C'est le jour J pour le candidat Didier Reynders au Conseil de l'Europe

Qui, de Didier Reynders ou de la Croate Marija Pejcinovic Buric, dirigera le Conseil de l’Europe? ©BELGA

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe élit ce mercredi le prochain secrétaire général de l’institution. Le poste est en balance entre Didier Reynders et la Croate Marija Pejcinovic Buric. Le Belge a toutes ses chances, mais le suspense est complet.

C’est le grand jour pour le ministre des Affaires étrangères – et informateur royal – Didier Reynders. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, réunie cette semaine à Strasbourg, doit décider ce mercredi s’il succédera ou non à l’actuel secrétaire général de l’institution, le travailliste norvégien Thorbjørn Jagland. Comment le scrutin se déroulera-t-il? Quelles sont les chances du Belge? Qui est sa rivale, Marija Pejcinovic Buric? Voici ce qu’il faut savoir pour suivre la séquence.

C’est quoi, le Conseil de l’Europe?

Avant même de commencer par le début, un prérequis: le Conseil de l’Europe n’est pas une institution de l’Union européenne. Même si cette dernière lui a emprunté sa bannière étoilée et son hymne (à la joie). Et malgré la troublante proximité des noms de deux de ses instances: le Conseil et le Conseil de l’Union européenne, qui réunissent respectivement chefs de gouvernements et ministres de l’Union.

Le Conseil de l’Europe, lui, est antérieur à la construction européenne. Créé sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale en 1949, il réunit 47 États, dont la Russie et la Turquie. Ses membres s’y sont engagés à respecter les droits humains, la démocratie et la primauté du droit. Et respectent en principe l’autorité de son instance juridique, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), garante de la Convention européenne éponyme.

Quel est le rôle du secrétaire général? 

Élu pour cinq ans à la tête d’une administration d’environ 2.000 fonctionnaires, le ou la secrétaire général.e incarne l’institution et est responsable de sa direction stratégique.

Qui participe au scrutin?

Si aucun des deux noms ne réunissait une majorité absolue, un second tour de vote serait organisé jeudi.

Le 27 mars, le comité des ministres du Conseil de l’Europe a éliminé les candidatures chypriote et lituanienne pour ne soumettre que deux noms au suffrage des parlementaires: Didier Reynders, donc, et la Croate Marija Pejcinovic Buric. C’est à présent aux 324 membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) qu’il revient de trancher. Ils sont délégués par les parlements nationaux des États membres (la Chambre et le Sénat dans le cas de la Belgique). La délégation russe vient de recouvrer son droit de vote, alors qu’elle en était privée depuis l’annexion de la Crimée par Moscou. Ses 18 parlementaires devraient participer au scrutin.

Comment se déroule le vote?

L’élection se fait à la majorité absolue et est valide à condition que deux tiers des parlementaires y participent. Le scrutin s’étale tout au long de la journée: les représentants ont jusqu’à 19h pour enregistrer leur choix. Le résultat sera connu vers 20h. Si aucun des deux noms ne réunissait une majorité absolue, un second tour de vote serait organisé jeudi, au cours duquel une majorité relative suffirait à trancher.

Qui est la rivale de Didier Reynders?

Née en 1963, Marija Pejcinovic Buric est membre de l’Union démocratique croate (HDZ, national conservateur proeuropéen). Elle est vice-Première et ministre des Affaires étrangères et européennes de son pays. Elle connaît bien la Belgique pour être est diplômée du Collège d’Europe à Bruges. Elle parle quatre langues, dont le français.

Quels sont les atouts du Belge?

La dynamique du vote est difficile à anticiper, dans la mesure où les élus envoyés ponctuellement à Strasbourg ne forment pas un parlement classique où se formeraient des alliances prévisibles. Que pèsera dans leur choix le fait que la Belgique ait présidé le Conseil de l’Europe et ait été membre du Conseil de sécurité de l’ONU lorsque Didier Reynders était ministre des Affaires étrangères?

Parmi ses atouts, on peut encore citer son engagement pour la mise en place en Union européenne d’un mécanisme permanent de surveillance des droits humains et de l’état de droit. Et sur le sujet très polarisant de la façon d’aborder la question russe, au moment où Moscou récupère ses droits au sein de l’enceinte, Didier Reynders peut se prévaloir du positionnement mesuré de la Belgique pour une dissuasion militaire crédible et pour un dialogue politique constant en faveur d’une détente.

Quelles sont ses faiblesses?

Didier Reynders ne serait pas l’homme de la situation si l’Assemblée parlementaire voulait pour la première fois remettre les clés du Conseil de l’Europe à une personne issue d’Europe centrale ou orientale. Ni d’ailleurs si elle voulait prôner l’alternance des genres puisqu’une seule femme a occupé le poste, et c’était il y a un quart de siècle. Deux arguments en défaveur du candidat belge dont l’importance pourrait être relativisée par le fait que l’autre poste clé du Conseil de l’Europe, celui de commissaire aux droits de l’Homme, est occupé par une femme issue des Balkans, la Bosnienne Dunja Mijatovic.

Impossible aussi de prédire dans quelle mesure les polémiques autour de certains aspects de la politique étrangère de la Belgique pourraient peser sur des votes. Dans une lettre collective au Conseil de l’Europe, des chercheurs ont récemment accusé le ministre d’avoir "mis de côté les droits fondamentaux des enfants" alors que la Belgique n’a accepté de reprendre que les enfants belges orphelins de la guerre en Syrie. Et le scrutin tombe peu après la révélation que l’ambassade belge à Pékin a livré une famille de demandeurs d’asile ouïgours à la police chinoise.

Quel impact sur sa mission d’information?

L’informateur royal a suspendu sa mission pour se rendre à Strasbourg cette semaine. S’il est élu, il devra occuper son poste à partir du 1er octobre. Il pourrait alors quitter définitivement la scène politique belge, lui qui est ministre fédéral depuis 1999. 

Réhabilitation
Le retour russe au grand dam de Kiev

Après cinq ans d’absence depuis l’annexion en 2014 de la Crimée, la Russie a fait mardi son retour à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Cela malgré les protestations de Kiev. En milieu de matinée, les dix-huit membres de la délégation russe ont pris place dans l’enceinte du palais de l’Europe à Strasbourg, où siège depuis 70 ans l’organisation paneuropéenne. Alors que la délégation ukrainienne a claqué la porte de l’hémicycle, une vingtaine de personnes protestaient à l’extérieur avec des pancartes demandant: "Maintenez les sanctions à l’encontre de la Russie". Quatre des parlementaires russes présents font l’objet de sanctions de la part de l’Union européenne. En Russie, le ton était triomphateur. "C’est un événement très positif", s’est réjoui le porte-parole du Kremlin. 

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