État providence et autoritarisme, la recette des conservateurs polonais

Le chef du parti Droit et Justice, Jaroslaw Kaczynski ©REUTERS

Reportage à 100 km au nord de Varsovie, à Ciechanów, où agriculteurs et petits entrepreneurs applaudissent la politique sociale et les bons résultats économiques du PiS.

Le train blanc et vert, en partie financé par des fonds de l’Union européenne, file à travers la campagne de Masovie, s’éloignant rapidement de Varsovie. À quelques dizaines de kilomètres au nord de la capitale, ce ne sont plus que prairies coiffées de quelques éoliennes et champs parsemés de petites exploitations. Les feuilles dorées laissent entrevoir ça et là des bannières, soutenant le PSL (le parti paysan polonais), populaire en milieu rural.

Le PiS vainqueur des élections

Au pouvoir depuis 2015, le parti conservateur polonais Droit et Justice (PiS) a remporté, dimanche, les élections législatives en Pologne, surfant sur un discours nationaliste flamboyant.

Avec 43,6% des suffrages, le parti de Jaroslaw Kaczynski devrait obtenir 239 sièges à la chambre basse qui en compte 460. 

À 100 km de Varsovie, en lisière de Ciechanów, Anna (prénom d’emprunt) hésiterait presque à voter PSL aux élections législatives (et sénatoriales) ce dimanche 13 octobre.

"J’ai déjà voté pour eux par le passé mais je les trouve instables politiquement, ils ont fait toutes sortes de coalitions." Surtout, elle est séduite par "l’État providence" que Jarosław Kaczyński, chef du PiS (Droit et Justice), et son équipe conservatrice ont déployé depuis 2015. Elle s’apprête à leur renouveler sa confiance.

"Les jeunes payent moins d’impôts, les parents touchent des allocations, et les retraités ont droit à un 13e mois. Moi je ne bénéficie de rien de tout ça mais la croissance économique est au rendez-vous et ce gouvernement agit. Quand on pense qu’autrefois, à la campagne, les familles qui n’étaient pas en mesure d’élever leurs enfants voyaient ceux-ci placés à l’orphelinat…" explique-t-elle dans son modeste salon où elle épluche des poivrons pour le dîner. Cette éleveuse de 90 vaches émet tout de même quelques réserves quant à la pérennité de ces réformes. "Quand tous auront reçu leur aide, j’ai un peu peur qu’il ne manque au budget…".

Des réformes sociales à foison

Il faut dire que les aides sociales du gouvernement se sont multipliées au cours de ce dernier mandat, et tout particulièrement ces derniers mois, juste avant les élections européennes et législatives. En avril 2016, le PiS réalisait sa grande promesse de campagne: le "500 +" soit 116 € d’allocation octroyée à chaque famille, tous les mois, dès le deuxième enfant, sans condition de revenu et ce jusqu’à ses 18 ans.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki lors d'un meeting du parti Droit et Justice (PiS) ©EPA

Depuis juillet, le programme a été élargi au premier enfant. Non content d’abaisser l’âge de la retraite à 65 ans pour les hommes et 60 ans pour les femmes, le PiS offrait un 13e mois au retraité en mai dernier. Un 14e devrait tomber dès 2021, à condition de ne pas dépasser les 674€ de retraite mensuels. Depuis août dernier, les moins de 26 ans (dont les revenus annuels ne dépassent pas 20.000 euros) sont exemptés d’impôt sur le revenu. La plus basse tranche d’imposition (en dessous de 20.000 euros) est elle aussi passée à 17%, soit 1% de moins. Enfin, en septembre, le parti au pouvoir a promis un salaire minimal brut à 3.000 zlotys (700 euros) d’ici 2020 et 4.000 d’ici 2023 (930 euros).

Nombre de partis d’opposition ont été obligés d’emboîter le pas"Le 500 +,c’est de d’argent qui sert directement aux enfants. C’est une mesure anti-pauvreté et la pauvreté est la pire chose qui puisse arriver à un foyer", analyse Michał Czeniakowski, depuis sa boutique d’accessoires pour anniversaire. Son ordinateur posé entre deux rayons de ballons de baudruche et des gobelets en carton, ce quadragénaire affirme n’avoir rien à redire à l’action du parti du pouvoir qu’il avait également soutenu en 2015.

"Si la plateforme civique (PO, centriste) avait gagné en 2015, j’aurais quitté la Pologne. Les hommes politiques de cette formation ont tout vendu dans le pays, jusqu’à nos chocolats Wedel. Et puis les mafias ont fleuri sous leur gouvernement", opine-t-il. Pour cet homme aux cheveux courts grisonnant et au rire facile, l’opposition "de gauche", c’est bonnet blanc et blanc bonnet: PO, SLD voire Razem (petit parti de gauche radicale, le Podemos polonais), dont les deux derniers partis sont en coalition dans les urnes sont volontiers qualifiés de "communistes".

Une municipalité entre les mains du parti paysan

Si la ville de Ciechanów et ses environs ont porté PiS au pouvoir au Parlement en 2015 (avec 39% des voix), localement, cette commune de 45.000 habitants échappe encore et toujours aux politiciens de ce même parti. C’est un jeune maire de 31 ans, issu de l’opposition, que les citadins ont élu aux municipales de 2014 et 2018. Avec plus de 83% en sa faveur, c’est même un plébiscite que Krzysztof Kosińki a reçu pour sa politique locale, l’an dernier. Une gare flambant neuve par ici, un nouveau parc par là, un système de vélo municipal… on sent bien que les subsides affluent. La ville s’est même récemment classée deuxième du pays en matière de fonds européens perçus par habitant.

Mais l’édile, tiré à quatre épingles dans son costume cravate bleu marine, a bien peur que tout cela ne dure pas. "J’ai l’impression que du côté du pouvoir central, tout est fait pour nous marginaliser au niveau municipal."

Le trentenaire en veut notamment pour preuve une coupe de 20% dans les rémunérations des maires et des chefs de cantons, déjà appliquée par l’équipe sortante "la centralisation s’est accélérée. Quant à la réduction d’un pourcent de l’impôt sur le revenu, elle affaiblit les finances des échelons locaux puisque les cantons touchent presque 40% de l’impôt sur le revenus des personnes physiques. Je suis convaincu", avance-t-il, "que si le parti se maintient au pouvoir, on parviendra à la liquidation des municipalités: il pourrait ne plus y avoir d’élections. Le PiS veut avoir de l’influence sur tout: il ne tolère ni indépendance ni autonomie."

Un État de droit affaibli

Les fondamentaux de l’État de droit, garantis par notre constitution, ont été remis en question très facilement alors même qu’ils semblaient inattaquables.
Krzysztof Kosińki
Maire de Ciechanów

Une attitude qui a déjà attiré les foudres de la Commission européenne. Celle-ci a sonné l’alarme à plusieurs reprises notamment sur la Cour constitutionnelle ou encore sur l’indépendance des juges, jugée mise à mal.

"Les fondamentaux de l’État de droit, garantis par notre constitution, ont été remis en question très facilement alors même qu’ils semblaient inattaquables. Par conséquence, le tribunal constitutionnel a perdu de son autorité" déplore Krzysztof Kosińki, qui taxe le gouvernement actuel de "populiste, jouant sur les émotions et la figure de l’ennemi, comme les migrants ou les LGBT +" et regrette que les medias publics soient devenus "des outils primitifs de propagande".

L’édile critique également la politique "redistributrice" du gouvernement du PiS. "Bien sûr, cela a permis de rétablir la dignité de personnes dans le besoin mais le gouvernement se comporte comme s’il n’y avait pas de lendemain. Cette politique ne peut être maintenue à long terme. Avec le salaire minimum en augmentation, la Pologne va perdre son avantage sur sa main-d’œuvre peu onéreuse auprès des investisseurs étrangers."

Une grande partie du succès du PiS est due aux bons résultats économiques du pays. Le chômage est quasi inexistant alors que c’était un problème récurrent dans le pays.
Tomasz Kasprowicz
Fondation res publica

Tomasz Kasprowicz, vice-président de la fondation Res Publica, qui encourage le débat contemporain, estime que le programme 500 +, a véritablement changé la donne. "Cela a permis de mobiliser de nouveaux électeurs qui votent désormais pour encourager le PiS", note-t-il. De quoi expliquer une mobilisation sans doute importante dimanche. Elle l’avait déjà été aux élections européennes. "Une grande partie du succès du PiS est due aux bons résultats économiques du pays. Le chômage est quasi inexistant alors que c’était un problème récurrent dans le pays", continue l’analyste.

Pour Kazimierz Kik, politologue, la "perspective est évidente" selon les sondages: le PiS devrait disposer de la majorité au Parlement dimanche. "Quand bien même l’opposition remporterait assez de voix, elle serait trop hétérogène pour gouverner longtemps." PiS devrait alors continuer avec le même Premier ministre et parachever sa réforme de la justice se débarrasser "des juges communistes".

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