En Turquie, l'étoile d'Erdogan pâlit

©AFP

Le président Recep Tayyip Erdogan avait fait des élections municipales en Turquie une question de survie pour son pays. Le revers infligé par les électeurs dimanche pourrait mettre en question sa propre survie et celle de son parti.

Une fois n’est pas coutume, la nuit électorale de dimanche à lundi a été longue en Turquie. Et pour cause: le décompte des voix communiqué par l’agence de presse officielle, l’Agence Anatolie, s’est arrêté au moment où les deux adversaires pour la mairie d’Istanbul étaient arrivés à égalité.

Pour le pouvoir en place, qui avait mis toute son énergie dans cette grande bataille municipale, l’impossible était en train de se produire. Istanbul, la ville natale du président Erdogan, où il a bâti les fondations de sa carrière politique à partir de 1994, passait aux mains de l’opposition républicaine et laïque et son candidat Ekrem Imamoglu, après un quart de siècle sous domination des conservateurs.

Quelques heures plus tôt, la coalition anti-Erdogan, l’Alliance de la Nation, composée des forces de l’opposition CHP (républicain-laïc) et du Bon Parti (nationaliste-laïc) l’emportait facilement dans la capitale d’Ankara, menée par son candidat Mansur Yavas.

Au total, l’opposition gagne une dizaine de nouvelles grandes agglomérations, dont Istanbul à l’ouest, Ankara au centre, mais aussi Antalya et Mersin sur la côte méditerranéenne (en plus d’Izmir qui lui était acquise), Adana et Hatay dans le sud.

Pour autant, le Parti de la Justice et du Développement (AKP- islamo-conservateur) du président Erdogan sort victorieux au niveau national, avec 44% du total des suffrages, 52% si on prend en compte son alliance avec le parti de la droite ultra-nationaliste, le MHP. Ce qui permet à l’actuel chef de l’état de déclarer victoire, malgré le revers subit dans les métropoles.

Un avertissement

Cependant, le résultat des municipales est une forme d’avertissement pour le "Reïs". "La fatigue du pouvoir, son arrogance et la crise économique peuvent expliquer cette défaite en forme de désaveu pour le président Erdogan. Plutôt que de laisser se dérouler normalement ces élections municipales, il en a fait un référendum autour de sa personne", commente Bayram Balci, directeur de l’Institut français des Études anatoliennes (Ifea) d’Istanbul.

"La fatigue du pouvoir, son arrogance et la crise économique peuvent expliquer cette défaite en forme de désaveu pour le président Erdogan."
Bayram Balci
directeur de l’Institut français des Études anatoliennes

L’AKP perd donc les mairies métropolitaines des grandes villes, mais pas les mairies d’arrondissements, ce qui va rendre la gestion des municipalités très complexe. "Il y a beaucoup d’inconnues. Ajoutez à cela l’inconnue économique et l’inconnue internationale qui risquent d’échauffer les esprits et de rendre encore plus difficile la définition d’un vivre-ensemble, et d’un gérer-ensemble pourtant nécessaires. C’est tout le système de l’AKP qui risque d’être ébranlé", prévient Jean-François Pérouse, auteur de plusieurs ouvrages sur la Turquie dont "Istanbul Planète, la ville-monde du XXIe siècle" et "Erdogan, nouveau Père de la Turquie?".

Pour le politologue Ahmet Insel, auteur de "La nouvelle Turquie d’Erdogan", il ne faut pas s’attendre à des bouleversements majeurs à court terme dans la politique turque. Mais les municipales amorcent une tendance inquiétante pour le parti majoritaire et son président. "Premièrement, l’opposition va reprendre un peu de courage. Ensuite, la défaite dans les grandes villes peut créer au sein de l’AKP le sentiment que le potentiel du président est épuisé. Certaines personnes compétentes au sein du parti, aidées par les hommes d’affaires qui veulent la stabilité et la paix, peuvent être tentées de soutenir une scission au sein de l’AKP. Nous passerions alors dans un autre contexte, à une conjoncture où l’on commence à vivre la fin de l’AKP d’Erdogan."

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect