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L'avenir de l'Europe se joue aux élections allemandes

Le poids politique de l'Allemagne au sein de l'UE s'est accru en 2019 avec l'élection d'Ursula von der Leyen (PPE, CDU) à la présidence de la Commission européenne. ©REUTERS

Depuis la crise financière, l'Allemagne a pris l'ascendant en Europe en occupant de plus en plus de postes clés au sein de l'UE. Quel qu'en soit le résultat, les élections allemandes de dimanche, et le départ d'Angela Merkel, impacteront l'avenir de chaque Européen.

Dimanche 26 septembre, les Allemands renouvelleront les membres du Bundestag. Ces élections ne passionnent guère les Européens, tout comme l'Europe paraît absente de la campagne allemande. Pourtant, nous sommes tous concernés. Une nouvelle majorité et, cela n'était plus arrivé depuis 16 ans, un nouveau chancelier, seront issus du scrutin. Vu le poids de l'Allemagne dans les affaires européennes, la vie quotidienne de chaque Européen en sera influencée.

Depuis la crise économique de 2008, l'Allemagne a pris une place dominante au sein de l'Union européenne (UE). Pour avoir donné son feu vert aux plans de sauvetage des économies en difficultés, Berlin a poussé ses hauts fonctionnaires à la tête des organes budgétaires européens. La nomination de Verena Ross cette semaine à la tête du puissant régulateur européen des marchés financiers (ESMA) témoigne une fois encore de cet appétit.

Cette prééminence ne concerne pas que les questions monétaires. Elle s'étend au pouvoir politique, la chancelière allemande Angela Merkel (PPE, CDU) tenant de facto les commandes de l'UE.

Les clés de la zone euro

L'Allemagne a pris les clés de la zone euro. Aucun budget, aucune réforme, ne sont adoptés sans son aval, tandis que sa rigueur encadre les dépenses de tout gouvernement européen. Et s'il faut relâcher la discipline budgétaire, comme lors de la pandémie, c'est avec l'aval de Berlin.

"Au fur et à mesure des crises, le Conseil européen s'est imposé comme l'organe central de l'UE et Merkel a pris progressivement plus d'importance que ses coreligionnaires."
François Roux
Senior advisor à l'Institut Egmont

L'Allemagne détient cinq postes financiers majeurs, y compris l'ESMA. La Banque européenne d'investissement (BEI), premier prêteur multilatéral du monde, est présidée par Werner Hoyer. Le Mécanisme européen de stabilité (MES), capable de lever des fonds sur les marchés financiers jusqu'à 700 milliards d'euros, est dirigé par Klaus Regling. Le Conseil de résolution unique (CRU), qui garantit la résolution des banques défaillantes, est conduit par Elke König. La Cour des comptes européenne, l'organe de contrôle des dépenses, est cornaquée par Klaus-Heiner Lehne.

La BCE est certes présidée par la française Christine Lagarde, mais rien ne s'y décide contre l'avis du gouverneur de la puissante Bundesbank, Jens Weidmann.

Lors de la pandémie de Covid-19, ce dispositif s'est montré d'une efficacité redoutable. Quelques mois après le début de la crise sanitaire, alors qu'une récession frappait, l'UE a adopté un plan de relance de 800 milliards d'euros dont dépendent les 27 plans nationaux. Merkel a tenu le premier rôle dans la conclusion de ce pacte.

800
milliards d'euros
Le plan de relance de l'économie européenne de 800 milliards d'euros dépend d'organes financiers contrôlés par des hauts fonctionnaires Allemands.

"L'Europe est allemande dans son fonctionnement depuis 2005. La pièce maîtresse de cette présence est Angela Merkel", dit François Roux, senior advisor à l'Institut Egmont et ancien ambassadeur de Belgique auprès de l'UE. "Au fur et à mesure des crises, le Conseil européen s'est imposé comme l'organe central de l'UE, et Merkel a pris progressivement plus d'importance que ses coreligionnaires".

Le pilotage politique

Avec sa puissance économique et un nombre de voix important lié à sa démographie, l'Allemagne est capable de faire basculer les décisions au Conseil européen.

"La force d'Angela Merkel, c'est cette présence extraordinaire. C'est elle qui fait le deal, à force de parler à tout le monde, elle évite les confrontations directes. C'est elle qui pilote", poursuit François Roux.

Son poids politique s'est accrue en 2019 avec l'élection d'Ursula von der Leyen (PPE, CDU) à la présidence de la Commission européenne. Bien qu'il se murmure dans les milieux diplomatiques que l'accession pressentie de son rival social-démocrate Olaf Scholz (SPD) à la chancellerie risque d'éloigner de Berlin cette proche de Merkel.

Cerise sur le gâteau, c'est aussi un haut fonctionnaire allemand, Klaus Welle, qui occupe le secrétariat général du Parlement européen depuis 2009. L'influence allemande sur cette institution est d'autant plus forte que la première famille politique d'Europe, les démocrates-chrétiens (PPE) et dirigée au parlement par Manfred Werner (CDU).

"La présence des Allemands est assez frappante, mais je ne suis pas sûr que ce soit calculé par Berlin."
François Roux

Berlin a-t-il pris les commandes de l'Europe pour la façonner? "La présence des Allemands est assez frappante, mais je ne suis pas sûr que ce soit calculé par Berlin", nuance François Roux. "Il semble que cela réponde à la logique ce qui est bon pour l'Europe est bon pour Berlin".

Par ailleurs, la France, l'autre partie du moteur européen, détient peu de postes clés européens et ce n'est pas forcément la faute de Berlin. "Il y a un désinvestissement de la fonction publique française pour la chose européenne", souligne François Roux.

Zone d'incertitude

Dans quelques semaines, le temps qu'une coalition se forme à Berlin, Angela Merkel quittera son poste. Qu'elle soit remplacée par Olaf Scholz, ou un autre candidat, elle laissera un vide énorme. "Il faut quelqu'un qui trace la voie, et il faut que les autres suivent", résume François Roux.

"Macron a de l'autorité, mais sera-t-il accepté par les 26 autres? Il est très fort dans la confrontation."
François Roux

Seul le président français Emmanuel Macron détient le poids et l'expérience pour tenir le gouvernail européen. Mais il a devant lui, en avril, une présidentielle des plus incertaines, où menace l'extrême droite europhobe incarnée par Marine Le Pen ou un autre candidat de dernière minute. "Si ce n'est pas un Français ou un Allemand, je ne vois personne pour remplacer Merkel dans son rôle", avertit François Roux. "Macron a de l'autorité, mais sera-t-il accepté par les 26 autres? Il est très fort dans la confrontation."

Le problème de cette tendance de l'Allemagne à l’hégémonie, c'est qu'elle a, peu à peu, creusé des clivages entre pays européens et estompé la méthode communautaire chère aux pères de l'Europe. Si l'on n'y prend garde, ce déséquilibre pourrait, dans les mois à venir, plonger l'Europe dans une zone d'incertitude.

Le résumé

  • Le sort de l'Europe se joue aussi lors des élections fédérales allemandes du 26 septembre, l'Allemagne ayant pris avec Angela Merkel le rôle de pilote politique de l'Union européenne.
  • La direction des principaux organes financiers de l'UE est détenue par des Allemands, de même que plusieurs postes clés exécutifs et législatifs, telle que la présidence de la Commission.
  • Un basculement politique se profile en Europe et l'avenir est d'autant plus incertain que l'élection présidentielle française est proche...

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