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L'Espagne semble plus ingouvernable que jamais après les élections

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Les élections législatives espagnoles de dimanche ont été le théâtre d’un bond de l’extrême droite, d’un recul des socialistes, et de l’effondrement des libéraux. Face au chaos qui frappe l’échiquier politique, la formation d’un nouveau gouvernement s’annonce extrêmement compliquée pour le socialiste Pedro Sanchez.

L’Espagne semble plus ingouvernable que jamais. Dans un Parlement fragmenté, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez, qui espérait consolider sa petite majorité, va avoir beaucoup de mal à former un nouveau gouvernement, même après avoir gagné les élections législatives de dimanche. L’extrême droite, devenue troisième force politique, ajoute un degré d’incertitude supplémentaire.

"Nous allons débloquer la situation."
Pedro Sanchez

C’est une fin de cycle. En décembre 2015, les Espagnols avaient voté pour deux nouvelles formations afin de rompre l’inertie du bipartisme. La gauche radicale de Podemos et les centristes de Ciudadanos avaient alors recueilli 110 députés. Dimanche, ils n’en ont obtenu que 45. Trois élections plus tard, le système politique espagnol est dans l’impasse.

"Nous allons débloquer la situation", a promis Pedro Sanchez le soir des élections en annonçant la formation d’un "gouvernement progressiste" avant la fin de l’année. Mais avec qui? Unidas Podemos, qui a de nouveau reculé en perdant sept députés (elle en a désormais 28) et qui redemande une coalition, ce à quoi Sanchez s’est toujours opposé, ne lui donnerait pas la majorité absolue (176 sur 350).

Former une coalition s'annonce compliqué

Les socialistes devraient donc demander le soutien des formations indépendantistes comme la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), qui ne semble pas très enthousiaste. "Il est très difficile de parler avec Sanchez", a déclaré hier Gabriel Rufian, son porte-parole au Parlement. Celui-ci a également demandé une "réflexion", car "si la droite a fait une percée aussi forte, c’est parce que la gauche n’a pas été à la hauteur".

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Or le PSOE, qui a poussé à la tenue de ce scrutin à haut risque et qui a perdu 700.000 voix et trois élus (désormais 120) en six mois, ne semble pas très enclin à faire son autocritique. "Nous ne voulions pas de nouvelles élections (...) mais on nous a laissés seuls" face, entre autres, à la crise en Catalogne, a déclaré son secrétaire d’organisation, José Luis Abalos.

Abalos a écarté le scénario d’une grande coalition avec les conservateurs du Parti populaire (PP). Ces derniers, qui ont gagné 22 députés pour en avoir désormais 88, ne semblent pas non plus disposés à laisser la voie libre aux socialistes. "Nous ne pouvons en aucun cas nommer Sanchez Premier ministre", a déclaré son secrétaire général, Teodoro Garcia Egea.

L'extrême droite de Vox à un record

Vox a tout à gagner dans une situation de blocage. La formation d’extrême droite, que dirige Santiago Abascal, a remporté près de 3,7 millions de voix, un million de plus qu’en avril. Elle disposera de 52 députés. Un record.

"Le vote Vox est un vote de colère contre le blocage."
José Luis Ayllon
Analyste politique

"Le vote Vox est un vote de colère contre le blocage, explique José Luis Ayllon, analyste de l’agence de consulting politique Llorente y Cuenca. Les électeurs conservateurs, sachant que la droite n’allait pas gagner, se sont sentis libres de choisir l’option la plus extrême."

José Fernandez Albertos, politologue, estime que les conservateurs et les centristes ont contribué à la montée de l’extrême droite en s’alliant avec Vox pour gouverner en Andalousie, à Murcie et à Madrid. "Ils ont ainsi indiqué à leurs électeurs qu’ils pouvaient voter tranquillement" pour le parti d’Abascal.

Les sécessionnistes en légère remontée

Grand perdant de ces élections, Ciudadanos se retrouve avec dix députés (il en avait 47). Son leader, Albert Rivera, qui a le plus milité contre le "sanchisme" et tenté de devancer le Parti populaire, a annoncé hier qu’il quittait la politique et la direction du parti. "Je les avais prévenus. On ne peut pas s’allier avec Vox sans perdre son âme", a twitté l’ancien Premier ministre français Manuel Valls, qui avait brigué la mairie de Barcelone épaulé par la formation libérale.

En Catalogne, le président séparatiste Quim Torra, a demandé à Sanchez de "bien lire" les "bons résultats" de l’indépendantisme.

En Catalogne, le président séparatiste Quim Torra, a demandé à Sanchez de "bien lire" les "bons résultats" de l’indépendantisme. Sa formation, Junts Per Catalunya (Ensemble pour la Catalogne), est légèrement remonté dans les urnes (un élu de plus, huit en tout).

Les diverses formations sécessionnistes catalanes ont désormais 24 députés au Parlement espagnol. Mais les grands équilibres restent inchangés. Les indépendantistes n’ont remporté que 42% des voix de la région, face aux constitutionalistes. Et ce malgré l’impopularité du verdict qui, en octobre, a condamné neuf responsables sécessionnistes à de lourdes peines de prison.

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