Dans le Bade-Wurtemberg, 10 ans de politique verte conservatrice

Winfried Kretschmann est le seul ministre-président vert d'un État régional allemand. ©AFP

A six mois des élections législatives qui permettront de désigner le successeur d'Angela Merkel à la chancellerie, deux élections régionales tests ont lieu ce dimanche en Allemagne: dans le Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat.

Les électeurs du Bade-Wurtemberg sont appelés à renouveler leur parlement régional ce dimanche. Winfried Kretschmann, seul ministre-président d’un Land allemand à appartenir au parti Vert, devrait être réélu sans difficulté après 10 ans passés à la tête de la région. Son partenaire actuel de coalition, le parti chrétien démocrate CDU, est lui empêtré dans l’affaire dite "des masques".

Crédités de 34% des intentions de vote, les Verts du Bade-Wurtemberg vont sans doute conserver le pouvoir dans cette riche région industrielle du sud-ouest de l’Allemagne, berceau de l’industrie automobile avec les sièges de Porsche, Daimler ou Bosch. Lorsque les écologistes sont arrivés au pouvoir à Stuttgart voici dix ans, le secteur a tremblé : le nouveau chef de la région, Winfried Kretschmann, allait mettre en péril tout un savoir-faire "made in Germany", faisant travailler quelque 500.000 personnes dans le Land. Dix ans plus tard, Kretschmann pose avec fierté au volant des derniers modèles des constructeurs régionaux, surtout lorsqu’il s’agit de véhicules électriques.

La CDU d’Angela Merkel est embourbée depuis plus d’une semaine dans le scandale "des masques".

Winfried Kretschmann - qui gouverne à la tête d’une coalition avec la CDU depuis quatre ans - peut même espérer troquer son actuel partenaire conservateur contre une majorité plus à gauche, avec l’appui du SPD. La CDU d’Angela Merkel est en effet embourbée depuis plus d’une semaine dans le scandale dit "des masques", alors que deux députés conservateurs, dont l’élu de la région Nikolas Löbel, sont soupçonnés d’avoir encaissé des commissions de plusieurs centaines de milliers d’euros pour avoir servi d’intermédiaire entre l’État et des fabricants de masques, denrée rare aux débuts de la crise sanitaire. Un troisième député a dû quitter le parti en fin de semaine pour soupçon de corruption, et la liste pourrait encore s’allonger.

Les quatre années de cohabitation des Verts avec les conservateurs à Stuttgart, sans gros accroc, pourraient bientôt servir de modèle à Berlin, au lendemain des législatives de septembre prochain. Des écologistes moins dogmatiques que par le passé, un parti conservateur ayant amorcé un virage vers le centre sous l’impulsion d’Angela Merkel… Les deux partis jadis ennemis ne sont plus aussi opposés qu’il y a vingt ans.

À 72 ans, la popularité de Winfried Kretschmann est au zénith dans cette région gouvernée sans interruption par les chrétiens démocrates de la guerre jusqu’en 2011. "C’est parce qu’il ne conduit pas vraiment une politique verte", assurent ses détracteurs, nombreux jusqu’au sein de la direction du parti à Berlin.

Bilan écologique contrasté

Son bilan écologique est en effet contrasté. Le principal succès des Verts du Bade-Wurtemberg est lié à leur poids dans la seconde chambre du parlement, le Bundesrat, qui représente les Länder. Winfried Kretschmann - dont l’aval était indispensable - y a bloqué le texte sur les certificats d’émission de CO2, imposant un prix de 25 euros la tonne au lieu des 10 euros prévus par le gouvernement fédéral. Le bilan énergétique au niveau régional est plus décevant : seules cinq éoliennes ont été construites dans la région l’an passé contre 123 en 2017 et 120 en 2016.

Le bilan est jugé plus positif pour la protection des espèces (réduction programmée de l’usage de pesticides chimiques de 40 à 50% d’ici 2030) et l’agriculture (le bio doit passer de 14 à 40% de la production régionale d’ici 10 ans).

Mais le véritable point d’achoppement entre la base la plus à gauche des Verts et Kretschmann reste l’automobile. Loin de vouloir bannir l’automobile - changement de mentalité prôné par la direction des Grünen à Berlin - le patron du Land veut promouvoir le développement des voitures électriques. Le Bade-Wurtemberg est aujourd’hui le Land qui compte le plus de points de rechargement pour les voitures électriques dans le pays. C’est aussi la seconde région d’Allemagne pour la densité du réseau routier, en termes de routes au kilomètre carré.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés