"Il y a des Européens à temps plein et d'autres à temps partiel" (Juncker)

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Un an avant les élections, le gratin européen s'est réuni à Florence à la conférence sur l'Etat de l'Union. Le président de la Commission Jean-claude Juncker s'est attaqué à l'euroscepticisme. Il a appelé à adopter le budget de l'UE avant les élections de 2019. Le Belge Karl-Heinz Lambertz, président du comité des Régions, est monté au créneau pour s'opposer aux coupes sombres dans le budget de la politique de cohésion.

Un an avant les élections, les décideurs et l’intelligentsia européens se sont donné rendez-vous jeudi et vendredi à Florence pour une conférence sur l’Etat de l’Union. La Salle des Cinq-Cents, décorée par des statues de Michel-Ange, fut l’écrin choisi pour accueillir leurs débats politiques. Logée au premier étage du Palazzio Vecchio, construite sur les ordres de Savonarole après la défaite des Médicis, elle est la salle la plus prestigieuse d’Italie. Nul doute que les dieux belliqueux sortis du marbre par le maître italien, trônant en rangée de part et d’autre du public, ont trouvé un certain divertissement à écouter les orateurs. Et quelque inquiétude face aux désunions menaçant l’Europe.

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Montée de l’euroscepticisme, du populisme, départ du Royaume-Uni, incapacité à gérer la migration, impuissance face aux conflits au Moyen-Orient. L’Union européenne cherche à sortir de crises multiples. Au cœur du débat, la bataille sur le budget européen pour 201-2027. Une enveloppe de 1.279,4 milliards d’euros proposée par la Commission européenne, revue (très) légèrement à la hausse. Elle représente 1,11% du PIB des Etats membres de l’UE, contre 1% pour le précédent. Malgré ce montant faiblard, les Etats membres rechignent à l’adopter.

Le thème transversal des débats, la solidarité, illustrait à lui seul le chemin que l’Europe doit encore parcourir et que les gouvernements, rivés sur l’audimat électoral, rechignent à entamer. "Je n’ai entendu personne ici s’opposer à la solidarité. Mais que recouvre ce principe vague?" a lancé en défi le Belge Renaud Dehousse, président du European University Institute (EUI) de Florence et organisateur de la conférence.

Montée du populisme

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Le président du Parlement Européen Antonio Tajani (PPE, Forza Italia) et Jean-Claude Juncker ont tirés à boulets rouges sur le populisme, de plus en plus en vogue chez les électeurs européens, des pays de l’Est au Royaume-Uni.

Face à l’alliance europhobe en cours entre les populistes de la Ligue du Nord et du Mouvement 5 Etoiles pour diriger l’Italie, Antonio Tajani a lancé un avertissement. "Etre un bon Italien, c’est aussi être un bon citoyen européen, et cela doit être dit particulièrement à ce moment", a-t-il dit.

"Il y a des Européens à temps plein et d’autres à temps partiel. Je voudrais que tous les pays européens soient des Européens à plein temps."
Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

Jean-Claude Juncker a dénoncé l’absence de solidarité des Etats européens face à la crise migratoire qui "a donné aux populistes le matériel dont ils ont besoin""L’Italie et la Grèce ont sauvé l’honneur de l’Europe et notre réaction fut trop tardive", a-t-il regretté, "il y a des Européens à temps plein et d’autres à temps partiel. Je voudrais que tous les pays européens soient des Européens à plein temps".

La veille, le président italien Sergio Mattarella avait déjà lancé un avertissement. "Aucun défi dans l’Union européenne ne peut être remporté par un Etat à lui seul. Ce serait un mensonge à destination des opinions publiques", a-t-il dit.

L’épine budgétaire

Pour mener ses politiques ambitieuses après le Brexit, parachever l’Union économique et monétaire et lancer l’Europe de la défense, l’UE doit se doter d’un budget conséquent. Une épine dans le pied de la Commission Juncker, confrontée au repli nationaliste de nombreux pays et au départ du Royaume-Uni qui amputera de 10 milliards d’euros le budget.

"Si le budget n'est pas validé avant les élections européennes, il y aura 500.000 jeunes de moins pour Erasmus, et une perte de 7.000 emplois de chercheurs"
Jean-Claude Juncker
Président de la Commission européenne

Le président de la Commission a prôné l’adoption de sa proposition de budget pluriannuel (MFF, en jargon européen) avant les élections européennes de mai 2019. "La dernière fois, les textes n’étaient pas prêts" avant les élections, s’est-il plaint, ce qui a handicapé son travail. "Si le budget de l'UE n'est pas validé avant les élections européennes, il y aura 500.000 jeunes de moins pour Erasmus et une perte de 7.000 emplois de chercheurs chaque mois", a-t-il averti.

Jean-Claude Juncker a défendu son idée de placer 15,2 milliards du budget dans le Fonds européen d’investissement, un montant qui pourrait générer des investissements de l’ordre de 650 milliards d’euros lors des prochaines années.

Mais l’adoption du budget ne sera pas une sinécure. Plusieurs Etats européens voient d’un mauvais œil la proposition de la Commission de réduire les fonds de cohésion alloués aux régions. La liaison entre ces fonds et le respect de l’Etat de droit hérisse les anciens pays de l’Est où la justice et les médias sont de plus en plus muselés. Les premiers concernés sont la Pologne et la Hongrie, leurs dirigeants étant membres du PPE, la même famille politique que Jean-Claude Juncker. 

Lambertz monte au créneau

Le président du Comité des Régions, le socialiste belge Karl-Heinz Lambertz, était venu défendre la position des 300 collectivités locales que son organisation représente. Pour lui, la proposition de la Commission manque d’ambition, car elle ne permet pas de répondre aux disparités régionales. "Notre appréciation est nuancée. Nous nous réjouissons qu’il y ait un MFF ", explique-t-il, "mais l’Europe vaut plus que 1,11% du PIB des Etats. Nous appuyons la demande du Parlement de 1,3%".

"L’Europe vaut plus que 1,11% du PIB des Etats. Nous appuyons la demande du Parlement de 1,3%"
Karl-Heinz Lambertz
Président du comité des Régions

L’ancien ministre-président de la Communauté germanophone s’oppose aux coupes sombres que la Commission prévoit dans le budget de la politique de cohésion, une réduction qu’il estime à un peu moins de 10% du budget. Le Comité des régions est prêt à peser de tout son poids dans la bagarre budgétaire. La perspective de voir les fonds alloués à la politique agricole réduite de 15% ne l’enchante pas non plus.

L’Europe se dirige vers un débat difficile sur le budget, parallèlement au Brexit et à une crise sur le respect de l’Etat de droit dans des pays en proie à des autocrates et au populisme. "Ce sera difficile, mais c’est quand c’est difficile que cela demande de la créativité", conclut Karl-Heinz Lambertz. Entre les murs les plus décorés d’Italie, la chute vaut son pesant d’euros.

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