Publicité

Élections en France: abstention record et point d'interrogation pour Macron

La République en marche du président Macron n'a récolté qu'environ 11% des suffrages. ©AFP

Le premier tour des élections régionales françaises a été marqué par un taux d'abstention jamais vu et le piètre résultat du parti d'Emmanuel Macron, moins d'un an avant la présidentielle.

Le premier tour des élections régionales françaises a livré son lot de surprises, notamment parce qu'il a fait mentir les sondages. Abstention record, piètre résultat pour La République en marche (LREM) du président Emmanuel Macron, recul pour le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen et la bonne tenue des partis traditionnels ainsi que des présidents en place.

"Il faudra voir quelle sera la mobilisation en vue du second tour. Marine Le Pen a déjà secoué ses troupes, parlant du "devoir" se se mobiliser."
Benjamin Biard
Politologue (Crisp)

Le second tour sera organisé dimanche prochain, le 27 juin. Dans toutes les régions, le résultat final reste incertain. Benjamin Biard, chercheur au Crisp (Centre de recherche et d'information sociopolitiques), tire les premiers enseignements de ce premier tour.

Abstention: du jamais-vu

Ce premier tour a été marqué par une abstention record, estimée entre 66,1% et 68,6%. "Un taux inédit, toutes élections confondues, sauf les référendums", relève Benjamin Biard.

Plusieurs éléments peuvent expliquer ce dédain des électeurs. "Beaucoup de Français ne connaissent pas les compétences des régions", explique le chercheur du Crisp. Il y a donc un manque d'intérêt. "De plus, la campagne électorale n'a pas cristallisé les oppositions, malgré certaines tentatives de nationaliser l'enjeu". La crise sanitaire en a sans doute découragé plus d'un, inquiet des risques d'une telle organisation.

"Beaucoup de Français ne connaissent pas les compétences des régions."
Benjamin Biard
Politologue (Crisp)

"Au-delà de ces paramètres, il y a bien sûr la crise démocratique actuelle, qui s'est renforcée avec l'épidémie." Une mauvaise gestion dans l'envoi de la propagande électorale a probablement aussi contribué au désintérêt affiché par les Français pour ce vote.

Macron et l'hyper personnalisation

La République en marche rencontre clairement des problèmes pour s'implanter localement: elle n'a obtenu que 11,5% des suffrages. Les résultats dans les Hauts-de-France sont éclairants: LREM ne passe pas au second tour, malgré la présence sur les listes de cinq ministres, dont Éric Dupond-Moretti qui bénéficie d'une aura importante. "La République en marche, c'est le parti d'Emmanuel Macron, ce n'est pas juste Macron qui est membre de ce parti. Derrière le président, personne ne réussit à s'imposer", constate le chercheur du Crisp.

"On ne peut pas parler d'échec pour le parti de Marine Le Pen, mais de succès contenu. Cela reste un très bon score."
Benjamin Biard
Politologue (Crisp)

Mais sera-ce handicapant à l'heure de désigner le prochain locataire de l'Élysée, alors que les sondages voient un duel Macron/Le Pen au second tour de la présidentielle? Rappelons qu'en 2017, Emmanuel Macron a gagné sans ancrage local. "Ces élections régionales constituent un pari raté d'une implantation locale, ce qui peut compliquer la campagne présidentielle, mais surtout les législatives dont le résultat est primordial pour donner une majorité suffisante. Or, dans cet esprit, un scrutin régional réussi renforcerait la visibilité du parti."

Succès contenu pour l'extrême droite

Les sondages annonçaient en tête dans plusieurs régions le parti d'extrême droite de Marine Le Pen. Le Rassemblement national s'en sort avec moins de 20% des suffrages, contre 27,7% au premier tour en 2015. "On ne peut pas parler d'échec, tempère le politologue du Crisp, mais de succès contenu. Cela reste un très bon score."

Le RN a réussi quelques bons coups, notamment en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca), où son candidat Thierry Mariani est sorti en tête du premier tour avec 35,9% des voix. "S'il est élu, ce sera très important pour le RN qui pourrait diriger pour la première fois une région. Cela renforcerait son discours disant qu'il est capable de gérer autrement qu'au niveau local."

Primes aux sortants

Les présidents de région sortants ont profité de l'abstention record pour glaner des votes. Mais leur situation reste fragile dans un paysage très fragmenté. "On n'a plus la gauche et la droite, mais plusieurs partis qui se répartissent les suffrages, avec LREM et le RN", rappelle Benjamin Biard.

27%
La droite (Les Républicains et autres) arrive largement en tête des régionales avec 27 à 29% des voix, contre 19% au RN, 16,5% à 17,6% au Parti socialiste.

La gauche et la droite traditionnelles ont néanmoins fait de la résistance. La droite (Les Républicains et autres) avec une estimation de 27 à 29% des voix et les socialistes avec environ 17% tandis qu'Europe Écologie Les Verts navigue entre 12,5 à 13,2%. Il est trop tôt pour tirer de véritables enseignements de ce scrutin et l'abstention brouille les cartes. En 2017, à cette période, c'était l'ancien premier ministre de Jacques Chirac, Alain Juppé, qui était donné vainqueur de la prochaine présidentielle...

Le résultat de Xavier Bertrand a quand même déjà retenu l'attention. Le président sortant a frôlé la majorité absolue dans son fief des Hauts-de-France. Or, il a annoncé qu'il sera candidat à la présidentielle s'il est réélu. Il faudra voir s'il représentera le parti républicain, ses anciennes couleurs, ou si Les Républicains opteront pour un autre candidat.

Le résumé

  • Le premier tour des élections régionales françaises s'est achevé par un important revers pour les candidats de La République en marche, le parti du président Macron.
  • Le Rassemblement national de Marie Le Pen a aussi bien moins convaincu que ne semblaient indiquer les sondages.
  • Le scrutin a surtout été marqué par une abstention massive.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés