analyse

En France, le scrutin régional promet de façonner la présidentielle

Les candidats au scrutin en région Île-de-France. Au centre: Valérie Pécresse (droite), dont une victoire pourrait déterminer la candidature à l'élection présidentielle. ©AFP

Le scrutin régional français ne va pas seulement donner une photographie des équilibres politiques à un an de la présidentielle: ses résultats pèseront sur les candidatures et jeux d’alliance dans la course à l’Élysée.

Ceci n’est pas une élection présidentielle, et il n’est pas vain de le rappeler vu la teneur de la campagne, à un an de la conquête de l’Élysée. Les Français votent ce dimanche pour le premier tour des élections régionales et départementales. Le scrutin promet de recolorer la carte électorale, qui avait vu en 2015 les régions dominées par les grands partis traditionnels - républicains et socialistes. Ce faisant il va permettre de jauger le poids des candidats potentiels pour 2022, dans un pays où "tout ramène à l'élection présidentielle, y compris des scrutins qui n'ont objectivement rien à voir", souligne le politologue Pierre Mathiot, président de SciencesPo Lille.

Des enjeux en trompe-l’oeil

Les Français vont donc élire leurs conseillers régionaux et départementaux. Mais on attendra le second tour, auquel pourront participer les listes qui auront obtenu au moins 10% des voix, pour connaître la nouvelle carte politique de la France. Les présidents de régions seront ensuite désignés par les nouvelles assemblées, pour sept ans. Le cœur de leurs compétences concerne le développement économique du territoire, la formation, l’aménagement du territoire et le transport. Ce n'est pas vain de le rappeler, alors que la campagne aura été "très focalisée sur des enjeux de niveau national", note Pierre Mathiot - en particulier sur la sécurité alors même que les conseils régionaux n'ont en la matière que des compétences très limitées.

"C'est une élection qui va influencer la manière dont la campagne présidentielle est menée, et même dont le casting va se jouer."
Pierre Mathiot
Directeur de Sciences Po Lille

Une forme de répétition générale, donc, même si les principaux acteurs ne sont pas sur le devant scène. "C'est une élection qui va influencer la manière dont la campagne présidentielle est menée, et même dont le casting va se jouer", estime Pierre Mathiot. À l'image du candidat à la présidentielle Xavier Bertrand, également candidat à sa propre succession à la tête des Hauts-de-France : s'il est battu, il se retirera de la course à l’Élysée, et s'il n'est élu que de justesse avec le soutien du parti rival En Marche, "on peut faire l'hypothèse qu'une partie des républicains mettent en cause la légitimité de sa candidature", observe le politologue.

Le poids du Rassemblement national

L’extrême-droite attend de son côté de voir si le scrutin va donner du vent dans les voiles de Marine Le Pen pour la présidentielle. "Si le Rassemblement national remporte une, voire deux régions, cela voudra dire que l’électorat frontiste est fidèle et dans une logique de souhaiter la victoire, alors qu'historiquement c'est un parti pour lequel les électeurs votaient plutôt au premier tour avant de s'en éloigner au second. "Un tel scénario renforcerait la crédibilité de l’ancien Front National comme parti de gouvernement, poursuit Pierre Mathiot : "Si le RN gagne une ou deux régions, voire plus, cela pourrait donner encore plus de crédibilité à Marine Le Pen pour la présidentielle et accélérer des mécanismes de ralliement d’hommes politiques de droite classique."

La désunion des gauches

Pour la gauche, au-delà de l’enjeu de limiter les dégâts en conservant les régions qu’elle contrôle, il s’agira de tirer les leçons de l’expérience menée dans les Hauts-de-France. Pour tenter de sortir la tête de l’eau, socialistes, écologistes et insoumis (gauche radicale) ont uni leurs forces pour présenter dès le premier tour une liste unique - du jamais vu dans l'histoire politique contemporaine de la France. Les sondeurs annoncent un échec patent de la formule: la liste plafonne entre 17 et 20% d'intentions de vote, alors qu’en 2015, les trois listes de gauche avaient totalisé 29%. "Ça veut dire que l'hypothèse d'une candidature unique de la gauche au premier tour de l'élection présidentielle est contestée", note le directeur de SciencesPo Lille.

Le socle de Macron

Quant au jeune parti du président Macron, il est bien parti pour confirmer la faiblesse de son ancrage dans "les territoires". Si La République en Marche (LREM) a quelques possibilités de décrocher des régions, "ce sera à condition de former une alliance au second tour la droite", prédit Pierre Mathiot. Pour le politologue, cette faiblesse dans les régions n’est pas un vrai problème pour le Président – "Pour lui, c'est moins une élection d'implantation locale qu’une occasion de détruire davantage les partis traditionnels pour installer un débat avec Marine Le Pen."

Au terme d'une campagne qui aura marqué les esprits par sa violence - une gifle à Emmanuel Macron, deux candidats enfarinés, deux autres s’invectivant sur un marché - l'abstentionnisme s'annonce déjà comme le grand vainqueur du scrutin.

Le résumé

  • Après une campagne sous haute tension très portée sur des enjeux nationaux, les Français sont appelés aux urnes dimanche pour le premier tour des élections régionales et provinciales.
  • À un an de la présidentielle, le scrutin s'annonce comme une répétition générale.
  • L'extrême-droite peut-elle remporter une ou plusieurs régions? La gauche peut-elle touver une unité en vue de la présidentielle? Le scrutin va-t-il acter davantage le délitement des partis traditionnels au profit d'Emmanuel Macron?

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