Emmanuel Macron, à droite toute!

Le président Emmanuel Macron était en déplacement à Montpellier sur le thème de la sécurité le 19 avril 2021, aux côtés du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. ©Photo News

Dans la perspective de la présidentielle, le chef de l'État français tente de reprendre la main sur les enjeux sécuritaires. Objectif: couper l'herbe sous le pied à Marine Le Pen.

Ce jeudi 29 avril, Emmanuel Macron assistera aux obsèques privées de Stéphanie Monfermé, fonctionnaire de police de 49 ans lâchement poignardée le 23 avril par un Tunisien radicalisé dans un commissariat de Rambouillet. Un nouvel acte terroriste islamiste qui a une nouvelle fois endeuillé le pays déjà en proie à de vifs débats sécuritaires. À un an des présidentielles de 2022, en effet, les opinions publiques se droitisent. En témoignent les derniers sondages. Pour l'heure, selon eux, Emmanuel Macron serait au coude-à-coude avec Marine Le Pen, la présidente du parti d'extrême droite, le Rassemblement National (RN). Loin devant Xavier Bertrand, candidat à droite, qui arrive en troisième position.

70%
70% des Français considèrent que la délinquance a beaucoup augmenté au cours des derniers mois, selon un sondage Ifop.

Une configuration qui reflète en partie les attentes d'une majorité de Français. Qui, bien que concernés au premier chef par le Covid-19, le sont aussi par l'insécurité. Selon une enquête Ifop Fiducial, menée début avril, "70% d'entre eux considèrent que la délinquance a beaucoup augmenté au cours des derniers mois". Et seuls 26% considèrent que Macron a agi efficacement dans ce domaine depuis son élection.

Une loi antiterroriste remaniée

Jugé trop timoré sur ces questions par ces électeurs de droite, Emmanuel Macron entreprend donc depuis la semaine dernière de reprendre la main. "Chaque Français verra plus de bleu sur le terrain en 2022 qu'en 2017. Ça rassure les gens, ça dissuade les délinquants. Je me bats pour le droit à la vie paisible" a-t-il promis en guise d'offensive dans le Figaro le 18 avril.  Le lendemain, il était en visite dans un commissariat de Montpellier pour annoncer la venue prochaine de 50 policiers supplémentaires sur un total promis de 10.000 en tout pour l'hexagone d'ici à la fin de son mandat.

Dans ce contexte, et bien qu'il soit sur la table depuis un moment, un projet de loi remanié sur le terrorisme a été présenté, ce mercredi, en conseil des ministres. Au cœur de cet arsenal figurent plusieurs mesures sensibles. Celle, par exemple, d'un recours aux algorithmes pour traquer les radicalisés sur internet. Ou encore à une surveillance accrue des personnes condamnées pour terrorisme à leur sortie de prison. Ainsi, les mesures individuelles de contrôle pourraient être prolongées jusqu'à deux ans. Et ce, alors qu'actuellement 500 individus purgeraient une telle peine, une centaine étant sortie de prison en 2020 et une soixantaine doit sortir en 2021.

Une tribune de généraux d'extrême droite

Pour ces rivaux de droite et d'extrême droite ces mesures ne vont pas assez loin. Xavier Bertrand a d'ores et déjà qualifié d'exécrable le bilan sécuritaire de Macron tandis que Marine Le Pen, elle, n'hésite pas à faire feu de tout bois de chaque événement. Au risque de perdre son pari de la dédiabolisation.

Xavier Bertrand a d'ores et déjà qualifié d'exécrable le bilan sécuritaire de Macron tandis que Marine Le Pen, elle, n'hésite pas à faire feu de tout bois de chaque événement.

Après la publication le 21 avril d'une tribune dans Valeurs Actuelles par des généraux, la présidente du RN n'a pas manqué d'applaudir l'initiative. Ces derniers se disaient prêts à intervenir pour remédier au "chaos croissant" dans lequel le pays serait plongé. "Je souscris à vos analyses et partage votre affliction", a rétorqué Marine Le Pen, les appelant à la "rejoindre dans la bataille pour la France". 

Un épisode qui a choqué le reste de la classe politique. "Ce pourrait donc être une affaire insignifiante s'il n'y avait pas une récupération politique, je le dis, tout à fait inacceptable", a réagi Jean Castex ce mercredi. Avant d'ajouter: "Comment des gens - et Madame Le Pen en particulier - qui aspirent à exercer les responsabilités de l'État, (peuvent-ils) cautionner une initiative qui n'exclut pas de se retourner contre l'État républicain?".

Le résumé

  • Jugé trop timoré par les électeurs de droite, le président français tente de reprendre la main sur les dossiers sécuritaires.
  • La semaine passée, il promettait davantage de présence policière en rue.
  • Ce mercredi, une nouvelle loi antiterroriste a été adoptée.

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