Fillon et Macron s'affontent en duel

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En Corse, François Fillon en appelle à la "colère" de ses partisans et concentre ses attaques sur Emmanuel Macron, son adversaire qualifié de "supercherie". Une attaque "infâme", répond Macron, qui lance lui aussi la dernière phase de sa campagne, en ciblant le FN.

François Fillon, qui se dit persuadé de pouvoir encore remporter l'élection présidentielle, a appelé samedi les électeurs de droite à exprimer leur "colère" face à la "supercherie" que représenterait la candidature d'Emmanuel Macron, devenu à trois semaines du premier tour sa cible quasi exclusive.

Lors d'un déplacement en Corse, l'ex-Premier ministre, troisième dans les sondages et affaibli par les affaires, a de nouveau dépeint son adversaire en François Hollande bis, gage d'une perpétuation du quinquennat en cours. "Si vous êtes mobilisés, c'est parce que vous ne voulez pas de la supercherie qu'on est en train d'essayer de vous imposer", a-t-il déclaré devant plusieurs dizaines de militants, pour la plupart convaincus par avance, réunis à Biguglia (Haute-Corse).

Pour éviter d'avoir à défendre le bilan du président en exercice, "ils ont inventé une supercherie qui est unique dans l'histoire de la Ve République", a insisté François Fillon, pour qui "le rideau de fumée" est cependant en train de se dissiper. "Il vous reste 22 jours pour infliger un démenti sévère à tous ces commentateurs politiques qui se succèdent sur les antennes de télévision pour dire, avec la suffisance qui les caractérise, que les sondages ont décidé", a encore dit François Fillon, avant de lancer un appel à la "révolte".

"Ce que je vous demande aujourd'hui, c'est de vous révolter, c'est de vous lever, c'est d'exprimer votre colère, c'est d'aller le jour du vote dans les bureaux de vote déposer un bulletin dans l'urne qui soit un bulletin de résistance, qui soit un bulletin de combat"
François Fillon

François Fillon et ses soutiens, François Baroin en tête, ont axé depuis plusieurs jours leur campagne sur une stratégie anti-Macron, que l'ancien Premier ministre rebaptise par moments "Emmanuel Hollande", comme il l'a fait à Biguglia.

En meeting samedi à Marseille, Emmanuel Macron n'a pas épargné non plus François Filon, dont il a dénoncé les "attaques infâmes". Les sondages persistent à placer le candidat de la droite derrière l'ancien ministre de l'Economie et Marine Le Pen en vue du premier tour mais le vainqueur de la primaire et son entourage continuent à parier sur un revirement d'ici le 23 avril.

"J'y crois plus que jamais"

Ils fondent leurs espoirs sur la perspective d'un tassement d'Emmanuel Macron, qui serait pénalisé par les ralliements successifs de poids lourds du Parti socialiste, et sur un possible "vote caché" d'électeurs n'osant pas avouer leur préférence, ou sur le point de choisir François Fillon.

"Non seulement j'y crois, mais plus que jamais", affirme-t-il dans un entretien à Corse-Matin publié samedi. "J'ai l'habitude des sondages dont je me méfie. Je vous rappelle qu'au début de la campagne de la primaire de la droite et du centre, j'étais crédité de 9% des intentions de vote", justifie l'ancien Premier ministre.

Déjà, ses proches disent percevoir un "frémissement", perceptible notamment dans les meetings. Dans un sondage BVA-Saleforce pour la presse régionale et Orange paru samedi, le candidat de la droite gagne deux points d'intention de vote par rapport à la semaine dernière. Mais reste virtuellement éliminé du second tour.

En Corse, François Fillon a rencontré des militants de droite mais également des agriculteurs dans une coopérative de producteurs de pamplemousses, qui lui ont épargné toute référence aux ennuis judiciaires liés aux soupçons d'emplois fictifs dont auraient bénéficié des membres de sa famille.

"La Corse va voter Fillon", prédit le député de Haute-Corse Sauveur Gandolfi-Scheit, qui a accompagné le candidat durant sa journée entre Bastia et Ajaccio.

"Trois semaines, c'est demain"

De son côté, Emmanuel Macron a lancé la "dernière phase" de sa campagne à Marseille, où il a appelé ses partisans à combattre le Front national, sans épargner François Fillon.

Devant 7.000 personnes, selon les organisateurs, le candidat d'En Marche! pour l'heure au coude à coude avec la présidente du Front national dans les sondages d'intention de vote a galvanisé ses troupes.

"Trois semaines ce n'est rien, trois semaines, c'est demain", a dit celui qui a démissionné du gouvernement il y a un an pour se lancer dans la course à l'Elysée.

"Je veux que nous soyons le vote du coeur, de l'enthousiasme, de l'espérance et que nous chassions loin de cette campagne, loin du pays, le parti de la haine, celui du mépris, celui du repli et toutes celles et tous ceux qui nous font tellement honte", a-t-il lancé sous les "Macron président".

A ses partisans tentés de huer l'extrême droite, Emmanuel Macron a conseillé le combat.

"Nous sommes attaqués de toutes parts par le Front national, notre premier opposant. Ne les sifflez jamais, combattez-les, sortons-les. Oui c'est notre premier opposant et tout le monde dans la vie politique s'est habitué à eux, c'est devenu normal", a-t-il ajouté dans un discours de plus d'une heure sur des terres où le FN fait traditionnellement de très bons scores.

"Ils veulent être en tête du premier tout et personne ne s'en étonne. Non, nous serons en tête du premier tour et nous allons les battre"
Emmanuel Macron

"On va gagner", lui ont lancé les militants réunis au parc Chanot au milieu d'une forêt de drapeaux français et européen.

"Mes amis c'est depuis Marseille que je voulais lancer la dernière phase de notre campagne", a dit Emmanuel Macron. "Trois semaines durant lesquelles j'attends tout de vous, parce que rien n'est gagné".

Les "vrais patriotes"

L'ancien ministre a présenté son mouvement comme celui des "vrais patriotes".

"Etre patriote, ce n'est pas la gauche qui s'est rétrécie sur ses utopies, être patriote, ce n'est pas la droite qui se perd dans les avanies et l'esprit de revanche, être patriote, ce n'est pas le Front National, le repli et la haine qui conduira à la guerre civile", a-t-il dit. "Etre patriote, c'est vouloir une France forte, ouverte sur l'Europe et regardant le monde".
Emmanuel Macron

Le natif d'Amiens a également loué les spécificités de Marseille, sa "ville de coeur".

"Quand je regarde Marseille, je vois une ville française, façonnée par 2.000 ans d'Histoire, d'immigration, d'Europe. Je vois les Arméniens, les Comoriens, les Italiens, les Algériens, les Marocains, les Tunisiens, je vois des Maliens, les Sénégalais, les Ivoiriens, j'en vois des tas d'autres que je n'ai pas cités, mais je vois des Marseillais, des Français", a-t-il énuméré sous les applaudissements. "C'est ça être fier d'être français".

Le candidat d'En Marche ! a rencontré samedi matin le président Les Républicains de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Christian Estrosi sifflé vendredi soir lors d'un meeting de François Fillon à Toulon.

A l'égard de Fillon, Macron contre-attaque: "Il n'a plus de programme alors il invective les autres", a-t-il lancé. "Il ne va plus à la rencontre des Français, il ne le peut plus, alors il se calfeutre avec son clan. Il connaît l'indignité de part sa faute, il veut maintenant tous nous y plonger par ses attaques infâmes".

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