L'Europe de l'Est balayée par une tornade anti-européenne

Andrej Babis, grand vainqueur des législatives en Tchéquie. ©EPA

L’écrasante victoire d’ANO aux élections tchèques fait avancer la tornade eurosceptique qui déferle sur l’Union européenne.

La victoire d’Andrej Babis, le "Trump tchèque", aux législatives de ce week-end, ajoute un État de plus dans le rang des eurosceptiques. Son parti, ANO ("Action des citoyens mécontents"), a remporté 29,7% des suffrages, près d’une voix sur trois, en faisant campagne contre l’euro et l’accueil des migrants. Il rafle 78 sièges sur 200 à la chambre basse. Il est suivi par l’ODS (11,3%), un parti de droite europhobe, le Parti pirate (10,8%) et le SPD (10,7%), un parti d’extrême droite.

Andrej Babis a été chargé hier par le président Milos Zeman de former la future coalition. Nul doute que son programme sera eurosceptique. Même si le milliardaire n’a pas l’intention de faire sortir son pays de l’UE, il a soutenu durant sa campagne une ligne hostile à l’intégration européenne.

l’étrange tomio okamura

L’homme d’affaires tchéquo-japonais Tomio Okamura jubile. Son parti, le SPD ("liberté et démocratie directe"), fondé en 2015, fait une entrée fracassante au parlement. Avec 10,7% des suffrages, il devient le quatrième parti de l’échiquier électoral tchèque, pratiquement ex aequo avec les deuxième et troisième formations du pays.

Tomio Okamura, 45 ans, né à Tokyo, est opposé aux musulmans et à toute migration de masse. Durant la campagne, il invitait ses concitoyens à se promener près des mosquées avec des porcs. Son rêve? Entrer en coalition avec ANO, le parti d’Andrej Babis. Tout comme le "Trump tchèque", Okamura traîne des casseroles derrières lui. Il a d’abord fondé le parti Aube (Usvit). Élu en 2013, il fit l’objet de poursuites pour des irrégularités dans le financement de sa formation, dont il finit par être évincé. Ce n’est qu’après son exclusion d’Aube qu’Okamura se mit à développer une rhétorique contre les musulmans et les migrants.

Sa tâche ne sera pas aisée. M. Babis fait l’objet de poursuites pour fraudes, entre autres aux subventions européennes. Sa victoire lui permet de renouveler son immunité parlementaire.

Mais la plupart des autres partis ne veulent pas le voir diriger le gouvernement. Les sociaux-démocrates (CSSD) et les chrétiens démocrates (KDU-CSL) sont prêts à entrer en coalition avec ANO, à condition qu’Andrej Babis ne soit pas dans l’exécutif.

En dépit de ses inculpations, Babis a fait campagne contre la corruption. Son modèle de "réussite" à la tête du géant agroalimentaire Agrofert lui vaut l’admiration des couches les plus pauvres de la population.

La Slovaquie, île proeuropéenne

Les pays de l’Est, les derniers à être entrés dans la grande famille européenne, cèdent les uns après les autres à un courant hostile à l’Union européenne. L’arrivée de Babis renforce l’euroscepticisme manifeste du groupe des pays de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie, Tchéquie). M. Babis rêve d’ailleurs d’étendre le "V4" à l’Autriche, la Croatie, la Slovénie et d’autres pays des Balkans.

Seule la Slovaquie résiste encore. "Je n’ose jamais commenter la situation politique intérieure d’autres pays. Mais je suis heureux que la Slovaquie soit devenue une île proeuropéenne dans la région", a résumé hier Robert Fico, le Premier ministre de Slovaquie.

Les pays de Visegrad s’opposent à une "Europe à plusieurs vitesses", où certains États avancent vers une intégration, par exemple en défense.

Ces anciens pays du bloc soviétique ont développé une politique anti-migrants par peur d’être déstabilisés, mais aussi en raison de la résurgence d’un courant religieux chrétien marqué par une aversion envers les musulmans.

La vague eurosceptique s’étend sans dominer

Le courant antieuropéen continue à se propager à d’autres pays de l’UE, à la faveur des avancées des partis populistes et d’extrême droite, tous chantres de l’"anti-establishment" et opposés aux migrants.

En Autriche, le FPÖ, fondé par d’anciens nazis, est remonté à 25% lors des législatives du 15 octobre dernier. L’ÖVP de Sebastian Kurz, très critique envers l’UE, songe à le faire monter au pouvoir.

En Allemagne, fin septembre, l’extrême droite a fait son grand retour au Bundestag avec l’AfD, un parti europhobe. En France, le FN est arrivé au second tour de la présidentielle en mai dernier, tandis qu’à l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon a fait campagne en conspuant l’Europe. Au Royaume-Uni, les populistes de Ukip et l’europhobe Boris Johnson ont poussé l’île à la dérive de l’UE. Et dans un inextricable divorce. Mais ce sentiment antieuropéen ne progresse pas à l’Ouest comme à l’Est. Hormis au Royaume-Uni, où ils ont pris l’avantage au sein des Tories, les eurosceptiques ne sont pas parvenus à se hisser au pouvoir dans la "vieille Europe".

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