L'étoile Podemos serait-elle filante?

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Les élections législatives ont lieu dans 50 jours en Espagne. Podemos, le mouvement de gauche radicale, était pressenti pour rebattre l’échiquier politique traditionnel. Mais aujourd’hui, il s’essouffle.

Que s’est-il passé? Alors qu’au début de l’année tout semblait présager la montée inexorable de Podemos, depuis quelques mois, le mouvement anti-austérité plafonne dans les sondages. Loin de bouleverser le bipartisme en prônant la transversalité, les héritiers des "indignados" devront peut-être se contenter d’un rôle plus traditionnel à l’extrême gauche de l’échiquier politique, loin derrière le Parti Populaire (conservateur) au pouvoir et des socialistes (PSOE) qu’ils espéraient remplacer.

En janvier dernier, le Centre d’investigations sociologiques (CIS), un baromètre estimatif de ce qui passe en Espagne, le situait comme deuxième force politique, avec 22,9% des intentions de vote, à quatre points du PP (27,3%) et devant le PSOE (22,2%). Rien, ou presque, ne paraissait s’interposer entre le quartier populaire de Lavapiés, où Podemos avait alors son siège – il s’est depuis installé dans de nouveaux bureaux dans le centre de Madrid – et la Moncloa, la résidence du Premier ministre.

Chute libre

Depuis, la formation est en chute libre. En juillet, les estimations du CIS ne lui donnaient plus que 15,7% des voix (face au 24,9% du PSOE et 28,2% du PP). Le dernier sondage du quotidien numérique "El Diario", publié le 19 octobre dernier, ne lui laissait que 10,1% des intentions de vote.

Le scrutin catalan (27 septembre) a confirmé la dégringolade de Podemos. La formation n’a réussi à recueillir que 8,9% des voix, un résultat "très décevant" a reconnu son chef de file, Pablo Iglesias. Podemos s’est largement fait dépasser par Ciudadanos, un parti de centre-droit dirigé par Albert Rivera, un jeune avocat de Barcelone, qui a désormais le vent en poupe, car il a su offrir une réponse plus modérée au mécontentement des Espagnols.

La prise de décision est désormais dans les mains d’un conseil de coordination de dix personnes et d’une machine électorale très bien huilée.

Espaces de dialogue

Les élections législatives du 20 décembre, convoquées officiellement cette semaine par le Premier ministre Mariano Rajoy, s’annoncent encore plus compliquées pour une formation qui se voulait au-delà des partis traditionnels.

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Les Espagnols veulent désormais du concret. Il ne suffit plus d’agiter le mécontentement populaire né de la crise et des affaires de corruption. "Le flou idéologique qui au début a tant contribué à la popularité de Podemos ne joue plus en leur faveur", explique Ignacio Torreblanca, auteur du livre sur la formation "Asaltar los Cielos" ("A l’assaut du ciel").

José Fernandez-Albertos, politologue, qui vient de sortir "Los votantes de Podemos" ("Les électeurs de Podemos") partage cet avis. "Podemos avait réussi à séduire des sympathisants très hétérogènes mais au fur et à mesure que leur projet s’est défini, les contradictions sont devenues de plus en plus apparentes." Pour essayer de réunir les forces de gauche, Pablo Iglesias s’est montré favorable à des alliances ponctuelles au niveau local, des "espaces de dialogue" qui refléteraient "la réalité plurinationale du pays". Ces coalitions ad hoc pourraient avoir "des appellations différentes", toujours avec le nom de Podemos en tête. Mais après l’échec des élections catalanes, les négociations sont au point mort.

Normalisation

Podemos paie aussi le prix de sa normalisation. Les militants de base se sentent délaissés depuis qu’en novembre 2014 le mouvement s’est constitué en parti et a élu Pablo Iglesias secrétaire général avec 89% des voix. Les "cercles", ces réunions de quartier surgies spontanément qui ont légitimé la formation et lui ont fourni un formidable tremplin électoral, ont été écartés de la prise de décision au profit d’un conseil de coordination de dix personnes et d’une machine électorale très bien huilée, dirigée par deux de ses principaux responsables, Iñigo Errejón et Carolina Bescansa.

Avec la démission, fin avril, de Juan Carlos Monedero, dirigeant de la première heure et "grande gueule" officielle du parti, les militants ont aussi l’impression d’avoir perdu leur porte-parole. Les voix dissidentes comme celles de Pablo Echenique en Aragon ou Teresa Rodriguez en Andalousie se font moins entendre. Lors des primaires du 22 juillet, Pablo Iglesias a été élu officiellement candidat à la Moncloa avec 93,98% des voix… mais seulement 15,8% de participation.

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