analyse

En France, les municipales placent l'écologie au centre du jeu politique

À Paris, Anne Hidalgo, maire sortante socialiste, doit également son triomphe (avec plus de 50% des voix) au soutien des écologistes. ©Photo News

Après le succès des verts à la tête de plusieurs grandes villes et la bérézina de son parti, Emmanuel Macron a tenté de rebondir, dès ce lundi matin, en reprenant à son compte l'essentiel des propositions de la Convention citoyenne pour le climat.

C'est un véritable bouleversement. Il s'est certes déroulé dans un contexte d'abstention record – 60% – un niveau historique pendant la Cinquième république. Mais le résultat est là: ce lundi 29 juin, la France s'est réveillée plus verte politiquement. À l'issue des dernières municipales de ce dimanche, encore troublées par la crise sanitaire, les écologistes – seuls ou au sein de coalitions – sont parvenus à s'imposer à la tête de nombreuses villes. Et non des moindres. Puisqu'ils vont désormais diriger Lyon et sa métropole, Strasbourg, Bordeaux au même titre que des villes plus modestes comme Tours, Poitiers, Besançon, Annecy et Grenoble.

60%
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Le taux d'abstention aux municipales en France est de 60%.

"Cela ressemble aux municipales de 1977 (gagnées par la gauche et qui préfiguraient la victoire de François Mitterrand en 1981, NDLR)", s'est félicité Julien Bayou, secrétaire national d’Europe-Ecologie-Les Verts (EELV): "Malgré les coalitions anticlimat, malgré les insultes dans la campagne, les maires écologistes sont réélus et de nouvelles victoires permettent à l’écologie de s’ancrer durablement dans les territoires, dans de nombreuses villes et grandes métropoles…" 

À Paris, Anne Hidalgo, maire sortante socialiste, doit également son triomphe (avec plus de 50% des voix) au soutien des écologistes. Enfin, à Marseille, deuxième ville de France, c'est également une coalition verte et de gauche – "Le Printemps marseillais" – qui arrive en tête. Même si, faute d'avoir obtenu la majorité absolue (38% contre 30% pour la candidate de droite), un troisième tour sera nécessaire vendredi prochain.

Quand l'écologie ressuscite la gauche

Que faut-il en conclure? Sans aucun doute que les écologistes sont désormais au cœur du paysage politique français et que, pour la première fois, les verts parviennent à reconfigurer la gauche. Certes, les partis traditionnels sortent vainqueurs de ce scrutin, les républicains ayant consolidé leur ancrage local, tout comme les socialistes dans une moindre mesure. Mais tous veulent prendre acte de la victoire des verts et de ce qu'elle dit des attentes des citoyens dans leur quotidien.

"Il va falloir arrêter les petits pas, maintenant la transition écologique il faut la faire au galop."
Martine Aubry

"Il va falloir arrêter les petits pas, maintenant la transition écologique il faut la faire au galop", a reconnu la socialiste Martine Aubry. Réélue pour la quatrième fois à Lille, cette dernière a bien failli perdre l'élection, à 227 voix près, au profit de son opposant vert Stéphane Baly. Pour leur part, les marcheurs (La République en Marche, parti au pouvoir) enregistrent un échec retentissant.

Un revers attendu que d'aucuns attribuent aussi au choix du parti (au départ "ni de droite ni de gauche") de s'être plus souvent allié avec la droite plutôt que la gauche ou les écologistes. Au sujet de cette stratégie, Daniel Cohn-Bendit, ancien eurodéputé écologiste proche d'Emmanuel Macron, avait d'ailleurs eu des mots sans complaisance, la jugeant "bête, inutile et contre-productive".

Un nouveau logiciel pour Macron?

Face à ce vote sanction à l'égard de sa politique, Emmanuel Macron a fait savoir qu'il avait reçu le message 5 sur 5 dès ce matin, en reprenant la presque totalité des propositions faites par les 150 membres tirés au sort de la Convention citoyenne pour le climat. Sur les 149 propositions de la convention, seules trois ont été rejetées par le chef de l'État: la taxe de 4% sur les dividendes des entreprises vers l'écologie, le débat sur la limitation de vitesse à 110 km/heure sur l'autoroute ou encore la modification du préambule de la Constitution pour placer l'écologie au-dessus des valeurs de la République.

"Les propositions qui relèvent du réglementaire passeront en conseil de défense climatique avant la fin du mois de juillet, les autres seront soumises au Parlement avant la fin de l’été", a confirmé Emmanuel Macron avant d'ajouter qu'un "projet de loi spécifique présenté à la fin de l’été intégrera l’ensemble de vos mesures qui entrent dans le champ législatif". Ce dernier a insisté sur le fait que si les députés n'allaient pas assez vite, il envisagerait un référendum en 2021. S'ils concèdent une avancée, nombre d'écologistes craignent néanmoins que ces échéances fassent perdre du temps là où certains des leurs – comme Jeanne Barseghian, élue à Strasbourg – proposent de déclarer l'urgence écologique.

Quoi qu'il en soit, faut-il voir dans ces annonces la tentation chez le Président français de changer complètement de logiciel? Ou, comme insistent ces détracteurs, ces engagements ne seront-ils suivis que de peu d'actes comme ce fut le cas après le grand Grenelle de l'environnement lancé par Nicolas Sarkozy? Le remaniement ministériel qui devrait être bientôt annoncé, et le possible changement de Premier ministre, donneront le ton de la suite du mandat.

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