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Comment l’Allemagne a fait face à l’arrivée d’un million de réfugiés

©AFP

Deux millions de réfugiés sont arrivés en Allemagne depuis 2015, dont un million entre août 2015 et mars 2016. Cinq ans plus tard, la moitié des réfugiés avaient trouvé un emploi ou un poste d’apprentissage. Mais la crise sanitaire a mis à mal ces avancées.

Six ans après le "wir schaffen das" d’Angela Merkel à l’été 2015, l’Office fédéral des migrations dresse le bilan. La moitié des réfugiés vivaient dans un centre d’accueil en 2016. Fin 2018, trois quarts d’entre eux ont trouvé un appartement. En 2019, la durée moyenne d’examen d’un dossier de demande d’asile était passée à trois mois, contre sept mois en 2015, auxquels il fallait ajouter six mois d’attente supplémentaires avant que le dossier ne passe entre les mains d’un fonctionnaire.

Au cours de l’année scolaire 2015-2016, le système scolaire s’est adapté aux besoins de 400.000 enfants ne parlant pas l’allemand. Partout dans le pays, des "classes d’intégration" ont ouvert, mettant l’accent sur l’apprentissage de la langue et de la culture allemande avant de rediriger les élèves vers un cursus classique. La plupart ont depuis décroché un diplôme de fin du secondaire, mais rares sont ceux qui ont pu poursuivre jusqu’au bac et les entrées à l’université. "On peut dire que globalement jusqu’à la crise du Covid, la tendance à l’intégration professionnelle a été positive", résume Juliya Kosyakova du centre de recherche de l’Office fédéral pour l’emploi, IAB. "On estime que 1% des adultes arrivés en 2015-2016 avaient trouvé un emploi au bout d’un an, 35% trois ans plus tard. Au bout de cinq ans, 50% d’entre eux étaient en situation d’emploi. C’est beaucoup plus que lors des précédentes vagues de migration, notamment en provenance de l’ex-Yougoslavie dans les années 90, malgré de nombreux handicaps a priori tels que l’expérience de traumatismes pendant leur fuite et un niveau d’éducation initial plutôt faible. L’Allemagne a appris des erreurs des années 90. On a investi beaucoup dans les cours de langue, les cours d’intégration, l’orientation professionnelle…"

"On peut dire que globalement jusqu’à la crise du Covid, la tendance à l’intégration professionnelle a été positive."
Juliya Kosyakova
Office fédéral allemand pour l’emploi

La crise du Covid a mis à mal bien des acquis. "Le taux d’activité était rapidement reparti à la hausse après le premier confinement", rappelle Juliya Kosyakova. "Les prochains mois montreront s’il en sera de même cette année, avec un confinement beaucoup plus dur et plus long qu’en 2020." La restauration et l’hôtellerie, deux secteurs ayant embauché de nombreux réfugiés, ont tout particulièrement souffert de la crise sanitaire, tout comme le secteur du nettoyage des bureaux, qui embauchait de nombreuses femmes. Celles-ci restent particulièrement défavorisées sur le marché du travail: avant la crise sanitaire, 61% des hommes détenaient un emploi ou un contrat de formation, contre seulement 27% des femmes.

"La plupart de celles qui sont venues ont de jeunes enfants, et il leur a été plus difficile de prendre des cours de langue, de trouver une formation", précise Juliya Kosyakova. "Par ailleurs, celles qui étaient actives dans leur pays d’origine ont souvent des diplômes qui ne sont pas reconnus en Allemagne, dans l’enseignement ou les métiers de la santé."

Intégration

Autre handicap à l’intégration, les titres de séjour accordés sont le plus souvent temporaires et les obstacles administratifs à l’embauche ou à la formation sont élevés, ce qui décourage les employeurs potentiels.

"Au cours des premiers mois, les réfugiés se sentent protégés s’ils perçoivent l’aide de base: un toit, de l’argent de poche… Mais rapidement ce dont ils ont besoin, ce sont des perspectives", constate Karin Weiss, membre du Directoire de l’association Überleben qui accorde notamment du soutien psychologique aux réfugiés. "Avec les recours en justice, une procédure d’asile peut durer jusqu’à cinq ans. C’est beaucoup trop long! Surtout pour les enfants. Lorsqu’ils doivent partir au bout de tant d’années alors qu’ils sont intégrés, c’est un déchirement." L’Allemagne a accueilli deux millions de réfugiés depuis 2015, mais n’est pas pour autant devenue une terre de migration.

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Le dimanche 26 septembre, les Allemands se rendent aux urnes. L'Echo consacre une série de dossiers à ces élections législatives cruciales, marquant la fin de l'ère Merkel.

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