Bruno Colmant : "Le dollar devrait profiter du non grec"

©Photo News

Après le "non" grec, le dollar devrait progresser face à l'euro. Les marchés d'actions pourraient subir, eux, un choc négatif. Mais il devrait être contenu, dit l'économiste.

Bruno Colmant n’est pas tellement surpris par les 60% de votes en faveur du "non". "Les Grecs ont exprimé une fatigue de la crise et de l’austérité. Nous n’avons pas su donner de l'espoir au peuple grec. Ce dernier n’a pas vraiment tenu compte des enjeux internationaux. La population a surtout réagi à des problèmes purement domestiques", confie le professeur de l’ULB et de l’UCL .

Selon l’économiste, la BCE va devoir continuer à aider les banques grecques. " Elle n’est pas un organe politique. Et, quelle que soit la situation, elle reste le prêteur en dernier ressort des banques grecques. Ce qu’elle va peut-être demander, c’est un blocage des dépôts, pour éviter un bank run ", dit-il.

Pour ce qui est des réactions à attendre sur les marchés, on pourrait voir un reflux vers le dollar en tant que valeur refuge, dit-il. Dans le même temps, on devrait voir les taux des rendement des obligations des pays périphériques augmenter, ce qui pourrait constituer un soutien pour l’euro. Mais l’effet "net" devrait être en faveur d’une appréciation du dollar contre l’euro.

Pour les marchés boursiers, ajoute-t-il, on doit s’attendre à un "choc négatif, mais qui pourrait rester finalement assez contenu : 3% de baisse, peut-être moins". "Ce n’est pas un choc de valorisation des marchés d’actions. C’est plutôt un choc lié à l’incapacité éventuelle de l’Europe à régler un problème. C’est cela qui va inquiéter les marchés ".

En réalité, selon l’économiste, le peuple grec a dit non à une austérité qui a été excessive depuis 5 ans. Le Produit intérieur brut est inférieur de 25% à son niveau d’il y a 5 ans. Et selon le FMI, le taux de croissance sera de 0% en 2015. " Si on devait continuer à appliquer une austérité aveugle, on aura des phénomènes d’insurrection en Grèce ", redoute-t-il.

Alexis Tsipras sort clairement renforcé de ce scrutin et peut se montrer plus fort dans les négociations. " Tsipras avait obtenu 36% des voix lors des élections, ici, on est à 60%. On va donc devoir négocier, assouplir l’austérité et sans doute rééchelonner la dette. Pour l’Europe, on doit montrer que l’on est capable de coopérer avec un pays en difficultés ". Car soit on a une logique de coopération, soit on laisse la Grèce sortir de la zone euro, et c’est un échec catastrophique. " En termes politiques, cela va abîmer la crédibilité de l’euro ".

Pour Bruno Colmant, les Européens qui avaient misé sur un " oui " au référendum ont clairement raté leur pari. "C’est le cas du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker qui avait mis tout son poids dans la bataille en faveur du oui, alors qu’il aurait dû rester au-dessus de la mêlée".

Propos recueillis par Marc Lambrechts

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés