analyse

En France, un an avant les présidentielles, les intentions de vote se "droitisent"

Emmanuel Macron et Marine Le Pen (sur ce cliché, lors d'une rencontre à l'Élysée en 2019) sont les deux grands favoris pour le 2e tour. Ce serait un "remake" de 2017. ©REUTERS

Pour l'heure, les sondages plaident pour un duel semblable à celui de 2017, entre le président Emmanuel Macron et la cheffe de l'extrême droite Marine Le Pen. Mais, d'ici à avril 2022, la route est encore longue.

À un an environ du premier tour de l'élection présidentielle française, bien présomptueux(se) serait celui ou celle capable de prédire qui l'emportera. À maintes reprises, ce scrutin s'est révélé déroutant. Marqué par des scandales capables de dévier aux derniers instants de leur route les favoris, comme DSK ou François Fillon. D'autant qu'à ces potentiels aléas, s'ajoutent, les innombrables inconnues en lien avec l'évolution de la pandémie. Tour d'horizon en sept questions clés.

  • Où en est la popularité de Macron?

Selon le baromètre Ipsos-Le Point du 14 avril, la cote de popularité d'Emmanuel Macron s'est effritée ce mois- ci à 37% (-4 points) d'opinions positives après l'annonce d'un troisième confinement. En dépit de ce recul, cette cote reste néanmoins la plus élevée parmi les candidats déclarés ou présumés. Reste que l'opinion des Français à l'égard de leur chef de l'État et de sa gestion reste très clivée. S'il garde un solide socle sur lequel s'appuyer au centre droit, sa gauche est nettement plus friable.

"Macron s'est au fil du quinquennat droitisé, ce qui explique le fait que sa candidature prend aujourd'hui des allures de 'repoussoir' chez des électeurs proches des socialistes et des verts", explique Antoine Bristielle, directeur de l'observatoire de l'opinion à la Fondation Jean Jaurès.

"La crise des gilets jaunes a montré la limite de l'exercice de la verticalité du pouvoir à la Macron."
Bruno Cautrès
Chercheur au Cevipof (le Centre de recherches politiques de Sciences Po)

Son aura dépendra aussi de l'état dans lequel sera plongé le pays en 2022. Et du degré d'aspiration des Français à vouloir tourner la page. "Emmanuel Macron va devoir expliquer ce qu'il est devenu. En quoi le pouvoir l'a changé. Il va devoir détailler les raisons pour lesquelles il souhaite faire un deuxième mandat. Pour reprendre des réformes difficiles à faire accepter? Si tel est le cas, la crise des gilets jaunes a montré la limite de l'exercice de la verticalité du pouvoir à la Macron", estime Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof. "Ce n'est que lorsqu'il aura répondu à ces questions que l'on commencera vraiment à mesurer les intentions de vote".

  • Un match Macron/Le Pen, au 2e tour, est-il inéluctable?

Pour l'heure, le duel Macron/Le Pen domine les intentions de vote. "Jusqu'à présent, d'un sondage à l'autre, les équilibres changent peu. Il faudrait un événement improbable pour que cela évolue", estime Antoine Bristielle. De fait, les deux finalistes de 2017 se détachent de 10 points au moins devant le gaulliste Xavier Bertrand selon le sondage Ifop réalisé pour Marianne du 16 mars, sur un échantillon de 2.500 personnes. Un trio de tête symptomatique selon le chercheur Gaël Bristier d'une droitisation de l'opinion. "Plus des deux tiers de l'électorat entendant s'exprimer souhaite le faire aujourd'hui pour un des trois candidats de droite, spectre incluant le président sortant Emmanuel Macron et La République en marche".

L'accession de Marine Le Pen à la tête du pays est une éventualité que les experts excluent de moins en moins.

Dans ce contexte, la patronne du RN peut compter sur la loyauté de ses électeurs, tandis que ceux d'Emmanuel Macron sont beaucoup plus volages. "Toutes les enquêtes dont nous parlons aujourd'hui montrent cependant des duels de second tour serrés qui, compte tenu de la marge d'erreur, peuvent aussi bien basculer d'un côté comme de l'autre", résume Bruno Cautrès. Mais le fait que ce scénario ressorte aujourd'hui ne suffit pas à le rendre inéluctable. "Il faut rester très prudents. Nous nous situons à un an de la présidentielle, c'est encore loin, et cela laisse le temps suffisant pour qu'une autre personnalité s'affirme", ajoute ce même expert.

  • Le Pen peut-elle gagner cette fois?

"Les abstentionnistes peuvent provoquer un accident électoral en 2022", prévenait Dominique Reynié, directeur général de Fondapol dans un entretien au Figaro l'hiver dernier. Une formule pudique pour qualifier l'accession de Marine Le Pen à la tête du pays. Une éventualité que les experts excluent de moins en moins. Force est de constater que la championne de l'extrême droite n'a eu de cesse de peaufiner son image. Qu'elle a assis sa légitimité dès lors que son parti est parvenu, deux fois de suite, à arriver en tête aux européennes. En ces temps troublés, "elle veut montrer qu'elle parle à tous les Français, qu'elle est proche de leurs préoccupations. Elle évoque un gouvernement d'Union nationale, opte pour une tonalité plus présidentiable, ce qui semble faire davantage écho chez certains Français comme le montrent les intentions de vote", analyse Bruno Cautrès. À mesure que l'élection approche, "Marine Le Pen veut endosser le rôle d'une 'présidente normale'", confirme Gaël Brustier. Le RN a également évolué. "Tous ceux qui incarnaient une logique politique un peu dissonante ont été exfiltrés", ajoute-t-il.

  • L’union de la gauche, mission impossible?
La maire de Paris, Anne Hidalgo, est une candidate possible à gauche. ©Photo News

"Si nous y allons divisés, nous n'avons aucune chance de gagner", a alerté l'écologiste Yannick Jadot, prônant une candidature commune à gauche. En réponse, ce samedi 17 avril, plusieurs personnalités de gauche ont accepté d'organiser un grand rassemblement. Ont répondu à l'appel, les socialistes Anne Hidalgo et Olivier Faure, Benoît Hamon (Génération), le communiste Fabien Roussel, et sans doute un représentant de La France Insoumise (LFI). Cette unité est cependant loin d'être la priorité de tous. Preuve en est, Jean-Luc Mélenchon, chef de file des Insoumis, n'en a pas pour autant décalé son voyage en Amérique Latine.  "Pour qu'il y ait un rapprochement, il faudrait une vraie volonté d'union, ce qui impliquerait des concessions", relève Antoine Bristielle . "Si l'électorat socialiste et des Verts se rapprochent sur bien des points, celui de La France Insoumise en revanche se distingue, notamment sur les questions européennes et économiques. Avec une position plus souverainiste et plus redistributive pour LFI". Sans compter que, du côté des Verts, l'initiative de Yannick Jadot ne fait pas l'unanimité. Perçue comme une façon de court-circuiter le parti, elle a suscité un recadrage immédiat de son secrétaire national, lequel s'est empressé de rappeler la tenue de primaires chez les Verts en septembre prochain.

  • Quel sera le jeu de la droite?

À droite, Xavier Bertrand a pris le parti Les Républicains (LR) de court en se déclarant dès la fin mars candidat. Y aura-t-il par conséquent des primaires au sein de LR? Sachant que le président de la région Hauts-de-France a pris ses distances avec ce parti en 2017. Et qu'il a assorti sa candidature d'une condition, celle d'être réélu à la tête de sa région en juin prochain, lors des prochaines régionales. Vraisemblablement, les ténors de la droite pourraient attendre de voir - avant de se prononcer sur une primaire - si ce dernier est bel et bien réélu. Et s'il parvient à réunir ensuite 17-18% des intentions de vote, là où les candidats de la droite classique n'en rassembleraient que 3 à 4%. Auquel cas, le match pourrait être plié.

  • Qui peut-être l'invité surprise?

Au rang d'éventuelles surprises figure bien sûr l'ancien premier ministre Edouard Philippe. Jouant sur l'ambiguïté, "loyal (à Macron) mais libre", le maire du Havre serait sans doute le meilleur recours pour remplacer Macron si ce dernier dévissait trop dans les sondages et qu'il jetait l'éponge. Option a priori peu envisageable. À moins aussi qu'il ne décide d'y aller pour son propre compte, jouant sur sa popularité au-delà de LR, son parti d'origine. À droite, Valérie Pécresse pourrait éventuellement se déclarer. Elle est d'ores et déjà favorite à sa réélection à la tête de la région Ile-de-France. Elle n'est cependant créditée dans un sondage Elabe-BFMTV du 14 avril que de 9% d'intentions de vote contre 15% pour Xavier Bertrand. Enfin, d'autres tâtent ostensiblement le terrain. Comme l'ancien ministre Arnaud Montebourg à gauche.

  • Comment vont voter les primo-votants?

Ils ont plutôt tendance à ne pas voter et à croire qu'il faut s'exprimer autrement. Ou à choisir le vote le plus anti-système. Depuis une dizaine d'années déjà, le RN fait d'ailleurs des scores importants chez les 18-24 ans. En 2017, beaucoup avait également voté en faveur de Jean-Luc Mélenchon qui avait su capter l'électorat écologiste. À voir l'an prochain s'ils resteront sur cette même ligne.

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