Publicité

En France, un second tour hanté par le spectre de l'abstention

Affiches électorales d'entre deux tours, à Paris. ©Photo News

Après une abstention record au premier tour, un sursaut des électeurs au second tour peut-il rebattre les cartes des élections régionales françaises?

Le village de La Chapelle-sur-Chézy dans l'Aisne (nord) aura marqué le premier tour des élections régionales françaises en affichant un taux d’abstention de 100%, mais pour une bonne raison: des pluies diluviennes avaient rendu le bureau de vote inutilisable. D’autres communes n’avaient pas cette circonstance pour expliquer la mobilisation plancher des électeurs. À Vaulx-en-Velin, dans la métropole de Lyon, seul un électeur sur dix a fait le déplacement. Et si les jeunes formaient une ville, elle ressemblerait à celle-là: seuls 13% des 18-24 ans ont fait le déplacement. Au niveau national, deux tiers des électeurs se sont abstenus. 

Les causes de ce désintérêt ont été décortiquées pendant l’entre-deux-tours. Une campagne largement nationalisée par les partis politiques. Pas de candidats sortants du parti présidentiel à sanctionner. Pour des niveaux de pouvoir – les régions et départements – aux compétences souvent mal comprises. Dans une période de détente pandémique peu propice à la mobilisation.

"La confusion participe pour beaucoup à l’abstention: la République en marche a brouillé les cartes, mais n’a rien reconstruit derrière."
Christele Lagier
Politologue à Avignon Université

"C’est un problème d’offre politique, l’abstention", souligne Christele Lagier, politologue à Avignon Université. "On a vu des dirigeants politiques comme Marine Le Pen ou Thierry Mariani (du Rassemblement national, parti d'extrême-droite, NDLR), qui ont littéralement engueulé leurs électeurs en leur expliquant que c’étaient des mauvais citoyens parce qu’ils n’étaient pas allés voter. Les responsables politiques ont des questions à se poser sur la qualité de l’offre politique."

Confusion

Jusqu’en 2017, le Rassemblement national était le parti qui mobilisait le plus. Là, il a eu une abstention plus importante que la moyenne nationale. Les Républicains ont mieux résisté, parce que l’électorat de droite formé par les classes plus aisées est plutôt fidèle, poursuit la politologue. Quant au parti d’Emmanuel Macron, il n’est pas parvenu à mobiliser. "La confusion participe pour beaucoup à l’abstention: La République en marche a brouillé les cartes mais n’a rien reconstruit derrière, et en plus elle développe des alliances à géométrie variable selon les régions."

Le second tour confirmera-t-il la tendance? Les jeux d'alliance mis en place pour faire barrage au Rassemblement national pourraient-ils encore l'aggraver? Assistera-t-on à un sursaut des électeurs? Et le cas échéant, pourra-t-il relancer la dynamique à l'extrême-droite, ou au contraire mobilisera-t-il le front républicain?

En attendant ses résultats, le second tour est hanté par cette démobilisation qui s’intensifie en France de scrutin en scrutin. Elle a jusqu’ici épargné les élections présidentielles, mais interroge déjà sur la qualité de la mobilisation à attendre pour la course à l’Élysée de 2022.

Le résumé

  • Les électeurs français vont-ils se remobiliser pour le second tour des élections régionales, dimanche?
  • Le cas échéant, cela profitera-t-il davantage au Rassemblement national ou aux partis du front républicain?
  • L'abstention record au premier tour a largement fait mentir les prévisions des sondeurs. Et interroge déjà sur le visage que prendra l'élection présidentielle.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés