analyse

"Cottarelli, un monsieur 'austérité', pour diriger l'Italie?"

©EPA

Le président italien Sergio Mattarella a chargé Carlo Cottarelli, incarnation de l'austérité budgétaire, de former un nouveau gouverneemnt. Mais un éventuel gouvernement Cottarelli serait confonté à la colère du M5S et de la Ligue, majoritaires au Parlement et vent debout contre lui.

Attention, chaos! L'Italie a basculé dans une nouvelle crise. Le chef de l'Etat a convoqué ce lundi matin, à 11h30 au Quirinal, un ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI), Carlo Cottarelli. Mattarella lui a demandé de former un gouvernement de transition composé de techniciens. Mais les parlementaires italiens ont en majorité déclaré qu'ils
ne voteraient pas la confiance à tel gouvernement qui risque donc d'expédier les affaires courantes en attendant la tenue de nouvelles élections.

♦ Coment en est-on arrivé là? Giuseppe Conte, choisi par le Mouvement 5 Etoiles (M5S, populiste) et la Ligue (extrême-droite), a renoncé dimanche soir à former leur gouvernement de coalition. Pourquoi? Sa décision est la conséquence du refus opposé par le président de la République Sergio Mattarella à la nomination de l'économiste Paolo Savona à la tête du ministère de l'Economie en raison de son hostilité envers l'euro et les institutions européennes.

Va-t-on vers de nouvelles élections? Sans doute. Le départ de Conte a déclenché une crise constitutionnelle et semble rendre inévitable la tenue de nouvelles élections législatives cette année.

D'après les derniers sondages, de nouvelles élections pourraient profiter à la Ligue, qui a remporté 17% des voix en mars, tandis que le M5S consoliderait sa base, mais ne permettraient pas de sortir de l'impasse.

Mattarella a été aussitôt accusé par les dirigeants du M5S et de la Ligue d'avoir trahi la constitution et de répondre aux ordres des puissances européennes. Luigi Di Maio, chef de file du M5S, a demandé sa destitution.

Matterella s'est justifié ainsi: "J'ai accepté toutes les nominations, sauf celle de ministre de l'Economie. Pour ce ministère, j'ai demandé aux partis de la coalition une personnalité politique autoritaire n'étant pas considérée comme partisane d'une ligne qui pourrait provoquer la sortie de l'Italie de la zone euro.(...)L'incertitude a alarmé les investisseurs et les épargnants en Italie comme à l'étranger (...) L'appartenance à l'euro est un choix fondamental. Si nous voulons en débattre, il faut le faire de façon sérieuse." (Sergio Mattarella, président italien)

©AFP

♦  Quel rôle pour Cottarelli? La formation d'un gouvernement de transition composé de techniciens chargé d'élaborer avant la fin décembre le budget 2019, notamment pour éviter une hausse automatique de la TVA en cas de creusement du déficit. Les marchés, inquiétés par la constitution d'un gouvernement eurosceptique dont la politique menacerait les fragiles finances publiques italiennes, pourraient être rassurés par l'éventuelle nomination de Cottarelli.

Si un gouvernement Cottarelli n'obtenait pas, comme c'est probable, le soutien du Parlement, il resterait en place pour expédier les affaires courantes et de nouvelles élections seraient organisées en septembre ou octobre, un scénario inédit dans l'Italie de l'après-guerre.

Le boss de la Ligue Matteo Salvini dénonce "un Monsieur Personne qui représente la finance internationale". Le chef du Mouvement 5 Étoiles Luigi Di Maio parle d'"un de ces experts donneurs de leçons qui nous ont accablés en taillant dans la santé, l'éducation, l'agriculture..."

Et en Bourse? La Bourse de Milan gagnait 2% peu après l'ouverture. Le FTSE Mib prenait 1,99% à 22.843 points, porté par les banques. UniCredit gagnait 4,08% à 16,018 euros, Ubi Banca 3,17% à 3,74 euros, Banco BPM 2,7% à 2,475 euros et Intesa Sanpaolo 2,58% à 2,706 PMI. Suivez les marchés en live avec nous ici.

Qui est Carlo Cottarelli?

Carlo Cottarelli, pressenti pour devenir chef du gouvernement italien, est un ancien fonctionnaire du Fonds monétaire international (FMI), spécialiste des comptes publics. Agé de 64 ans, il  a été un haut responsable au Fonds monétaire international (FMI) et s'est vu attribuer le surnom de "M. Ciseaux" quand il a été chargé de la révision des dépenses publiques par le gouvernement d'Enrico Letta (centre gauche) en 2013.

Le successeur de Letta, Matteo Renzi, l'a ensuite nommé au FMI où il a assumé les fonctions de directeur exécutif pour l'Italie, la Grèce, et Malte, entre autres pays, avant de quitter ses fonctions en octobre 2017.

Il est depuis cette date le directeur de l'Observatoire des comptes publics, et a multiplié à ce titre les mises en garde sur le coût économique du programme de gouvernement signé par le Mouvement cinq Etoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite).

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