d’endosser le portefeuille de l’Industrie lors de la mandature suivante.

Comme commissaire à l’Industrie, il initie les missions économiques européennes à travers le monde, des déplacements calqués sur les missions princières belges.

On le retrouve à nouveau au Parlement européen en 2014, comme député du PPE (conservateur) élu avec un pactole de près de 110.000 voix de préférence.

Son réseau s’est étoffé avec les années. Terriblement étoffé. Lors du départ de l’Allemand Martin Schulz, il est propulsé à la présidence de l’hémicycle, une fonction pour laquelle il a bataillé très discrètement en coulisses, tissant dès son arrivé des liens avec tous les députés.

Le nouveau président, une fois au perchoir, n’a pas opté pour un profil fort, comme l’avait fait son prédécesseur Martin Schulz. "Je serai votre président à tous. Je respecterai tous les députés de tous les groupes", avait-il dit à son arrivée. Mais il ne faut pas s’y tromper, derrière l’homme affable se cache un solide tempérament, capable d’exercer une poigne de fer. Voir de s’énerver, comme le jour où il recadre le président de la Commission européen Jean-Claude Juncker qui venait de traiter les députés européens de "ridicules".

Au Parlement, tout le monde apprécie Antonio Tajani, qui compte peu d’adversaires politiques. Seuls les Verts l’ont attaqué, en mettant en cause sa responsabilité dans le "dieselgate" lorsqu’il était commissaire à l’Industrie.

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